Face à la montée des tensions internationales, aux guerres hybrides et à la désinformation, la sécurité européenne ne se joue plus uniquement sur les champs de bataille. À Madrid, l'association hispano-française Mujeres Avenir a réuni plusieurs expertes de la défense, des relations internationales et du monde institutionnel pour réfléchir à la place des femmes dans ces secteurs stratégiques et aux défis qui attendent les nouvelles générations.


Organisée le 10 juin au Centre d'Études Financières UDIMA, la rencontre intitulée « Defensa con nombre propio : Mujeres influyendo desde todos los frentes » a mis en lumière un constat partagé : les questions de défense et de sécurité restent largement méconnues du grand public, alors même qu'elles occupent une place croissante dans le contexte géopolitique actuel.
Réhabiliter le rôle historique des femmes dans la défense
À l'initiative de Marian Fernández, directrice de la Commission Jeune de Mujeres Avenir, cette journée visait à offrir des modèles inspirants aux jeunes femmes souhaitant évoluer dans des secteurs traditionnellement masculins.

Dans son intervention d'ouverture, Marian Fernández a souligné l'urgence de développer un regard critique face aux nouvelles formes de conflictualité. « Les nouvelles générations sont des acteurs à part entière qui doivent influencer leur propre avenir », a-t-elle déclaré, appelant à redécouvrir les figures féminines souvent oubliées de l'histoire de la défense, des femmes ayant soutenu les sociétés en temps de crise aux pionnières de la médecine moderne comme Florence Nightingale, sans oublier les cryptographes ayant contribué à décrypter le célèbre code Enigma pendant la Seconde Guerre mondiale.
Un secteur stratégique encore largement masculin
Animée par Sofía Peleteiro, la table ronde a rapidement mis en évidence les difficultés persistantes d'accès aux métiers de la défense. « La défense reste un secteur aux barrières d'entrée très élevées, historiquement dominé par les militaires et les ingénieurs », a rappelé la modératrice.
Pour Paula Álvarez-Couceiro, les progrès existent mais demeurent insuffisants. La responsable des relations institutionnelles de Navantia a indiqué que les femmes devraient représenter près de 40 % des postes de direction et de direction exécutive au sein de l'entreprise.
Elle a toutefois souligné que la présence féminine reste marginale dans de nombreux métiers techniques et industriels : mécaniciens, chaudronniers, peintres industriels ou tourneurs.
Au-delà des chiffres, Paula Álvarez-Couceiro a insisté sur un autre défi majeur : la perception de la défense dans l'opinion publique. « Il existe une méconnaissance profonde du monde de la défense. Parce qu'il reste peu visible, les investissements nécessaires sont souvent mal compris. Il faut démystifier l'image des forces armées », a-t-elle plaidé.
L'Europe face à un environnement sécuritaire plus instable
Le débat a également abordé les conséquences du conflit en Europe orientale et les nouvelles menaces pesant sur le continent.
Pour Ana Botella Gómez, la sécurité ne peut plus être considérée comme l'affaire exclusive des armées. « Toute la société doit s'impliquer dans la sécurité de son pays », a-t-elle affirmé, rappelant que les femmes ne représentent encore qu'environ 18 % des effectifs des forces de sécurité et restent sous-représentées aux postes de commandement.
Concernant les enjeux géopolitiques actuels, elle estime que les pays européens devront renforcer leurs investissements dans la défense face aux menaces croissantes provenant du flanc oriental du continent. « Lorsque des vies humaines dépendent de vos décisions, il faut agir avec sérieux et dans un esprit d'unité politique », a-t-elle ajouté.
La désinformation, nouveau front des guerres hybrides
L'une des préoccupations majeures évoquées lors de la rencontre concerne la circulation de l'information à l'ère des réseaux sociaux.
Alba Lobo, membre de la Commission Jeune de Mujeres Avenir, a rappelé que l'Union européenne demeure confrontée à des visions stratégiques parfois divergentes, rendant encore lointaine l'idée d'une véritable armée européenne.
Mais c'est surtout l'impact de la désinformation qui l'inquiète.
Selon les données présentées durant le débat, 63 % des jeunes Espagnols s'informent principalement via les réseaux sociaux, tandis que seulement 13 % vérifient systématiquement la fiabilité des contenus consultés.
Un terrain particulièrement favorable aux campagnes d'influence et aux opérations de manipulation de l'information qui caractérisent les nouvelles « guerres hybrides ».
Former une nouvelle génération de décideuses
Pour Alejandra Fernández, les institutions doivent également évoluer afin de permettre à davantage de talents d'accéder aux sphères de décision.
Elle a regretté le manque de débat public autour de certaines décisions stratégiques majeures et plaidé pour une approche dépassant les clivages idéologiques traditionnels.
« Il faut reconnaître l'existence des menaces et construire un discours fondé sur la nuance plutôt que sur l'affrontement permanent », a-t-elle estimé.
Au terme de cette rencontre, un message s'est imposé : dans un contexte marqué par l'incertitude géopolitique, la cybersécurité, les campagnes de désinformation et la recomposition des équilibres internationaux, la présence des femmes dans les espaces d'influence apparaît plus que jamais comme un enjeu stratégique.
À travers cette initiative, Mujeres Avenir réaffirme sa volonté de favoriser l'émergence de nouvelles générations de professionnelles capables d'exercer leur influence dans des domaines clés pour l'avenir de l'Europe et des relations internationales.
Sur le même sujet













