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INFANTE CRISTINA – Retour sur la première mise en examen d’un membre de la famille royale espagnole

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 10 février 2014

La mise en examen de l'infante Cristina s'est tenue au tribunal de Palma de Majorque, samedi 8 février. Afin que lumière soit faite sur son rôle dans les affaires de détournement d'argent public, d'évasion et de fraude fiscale qui incriminent son époux, Iñaki Urdangarin, la fille cadette du roi a enfin comparu devant la justice espagnole. Que risque l'infante Cristina ? Quelles conséquences pour la monarchie espagnole ?   

C'est une première dans l'Histoire de l'Espagne. L'infante Cristina, mise en examen pour fraude fiscale, a été traitée d'égale à égale par le juge José Castro, resté ferme, strict et impartial face à la personnalité royale. Cette étape marque un pas sans précédent pour la Justice espagnole, un pas que la famille royale aurait préféré éviter.

Retour sur le scandale
Depuis l'éclatement en décembre 2011 du scandale qui touche son mari, l'ex champion de handball Iñaki Urdangarin, l'infante Cristina est au centre de toutes les attentions. Le couple princier, marié depuis 1997 et consacré Ducs de Palma, est au c?ur d'une vaste affaire de corruption aux Baléares. Ils auraient détourné de l'argent public via les deux sociétés qu'ils possédaient, à part égale, l'institut Nóos et l'entreprise Aizoon. L'institut Nóos à but non lucratif, spécialisé dans le sponsoring du sport et dirigé de 2004 à 2006 par Iñaki Urdangarin, aurait servi à détourner de l'argent public utilisé à des fins privées comme la rénovation de leur villa familiale à Barcelone. Quant à la société Aizoon elle serait en réalité une société-écran pour les détournements.

Le juge instructeur José Castro s'est saisi du dossier depuis le début de l'affaire. Le 4 novembre, la justice espagnole décidait de saisir les biens du gendre du Roi à hauteur de 6.1 millions d'euros afin de couvrir les frais d'une caution civile alors estimée en janvier 2013 à plus de 8 milliards d'euros. Une décision qui implique également son ex-associé Diego Torres, lui aussi mis en examen dans l'affaire. Selon le site d'information de la radio française RTL, 16 biens ont été saisis par la justice parmi lesquels la villa Pedralbes de Barcelone appartenant à part égale aux ducs de Palma ainsi que des biens appartenant à la société Aizoon. Si Iñaki Urdangarin, accusé avec son ex-associé d'évasion fiscale, de fraude, de prévarication, de détournement de fonds publics et faux et usage de faux, ne ?devrait pas échapper à la justice?, selon le quotidien Le Monde, le cas de l'infante Cristina est loin d'être tranché.

L'infante face à la Justice
Si en avril 2013 l'infante Cristina a échappé à une première mise en examen grâce à un recours du parquet pour preuves insuffisantes, le week-end dernier, la justice lui a bel et bien donné rendez-vous. La mise en examen de l'infante pour ?fraude fiscale et blanchissement de capitaux présumés? annoncée début janvier, a fait, selon l'Agence France-Presse, ?l'effet d'une bombe?. Samedi, le juge des Baléares, José Castro, aux côtés du procureur anti-corruption Pedro Horrach et des avocats des différents partis, a soumis la princesse à 400 questions pendant plus de cinq heures.

Toute l'audience durant, la fille du Roi s'est dédouanée de la gestion d'Aizoon, affirmant n'avoir pas été au courant de la comptabilité de la société, dont le seul responsable était son mari. Ainsi, aux questions posées par le juge Castro, cette dernière a le plus souvent répondu : ?je ne sais pas?, ?je ne suis pas au courant? ou encore, ?je faisais confiance à mon mari?. Restant évasive dans ses réponses, elle a rejeté toute relation et connaissance de faits. Son avocat a plaidé la carte de la femme au foyer, mère de quatre enfants de surcroit employée à la Caixa et dont les obligations officielles ne laissaient pas le temps d'être attentive aux finances de son mari. Se prononçant sur l'affaire Nóos, elle a également exprimée une totale méconnaissance des affaires fiscales et financières. Elle a toutefois reconnu qu'Aizoon avait payé des dépenses personnelles, comme un voyage à Rio de Janeiro, mais qu'elle ne savait rien de ce qui était facturé puisque seul son mari était responsable des factures.
 
Insatisfaction du juge : affaire à suivre?
L'infante Cristina en amont de l'audience avait soigneusement préparé sa défense avec ses avocats de Barcelone menés par Miquel Roca. Sa ligne de défense, consistant à nier son implication dans l'affaire, est considérée comme un ?succès? pour ses avocats. Le juge Castro, selon le quotidien espagnol El país, serait quant à lui ?moins satisfait que les avocats de l'infante? de la tournure empruntée par l'audience. Se refuserait-il à croire en la thèse de la défense selon laquelle Urdangarin faisait et défaisait, tandis qu'elle se limitait à signer faisant entièrement confiance à ce dernier ?

Le procureur Pedro Horrach, à l'issue de l'audience, a demandé que soit rejetée l'inculpation de l'infante Cristina. Toutefois, dans le cadre de l'accusation qui pèse contre son mari, il a réclamé à cette dernière de payer 600.000 euros pour avoir profité, indirectement et sans responsabilité pénale, de la moitié de l'argent illégal gagné par son mari via l'entreprise familiale Aizoon. Selon des sources judiciaires, contrairement à ce qui était affirmé avant l'audience, il est possible que l'inculpation de Cristina ne se résolve pas dans l'immédiat. C'est donc une affaire à suivre qui devra, quoi qu'il arrive, déboucher sur la décision du juge d'ouvrir ou non un procès pour juger l'affaire Nóos.

Quelles conséquences pour la monarchie espagnole ?
Malgré ses tentatives pour écarter le couple princier, Iñaki Urdangarin et l'infante Cristina, de tout acte ou financement officiel, la monarchie n'a pas été épargnée par cette nouvelle affaire de scandale. Déjà en 2012, le roi Juan Carlos ouvrait la danse avec une chasse à l'éléphant luxueuse au Botswana qui avait alors choqué une Espagne meurtrie par la crise. Ses excuses publiques et la séparation, à l'été 2013, de son yatch royal ?Fortuna? n'y ont rien changé et ce, malgré les efforts de ?transparence?, notamment en matière de budget.

Face à la réalité des sondages les tentatives de la maison royale sont restées vaines. Le désenchantement du peuple espagnol est palpable. Selon l'enquête Sigma Dos réalisée par El Mundo, près des deux tiers des espagnols, soit 63%, pensent que le souverain devrait abdiquer. Non seulement en raison de son état de santé mais surtout en raison des nombreux scandales qui ont ébranlé sa famille ces dernières années.

Laura Lavenne (http://lepetitjournal.com/madrid) lundi 10 février 2014
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Publié le 9 février 2014, mis à jour le 10 février 2014
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