Édition internationale

Nestlé supprime 301 emplois en Espagne malgré une filiale en croissance

Le géant suisse Nestlé prévoit jusqu’à 301 suppressions de postes en Espagne. Une déclinaison locale d’un plan mondial qui passe mal dans une filiale pourtant en croissance.

Siège de Nestlé Espagne, Esplugues de Llobregat (Barcelone)Siège de Nestlé Espagne, Esplugues de Llobregat (Barcelone)
@Nestlé España, S.A., sous licence CC BY-NC-ND 2.0. / Siège de Nestlé Espagne, Esplugues de Llobregat (Barcelone)
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 22 avril 2026

La coupe arrive en Espagne. Le groupe suisse Nestlé a confirmé le lancement d’un plan de licenciements pouvant aller jusqu’à 301 postes, soit environ 7 % de ses effectifs dans le pays. Une décision inscrite dans une transformation globale… et déjà contestée.

 

Nestlé en Espagne : s’adapter, automatiser… et couper dans les effectifs

Officiellement, il s’agit de s’adapter. Dans un communiqué, Nestlé évoque un environnement en pleine évolution : hausse des coûts, transformation des habitudes de consommation et montée en puissance des marques de distributeurs.

Dans ce contexte, le groupe entend accélérer sa mutation, automatiser davantage, digitaliser ce qui peut l’être. Avec une ligne claire : sécuriser l’avenir et concentrer ses forces sur ses marques les plus rentables.

Concrètement, la coupe est transversale. Bureaux, forces de vente, logistique… mais aussi plusieurs sites industriels sont concernés, de Pontecesures à Gérone, en passant par Sebares, La Penilla, Miajadas ou Reus.

 

Nestlé en Espagne : présent en Espagne depuis 1905, Nestlé a implanté sa première usine à La Penilla (Cantabrie), spécialisée à l’origine dans l’alimentation infantile. Devenu une société espagnole en 1920, le groupe a progressivement étendu son réseau industriel. Aujourd’hui, Nestlé compte 10 sites de production dans le pays et environ 4.000 salariés. Son activité couvre un large éventail de produits, du café aux aliments pour bébés, en passant par les produits laitiers, les céréales ou encore la nutrition animale. Avec plus de 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, dont une part importante à l’export, l’Espagne reste un pilier industriel stratégique pour le groupe.

 

Un plan mondial de 16.000 suppressions d’emplois

Ce plan social n’est pas isolé. Il prolonge une stratégie plus large, dessinée à l’automne dernier par la nouvelle direction du groupe, désormais présidé par Pablo Isla, aux côtés du directeur général Philipp Navratil.

À l’échelle mondiale, Nestlé a acté la suppression de 16.000 postes en deux ans, soit près de 6 % de ses effectifs. Une cure d’amaigrissement saluée par les marchés, qui avaient immédiatement fait grimper le titre.


 

Croissance locale, mais pression globale

Le paradoxe, c’est que la situation espagnole apparaît solide. La machine tourne. En 2025, Nestlé Espagne a enregistré plus de 2,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, en forte progression, porté par les exportations et la dynamique du marché intérieur.

Dans le même mouvement, le groupe a injecté 96 millions d’euros dans le pays — un pic sur dix ans — pour muscler ses sites de production et gagner en compétitivité.

À l’échelle mondiale, en revanche, le tableau se ternit. Les ventes reculent légèrement, le bénéfice net décroche de 17 %. Marges sous pression, environnement chahuté : la rentabilité s’érode, et avec elle, les leviers d’action.

 

Chez Nestlé, la coupe ne passe pas

Sans surprise, la riposte syndicale a été immédiate. Comisiones Obreras, Unión General de Trabajadores et CSIF dénoncent une décision « injustifiée » et « disproportionnée ».

Difficile, selon eux, de faire passer des suppressions d’emplois dans une filiale qui affiche une bonne santé. Certains y voient même une mesure « offensante » au regard des résultats récents.

La négociation doit s’ouvrir début mai. Officiellement, il s’agira d’en limiter l’impact social et d’accompagner les salariés concernés. Un épisode de plus dans une mécanique bien connue : des groupes qui ajustent, malgré des performances locales solides. En Espagne, où Nestlé compte plus de 4.000 salariés, le choc est bien réel.
 

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.