Mardi soir dernier, en direct de l’Ambassade de France à Madrid, Éléonore Caroit, Ministre déléguée en charge de la francophonie, des partenariats internationaux et des Français de l'étranger, a rencontré la presse. Avec brio et une aisance déconcertante, elle a détaillé les enjeux de son déplacement en Espagne. Au programme : la défense des droits des femmes, l'excellence de notre relation bilatérale, l'avenir de l'enseignement français à l'étranger et les enjeux de la représentation politique de nos expatriés.


C'est un agenda chargé mais mené tambour battant qui a conduit la ministre dans la capitale espagnole. Face aux journalistes, Éléonore Caroit a tenu à rappeler d'emblée la force du lien qui unit nos deux nations, un lien incarné au quotidien par les quelque 200.000 Français résidant à l’année en Espagne. Entre enjeux géopolitiques mondiaux et préoccupations quotidiennes des expatriés, retour sur les temps forts de cette rencontre.
La diplomatie féministe : un rempart nécessaire face au recul des droits
La visite de la ministre s'inscrit d'abord dans le cadre de la cinquième édition de la Conférence sur la diplomatie féministe, organisée par le gouvernement espagnol. Un événement qui, selon elle, intervient dans un « contexte mondial extrêmement polarisé », marqué par un recul inquiétant des droits des femmes et des minorités (notamment LGBT+) dans plusieurs régions du globe.
La présence de la France, qui a elle-même présidé la précédente édition, se veut un signal fort d'appui à l'Espagne. « Lorsqu'il y a un recul sur les valeurs démocratiques, très souvent, ce sont les droits des femmes qui sont affectés en premier lieu », a souligné la ministre. Elle rappelle avec fierté que la France a récemment inscrit le droit à l'IVG dans sa Constitution, une mesure de protection face aux régimes réactionnaires qui utilisent l'oppression des femmes comme outil de domination.
Adoptée en 2019, la diplomatie féministe française ne se limite pas aux grands discours. Elle vise à intégrer la défense des droits des femmes dans chaque action diplomatique et à promouvoir leurs carrières. Éléonore Caroit, actuellement seule femme ministre au Quai d’Orsay, a d'ailleurs salué l'exemplarité de l'Espagne en matière de représentativité politique féminine.
France - Espagne : une relation bilatérale « exceptionnelle »

Au-delà des grands enjeux internationaux, ce déplacement fut l'occasion de célébrer une relation bilatérale qualifiée d’« exceptionnelle » et d’« extrêmement solide ». Le Traité de Barcelone, dont la ratification finale est imminente, en est le parfait symbole.
Sur le plan économique, les chiffres parlent d'eux-mêmes : « La France est le principal client de l'Espagne et son troisième investisseur étranger. » Mais cette richesse dépasse largement l'économie pour s'étendre à la coopération universitaire, académique et européenne.
Cette relation vit avant tout grâce aux citoyens. Avec 200.000 Français en Espagne et environ 350.000 Espagnols en France, nos deux pays partagent une communauté extrêmement dynamique. La ministre a tenu à saluer ces expatriés, souvent binationaux, « qui se sentent extrêmement chez eux en Espagne et sont très bien intégrés dans le tissu local. »
Les Lycées Français : rassurer les parents par une vision pérenne
L'un des sujets les plus attendus par la communauté expatriée concernait l'avenir des lycées français à l'étranger, alors que l'augmentation des frais de scolarité suscite l'inquiétude des parents. Sur ce point, Éléonore Caroit s'est montrée particulièrement rassurante, abordant la question avec une conviction à la fois politique et très intime.
« J'ai fait toute ma scolarité, de la petite section de maternelle jusqu'à la terminale, dans un lycée français à l'étranger. J'y suis profondément attachée, et j'y ai ensuite scolarisé mes propres enfants », a-t-elle confié. Cet attachement à l'excellence éducative, au bilinguisme et au multiculturalisme guide son action aujourd'hui.
Face aux inquiétudes, elle a clarifié la situation : les mesures votées en décembre dernier étaient des nécessités budgétaires, mais elles ne constituent pas le cœur de la grande réforme à venir. Cette dernière vise une meilleure gouvernance, un pilotage politique assumé selon les zones géographiques, et une intégration renforcée avec le ministère de l'Éducation nationale.
Le réseau actuel, fort de 612 établissements accueillant 400.000 élèves dans le monde, est unique. Le Lycée français de Madrid, avec ses plus de 4.000 élèves, en est l'un des fleurons. « L'objectif est de rendre ce système moins dépendant des aléas budgétaires et politiques, de le rendre plus solide et de valoriser son puissant réseau d'anciens élèves », a-t-elle expliqué. La réforme s'étalera sur les prochains mois, dans le respect des spécificités locales, avec pour but ultime de pérenniser cette politique d'influence majeure tout en maintenant une indispensable mixité sociale.
Élections consulaires : faire entendre la voix des Français de l'étranger
Enfin, la ministre est revenue sur les récentes élections des conseillers des Français de l'étranger. Face à une participation souvent faible et un déficit de médiatisation - le scrutin se déroulant hors du territoire national – et donc moins connu de tous, elle a souligné l'urgence d'un travail de pédagogie.
« Il y a une méconnaissance du rôle que jouent ces conseillers. Ce sont des élus politiques, au suffrage universel direct, mais leurs électeurs ignorent parfois jusqu'à leur existence », a-t-elle regretté. Éléonore Caroit, elle-même ancienne députée des Français de l'étranger, a plaidé pour une meilleure valorisation de leur action locale, vitale pour faire le lien avec les ambassades et consulats.
Elle a conclu sur l'importance de la représentation des expatriés dans le débat public français actuel, très polarisé. « La voix des élus des Français de l'étranger apporte souvent de la nuance et une réalité ouverte sur le monde. C’est une voix très intéressante et indispensable pour notre démocratie. »
Une visite éclair mais d’une grande clarté, qui confirme que les Français d'Espagne, bien que vivant de l'autre côté des Pyrénées, restent au centre de toutes les attentions de l'État.
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