À quelques jours d'un nouveau vote au Parlement espagnol, le Traité de Barcelone suscite une mobilisation croissante. Associations franco-espagnoles, représentants du monde économique et responsables politiques appellent à la ratification d'un texte qu'ils jugent essentiel pour renforcer la coopération entre Paris et Madrid, alors qu'un second rejet pourrait fragiliser les relations entre les deux pays.


Signé en grande pompe à Barcelone le 19 janvier 2023 par Emmanuel Macron et Pedro Sánchez, le Traité de Barcelone devait ouvrir un nouveau chapitre dans les relations franco-espagnoles. Dans la lignée des accords conclus par la France avec l'Allemagne, l'Italie, puis plus récemment la Pologne et le Portugal, ce texte entend renforcer la coopération entre Paris et Madrid dans des domaines aussi variés que l'énergie, les transports, l'économie, la culture ou encore la défense.
Mais le projet s'est enlisé. Plus de trois ans après sa signature, le traité n'est toujours pas entré en vigueur. Déjà ratifié par le Parlement français en 2025, il reste bloqué en Espagne, où il est devenu l'objet de vives oppositions politiques. Rejeté une première fois par le Congrès des députés en mai 2025, il s'apprête à revenir devant les parlementaires espagnols. Avec, en toile de fond, le risque d'un second revers aux conséquences potentiellement embarrassantes pour les relations entre les deux voisins.
Face à cette perspective, plusieurs acteurs de la relation franco-espagnole ont choisi de sortir du silence.
Traité de Barcelone : la société civile se mobilise avant le vote
Le 7 juin, l'association Diálogo et son homologue française ont ainsi publié un appel commun demandant aux députés espagnols de ratifier un texte qu'elles considèrent comme « un instrument d'intérêt stratégique pour l'Espagne, la France et l'ensemble de l'Union européenne ».
Pour ces organisations engagées depuis des décennies dans le rapprochement entre les deux pays, l'enjeu dépasse le cadre diplomatique. Énergie, infrastructures, innovation, défense européenne, éducation, culture ou encore mobilité des étudiants et des travailleurs… Autant de domaines dans lesquels elles estiment que le traité permettrait de franchir un nouveau cap.
Deux jours plus tôt, la Chambre de commerce française de Barcelone était elle aussi sortie de sa réserve. Forte de plus de 400 entreprises adhérentes et de plus de 140 ans de présence en Espagne, l'institution a appelé les parlementaires à soutenir un accord qu'elle considère comme essentiel pour consolider l'une des relations économiques et politiques les plus étroites du continent européen. Selon elle, le traité offrirait un cadre plus solide pour développer les coopérations et répondre aux grands défis communs des prochaines années.
Dans son communiqué, la Chambre rappelle aussi la portée symbolique de ce texte. La France ne dispose aujourd'hui d'accords de coopération renforcée qu'avec un nombre très limité de partenaires européens. L'entrée de l'Espagne dans ce cercle constituerait une reconnaissance de son rôle stratégique au sein de l'Union européenne et renforcerait la capacité des deux pays à répondre ensemble aux défis énergétiques, industriels, technologiques et géopolitiques contemporains.
Le spectre d'un nouveau rejet
Cette mobilisation intervient à un moment particulièrement délicat. Plus de trois ans après sa signature, le traité pourrait être rejeté une seconde fois par le Parlement espagnol. Une perspective qui inquiète jusque dans certains cercles politiques français. Plusieurs observateurs y voient le risque d'un sérieux accroc dans la relation entre Paris et Madrid.
Pour Nathalie Coggia, députée de la 5ᵉ circonscription des Français de l'étranger (Espagne, Portugal, Andorre et Monaco), les prises de position de Diálogo et de la Chambre de commerce témoignent de l'importance du sujet au-delà des cercles diplomatiques.
« C'est une mobilisation qui tombe au bon moment et qui dit quelque chose d'important : ce traité, les gens y tiennent. Quand Diálogo et la Chambre de commerce se mobilisent ensemble, ce n'est pas de la politique — c'est la réalité du terrain qui remonte », estime-t-elle.
Pour l'élue, un second rejet enverrait un message préoccupant aux citoyens des deux pays. « Ce serait un très mauvais signal. Pas seulement symbolique — concret. On parle de coopération énergétique, de transports, de défense, d'économie, de mobilité. Un second rejet dirait aux citoyens des deux pays que leurs parlementaires ne sont pas capables de consolider une amitié réelle et des politiques communes. »
À l'approche du scrutin, la députée a choisi de porter le débat sur la place publique en diffusant une lettre ouverte dans laquelle elle appelle les parlementaires espagnols à approuver le texte. Elle y défend un texte qu'elle juge essentiel pour renforcer les coopérations dans des domaines aussi stratégiques que l'énergie, les infrastructures ferroviaires, la sécurité, la défense, l'innovation ou encore les échanges universitaires et culturels.
Pour Nathalie Coggia, le contexte international a même renforcé la pertinence du traité depuis sa signature en 2023. « Les crises qui se sont succédé depuis la signature ont confirmé, point par point, pourquoi ce traité était nécessaire. Pour les Françaises et Français d'Espagne, ce n'est pas de la diplomatie abstraite — c'est la reconnaissance de leur réalité de vie. »
L'heure du choix
Au-delà des mesures concrètes qu'il contient, Nathalie Coggia voit dans ce traité une certaine idée de l'Europe. « Dans un monde marqué par les tensions internationales, les crises énergétiques et les remises en cause de nos démocraties, renforcer le partenariat franco-espagnol n'est pas un luxe ; c'est une nécessité », écrit-elle dans sa lettre ouverte.
La balle est désormais dans le camp des parlementaires espagnols. Un an après un premier rejet, le Traité de Barcelone revient devant le Congrès dans un climat politique toujours aussi polarisé. Ses partisans espèrent éviter un nouvel échec, qui serait perçu des deux côtés des Pyrénées comme un coup d'arrêt à l'ambition de renforcer l'un des partenariats les plus étroits de l'Union européenne.
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