Samedi 19 juin 2021

Natalie Pinot: "Cette pièce est un hommage à la culture française"

Par Pablo Barrios | Publié le 13/05/2021 à 08:08 | Mis à jour le 14/05/2021 à 14:07
Photo : Pour Natalie Pinot, "l'intimité devrait rester dans l'ordre du privé" / Jean-Pierre Ledos
natalie pinot

L'actrice franco-espagnole Natalie Pinot interprète au café-théâtre Lara de Madrid, "La Petite Mort", une adaptation du roman "Passion simple" d'Annie Ernaux, qui traite d'un sujet qui s'avère être aussi une expérience très riche pour le public masculin. 

Que représente La Petite Mort ? Est-elle une forme d'oubli par rapport à la vie quotidienne ? 

Oui et non. ¨La petite mort¨ est une expression ancienne pour désigner l'orgasme en français. Cela va avec la pièce de théâtre. C'est l'histoire de cette femme qui arrive à la cinquantaine et qui a un amant qui la rend folle de désir. Dans la pièce, Jeanne rentre un peu dans une espèce d'illusion romantique, très sexuelle et érotique pour échapper de sa propre réalité. 


Dans la pièce de théâtre, il existe une contradiction identitaire entre la vie privée et publique qui se matérialise sous la forme de la crise des 50 ans chez les femmes. Pensez-vous que c'est un sujet qui n'est pas suffisamment traité par la littérature, le théâtre ou dans l'art en général ?  

C'est un sujet qui commence à être de plus en plus traité. Actuellement et en général, comme vous savez, il existe un mouvement féministe très important dans le monde entier. Enfin, en tout cas, je parle de la partie occidentale qui est celle que je connais le mieux. Je pense que la crise des 50 ans chez les femmes est quelque chose dont nous parlons de plus en plus étant donné qu'il y a de plus en plus de femmes auteures et directrices. Forcément, nous parlons des sujets qui nous touchent. Quand nous arrivons à la cinquantaine, par exemple, c'est vrai que les femmes deviennent invisibles par rapport aux hommes. C'est comme si les femmes à partir de 50 ans n'avaient plus de vie sexuelle. C'est rare de voir dans les films et de lire dans les livres que les femmes ont une vie sexuelle riche et des amants à cette étape de leur vie. Enfin, dès qu'une femme arrive à cet âge-là ou qu'elle commence à avoir des cheveux blancs, c'est comme si elle était destinée à être une mère et une grand-mère. 


Quel est le degré de réalité de cette pièce de théâtre, étant donné que les livres d'Annie Ernaux appartiennent au genre autobiographique et à la non-fiction ?

En effet Annie Ernaux appartient au genre autobiographique et, donc, c'est très réel. En ce qui concerne la pièce, nous l'avons adaptée du livre ¨Passion simple¨ en restant assez fidèles à ce niveau-là. Pour moi, ce qu'il s'y raconte est authentique. Ce n'est pas une illusion. Cela reste dans le monde de l'autobiographie. 


Croyez-vous que l'intimité peut acquérir une dimension politique ?

Non, je ne crois pas. L'intimité devrait rester dans l'ordre du privé. En plus, il faut justement respecter l'intimité. Nous pouvons être quelqu'un de publiquement merveilleux, un génie, d'une manière politique ou artistique et en revanche dans la vie privée, être tout le contraire. Le cas de Rousseau est bien connu, qui vivait en contradiction avec sa philosophie : cela n'enlève pas de mérite à Rousseau. Justement, je pense qu'il faut différencier la vie privée de la vie intime lorsqu'il s'agit d'un personnage public. Encore plus quand il s'agit d'un personnage qui est en train d'apporter beaucoup à la société. Dans la pièce, Jeanne est une politicienne. Elle ne rentre pas en contradiction avec elle-même bien que les caractéristiques de sa relation (avec un homme marié, elle se soumet à ses horaires, ses nécessités et ses caprices…) soient très peu en accord avec sa position féministe. Elle continue d'exercer son métier avec conviction et je pense très efficacement, parallèlement elle se lance éperdument dans cette relation qu'elle décide de vivre jusqu'á la fin, sachant que cette aventure ne la fera que souffrir et ne la mènera nulle part. C’est quelque chose qu’elle choisit de vivre.


Le féminisme est un mouvement politique et social universel. Cependant, cette œuvre de théâtre n'est-elle pas trop française ? 

C'est vrai, elle garde des caractéristiques très françaises. L'auteur de la pièce qui a fait l'adaptation, Eduardo Recabarren, est un profond admirateur de la France et de sa culture. C'est un hommage à la culture française. Cette pièce peut avoir des airs de nouvelle vague, de chanson française, entre autres. En conséquence, cette vision-là est plus celle de l'auteur, qui est Argentin, que celle d'un Français. De toutes façons, je pense que plus nous rentrons dans les détails d'une vie, plus nous touchons l'être humain dans son universalité.


Comment abordez-vous le dialogue avec l'audience pendant le déroulement de la pièce ? La pièce est-elle plutôt dirigée à un public masculin ou féminin ?

Je pense qu'elle est dirigée à tous les publics. Probablement, les femmes à partir de la quarantaine vont s'identifier beaucoup plus mais c'est aussi une expérience très riche pour le public masculin. Quand nous réalisons un monologue, le public devient un compagnon sur scène. En conséquence, il y a un dialogue, même s'il n'est pas réel, dans le sens où le public ne participe pas d'une manière active. En général, c'est une des meilleures expériences du monologue. C'est comme si le public était un peu voyeur. Il t'accompagne et il est avec toi. La communication est beaucoup plus intense. Il joue un rôle plus actif d'une certaine manière. Je vois les spectateurs tout le temps sur scène étant donné que la salle est petite. Oui, il y a une communication. Disons que la pièce est différente à chaque fois à cause de cela. Les publics sont à chaque fois différents, ils sont plus ou moins sérieux, ils rient à des endroits différents... L’interprétation varie avec le public. Cela fait qu'il existe différentes nuances. La pièce ne change pas mais elle se transforme. C'est à chaque représentation une expérience différente. 

 

La petite mort
Les dimanches du mois de mai à 13 heures au Teatro Lara
Corredera Baja de San Pablo, 15
28004 Madrid
Tel.91.523.90.27 
Vente par téléphone Entradas.com (902 42 84 88) et  www.teatroentradas.com.

 

 

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