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L'AVE a 25 ans: radiographie du 1er réseau de grande vitesse en Europe

Par Léane Burtier | Publié le 15/10/2017 à 18:00 | Mis à jour le 15/10/2017 à 18:00
Photo : Creative Commons
train grande vitesse espagne

En 1992, avec la mise en service de la première ligne à grande vitesse reliant Madrid à Séville, l'Espagne a connu une véritable révolution ferroviaire. Aujourd'hui, avec ses 3.240 km en service début 2017, le réseau espagnol de grande vitesse est le plus étendu d'Europe et se classe deuxième à l'échelle mondiale. 

 

Un réseau tardif mais unique


Le 18 octobre prochain, le service Avant de la RENFE, équivalent espagnol de la SNCF, fêtera ses 25 ans. Ces trains à moyenne distance font partie intégrante du réseau ferroviaire à grande vitesse inauguré en 1992. En avril dernier, c'est l'AVE, le TGV espagnol de grandes distances, qui était à l'honneur après un quart de siècle d'existence. Comment l'aventure est-elle née en Espagne ? Lorsqu'en 1981, la France met en place sa première ligne de TGV Paris-Lyon, les projets de grande vitesse s'accélèrent en Europe. La décision est prise en 1988 par le gouvernement espagnol : le "contrat du siècle" à hauteur d'environ 85 milliards de pesetas consiste en la construction d'un ligne à grande vitesse et grande distance d'après un article de l'époque d'El Pais. La ligne entre la capitale et le sud du pays est inauguré en coïncidant avec l'Exposition Universelle de Séville en avril 1992. Le gouvernement, et notamment le ministre des Transports de l'époque, José Borrel, justifie cet énorme investissement public : développer et dynamiser certains territoires mais aussi faire marcher l'industrie espagnole qui produit 80% du matériel ferroviaire. Le réseau espagnol n'a cessé de croître avec une ligne reliant Barcelone et Alicante en 1997 ou encore Séville et Cordoue en 2004. Avec désormais 200 trains à grande vitesse, quelques 357 millions de voyageurs ont profité de leurs services en 25 ans. Le succès n'a pourtant pas été immédiat : El Economista souligne que la grande vitesse n'est devenue rentable qu'en 2010. En 2017, la réduction des émissions polluantes et la décongestion des routes et autoroutes représentent les enjeux de l'AVE et de l'Avant.

 

La grande vitesse n'est devenue rentable qu'en 2010

 

Il y a donc essentiellement deux services grande vitesse en Espagne : Avant pour les courtes distances et AVE pour les grandes distances.
Le premier est un service de desserte régionale, avec des trains à grande vitesse spécifiquement conçus pour de courts trajets, contrairement aux trains du service AVE. Les lignes proposées par Avant sont : Madrid-Segovie-Valladolid, Malaga-Cordoue-Séville, Madrid-Ciudad Real-Puertollano, Madrid-Tolède, Barcelone-Tarragone-Lleida, Calatayud-Saragosse, Orense-Santiago-La Corogne, Barcelone-Gérone, Barcelone-Figueras, Valence-Requena Utiel. Ce service offre des prix spéciaux, comme par exemple 40% de réduction sur tous les trains pour les enfants, ou encore la possibilité de bénéficier des avantages du billet aller-retour, avec 20% de réduction sur chaque trajet. En 2016, 7,4 millions de personnes ont utilisé ces lignes, et au 1er trimestre de 2017 ce sont 3,9 millions de passagers qui sont comptabilisés, soit 6,7% de plus par rapport à la même période de 2016.

 

Un tarif non-résident : le Renfe Spain Pass

 

Les lignes grande vitesse pour longues distances quant à elles, sous la dénomination Alta Velocidad Española (AVE), sont composées par 4 couloirs principaux, qui relient Madrid à la Catalogne, au Levante, à l'Andalousie et à la Galice. L'Espagne possède la 5e ligne grande vitesse la plus rapide du monde. En moyenne, les trains circulent à 222 kilomètres/heure, contre 216 km/h en France. C'est surtout le pays d'Europe possédant le plus grand réseau, 3.100 km, et le deuxieme pays du monde après la Chine, qui possède elle, 19.369 km de lignes à grande vitesse. Le trajet le plus fréquenté, Madrid-Barcelone, représente en moyenne un voyage de 2h30, et constitue une alternative efficace au traditionnel pont aérien. Au nord de Barcelone, le réseau est connecté depuis 2010 au réseau ferré français par le biais de la LGV Perpignan-Figueras. Ce service propose un tarif intéressant pour les non-résidents en Espagne, le Renfe Spain Pass, qui peut être utilisé à bord de tous les train AVE moyenne et longue distances. Il est valide durant un mois à compter du premier voyage. Il permet d'accéder à deux classes (Business / Club ou Touriste). Vous pouvez l'acheter six mois à l'avance. Il existe des pass de 4, 6, 8, 10 ou 12 trajets. Barcelone accueille plusieurs gares dont Estacio de Sants où arrivent les TGV venant de France et qui est desservie aussi par les trains Renfe, Estacio de França qui est d'avantage pour les lignes régionales, Passeig.

 

Interconnexion avec les autres pays européens 

 

Pendant de longues années, la différences d'écartement des rails a valu à la péninsule d'être ferrovièrement déconnectée du reste du continent. Si l'Espagne a longtemps maintenu un écartement des rails plus larges que la norme européenne, les motifs étaient à l'origine, au 19e siècle, essentiellement militaires, le pays craignant une invasion française par voie ferrée. Cette époque est clairement révolue. L'Espagne parie désormais sur le rail et devrait d'ailleurs encore agrandir son réseau. En effet, 2.700 km de nouvelles lignes à grande vitesse devraient prochainement être construits : les LGV de la compagnie espagnole Renfe constitueront alors 37,68% du réseau européen. Le pays s'est récemment engagé dans un ambitieux plan de construction de lignes à grande vitesse, visant à mettre toutes les capitales régionales du pays à moins de 3h de Madrid et 5h30 de Barcelone à l'horizon 2020. Dans le cadre de ce plan, ce ne sont pas moins de 7.000 km de lignes nouvelles qui devraient être mises en service au cours des prochaines années. Des projets de lignes à grande vitesse et de nouvelles lignes Espagne-France sont aussi à l'étude ou en avancement, à l'instar du Grand Projet Ferroviaire du Sud-Ouest, qui prévoit de relier Bordeaux avec l'Espagne en passant par Toulouse et Dax. 

léane burtier

Léane Burtier

Grande fan et pratiquante de sport, voyageuse curieuse qui ne demande qu'à découvrir le monde, mais aussi grande lectrice et adoratrice de littérature française.
1 Commentaire (s)Réagir
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Serge Louis Bourgeois Poggi lun 16/10/2017 - 22:58

51.175 millons d'euros d'investissement, soit 1.100 euros par espagnol. L'Espagne peut elle se permettre un réseau de 3.240 km de TGV (autant que la France et l'Allemagne ensemble), deuxième réseau mondial après la Chine? Seules 3 lignes atteignent l'équilibre d'exploitation, Séville-Madrid, Levante-Madrid et Barcelone-Madrid. Toutes les autres lignes sont déficitaires. Aucune ligne n'est rentable et ne permet un retour sur l'investissment. Nous sommes loin des critères de décisions de rentabilité de lignes suivi par la France.

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