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Carburants à près de 2 euros : combien pourrait coûter votre plein en Espagne au 1er octobre ?

Près de 27 euros de plus pour un plein d’essence en moins de trois mois. En Espagne, essence et diesel flirtent désormais avec 1,93 euro le litre, pris entre tensions géopolitiques et flambée des produits raffinés. Et une nouvelle échéance se profile : les réductions fiscales en vigueur expirent le 30 septembre. Pour le diesel, leur disparition représenterait à elle seule plus de 13 euros sur un plein de 55 litres, si elle était intégralement répercutée à la pompe.

Une automobiliste fait le plein dans une station-service en Espagne, entre essence et diesel.Une automobiliste fait le plein dans une station-service en Espagne, entre essence et diesel.
@Image générée par IA via DALL·E – OpenAI
Écrit par Paul Pierroux-Taranto
Publié le 26 septembre 2026

79 euros fin juin. Plus de 106 euros aujourd’hui.

En l’espace d’un été, remplir un réservoir de 55 litres d’essence en Espagne coûte près de 27 euros supplémentaires. Le dernier Bulletin pétrolier de l’Union européenne, publié le 24 septembre, place la SP95 à 1,928 euro le litre en moyenne, et le diesel à 1,918 euro. À la caisse, cela donne respectivement 106,04 et 105,49 euros pour 55 litres.

Et le compteur continue de tourner. Les données quotidiennes communiquées par les stations-service au ministère espagnol de la Transition écologique situent désormais les deux carburants autour de 1,93 euro le litre.

Pour l’essence, c’est la douzième semaine consécutive de hausse. Le diesel accélère encore davantage : +4,58 % en une seule semaine dans le dernier relevé européen.

À quelques jours du 1er octobre, la question n’est donc plus seulement de savoir comment le plein a pu devenir aussi cher. C’est de savoir combien il pourrait bientôt coûter.

 

De 79 à 106 euros : le prix du plein s’envole en trois mois en Espagne

Fin juin, le litre de SP95 coûtait encore 1,438 euro en moyenne en Espagne. Le diesel, 1,504 euro. Des tarifs qui semblent déjà lointains.

Trois mois plus tard, la SP95 atteint 1,928 euro : +34,1 %. Pour un réservoir de 55 litres, le calcul est brutalement simple : 79,09 euros fin juin, 106,04 euros aujourd’hui. Soit 26,95 euros de plus à chaque plein.

Le diesel n’est guère mieux loti. De 1,504 à 1,918 euro le litre, il affiche +27,5 %. Le plein de 55 litres est ainsi passé de 82,72 à 105,49 euros : presque 23 euros supplémentaires.

En trois mois, le paysage à la pompe a donc changé d’échelle. La barre des deux euros, encore à bonne distance au début de l’été, n’est plus qu’à quelques centimes.

 

Pourquoi le prix du carburant flambe même quand le pétrole baisse

Le pétrole est le suspect évident. Mais cette fois, il n’est pas seul. Le Brent évoluait encore cette semaine autour de 100 à 105 dollars le baril, dans un marché suspendu aux développements au Moyen-Orient. Seulement, entre le brut et le carburant qui finit dans un réservoir espagnol, le chemin est long : transport, raffinage, cotations des produits finis, fiscalité, logistique, marges de distribution. Et en 2026, l’un des principaux points de tension se situe précisément au milieu de cette chaîne : dans les raffineries.

Le conflit au Moyen-Orient a fortement perturbé les exportations de produits pétroliers raffinés de la région. Au même moment, plusieurs raffineries russes ont réduit ou interrompu leur activité après des attaques ukrainiennes. Moins de carburant disponible, et peu de capacités ailleurs pour prendre rapidement le relais.

 

À la pompe, un répit trompeur : l’Espagne face au choc de la guerre en Iran

 

Le diesel encaisse particulièrement le choc. Selon Reuters, les contrats européens sur ce carburant ont plus que doublé depuis le début de l’année et atteint des niveaux records en septembre.

C’est aussi pourquoi regarder uniquement le cours du Brent peut être trompeur. Une détente du pétrole brut ne se retrouve pas automatiquement, ni immédiatement, sur le panneau de la station-service. Le baril peut souffler pendant que le diesel continue de chauffer.

 

Diesel à 1,93 euro : même 20 centimes de baisse fiscale n’ont pas suffi

Le cas espagnol est particulièrement parlant. Pour amortir la flambée, le gouvernement avait prévu cet été une extinction progressive de son dispositif fiscal : 15 centimes par litre en juillet, 10 centimes en août, puis 5 centimes en septembre sur l’impôt sur les hydrocarbures. Avec toutefois un filet de sécurité : si l’inflation annuelle d’un carburant dépassait 15 %, la réduction pouvait être renforcée.

Le diesel a franchi la ligne. Après +15,7 % sur un an en juillet, son allégement fiscal a été porté à 20 centimes par litre en septembre, quand celui de l’essence revenait à 5 centimes. Et pourtant, le diesel tourne déjà autour de 1,93 euro le litre.

C’est peut-être le chiffre qui résume le mieux la violence du mouvement actuel : même avec 20 centimes de fiscalité en moins, le litre frôle les deux euros. L’envolée des prix a largement mangé le coussin prévu pour l’amortir.

 

1er octobre : le plein de diesel pourrait-il grimper à 119 euros ?

C’est là que le calendrier devient particulièrement sensible. Le dispositif prévu par le Real Decreto-ley 18/2026 court jusqu’au 30 septembre. À la date de publication de cet article, aucun nouveau texte paru au Bulletin officiel de l’État ne prolonge les taux réduits en octobre. En l’état actuel du droit, l’allégement fiscal disparaîtrait donc au 1er octobre.

Pour l’essence, le changement serait limité : la réduction n’est plus que de 5 centimes par litre en septembre. Pour le diesel, en revanche, elle atteint actuellement 20 centimes par litre hors TVA. Si elle disparaissait entièrement et que la hausse était intégralement répercutée à la pompe, l’effet mécanique serait d’environ 24,2 centimes TTC par litre. Sur 55 litres, 13,31 euros de plus.

Appliqué au dernier prix hebdomadaire disponible, 1,918 euro le litre, ce simple calcul porterait théoriquement le diesel autour de 2,16 euros le litre, soit près de 119 euros le plein de 55 litres.

Mais ce chiffre n’est pas une prévision pour le 1er octobre. D’ici là, les cours internationaux peuvent évoluer, les stations peuvent ne pas répercuter immédiatement ou intégralement le changement fiscal et, surtout, le gouvernement peut encore prolonger ou modifier son dispositif.

Les 119 euros donnent donc la mesure du risque fiscal, toutes choses égales par ailleurs. Pas le prix garanti du prochain plein. Ce qui s’affichera mercredi matin sur les panneaux des stations-service reste, pour l’instant, une inconnue.

 

Pourquoi le plein reste moins cher en Espagne qu’en Europe

C’est l’un des paradoxes de cette flambée. À 1,93 euro le litre, le passage à la pompe fait déjà mal en Espagne. Mais de l’autre côté des Pyrénées, et plus largement dans l’Union européenne, l’addition est souvent plus salée.

Selon le dernier Bulletin pétrolier européen, la SP95 coûte en moyenne 2,092 euros le litre dans l’UE, contre 1,928 en Espagne. Pour le diesel, l’écart se creuse encore : 2,226 euros contre 1,918. Rapporté à un plein de 55 litres, cela représente environ 9 euros de moins pour l’essence et 17 euros pour le diesel en Espagne.

La fiscalité espagnole, plus légère que dans plusieurs grands pays européens, explique une partie de cet avantage. Pour le diesel, une autre raison s’ajoute : la réduction exceptionnelle appliquée en septembre, qui accentue temporairement l’écart avec le reste de l’Europe. Temporairement, justement.

 

Fin d’un mythe : en Espagne, le carburant low-cost n’est pas de moindre qualité

 

Essence, diesel : les prix se rapprochent des sommets de 2022

La barre des deux euros approche, mais elle ne constituerait pas un précédent. Les records de 2022 restent, pour l’instant, hors d’atteinte. En juillet de cette année-là, la SP95 avait culminé à 2,141 euros le litre en moyenne, et le diesel à 2,10 euros.

Il faut toutefois manier la comparaison avec précaution. À l’époque, les automobilistes bénéficiaient d’une remise générale de 20 centimes par litre, appliquée au moment du paiement mais non retranchée des prix publiés dans le Bulletin pétrolier européen. Les prix statistiques de 2022 et ceux de 2026 ne correspondent donc pas exactement à ce que les conducteurs ont réellement déboursé.

Ce qui distingue surtout la séquence actuelle, c’est sa vitesse. En moins de trois mois, un plein d’essence de 55 litres a pris près de 27 euros. Pour le diesel, presque 23 euros. Et ce dernier a grimpé malgré l’allégement fiscal exceptionnel dont il bénéficie encore en septembre.

Le pétrole peut redescendre. Le diesel aussi. Le gouvernement peut encore prolonger son dispositif avant le 1er octobre. Mais à quelques jours de l’échéance, le matelas fiscal qui amortissait la hausse est devenu bien mince.

 

Méthodologie : 

Lepetitjournal.com a utilisé les données homogènes du Bulletin pétrolier hebdomadaire de la Commission européenne pour comparer l’évolution des prix des carburants en Espagne. Le dernier relevé disponible au moment de la rédaction a été publié le 24 septembre 2026. Pour compléter cette série par la situation la plus récente au 26 septembre, nous avons également consulté les prix déclarés par les stations-service au Geoportal du ministère espagnol de la Transition écologique. Les coûts de pleins sont calculés pour un réservoir théorique de 55 litres. Le scénario du 1er octobre mesure uniquement l’effet mécanique de la disparition des réductions fiscales actuellement prévues jusqu’au 30 septembre, en supposant une répercussion intégrale et toutes choses égales par ailleurs. Il ne constitue pas une prévision du prix futur à la pompe.

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