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HISTOIRE DE MADRID – Le quartier Arturo Soria

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 13/07/2014 à 22:00 | Mis à jour le 10/03/2015 à 12:01

Au Nord-Est de Madrid, le quartier Arturo Soria est connu comme le "quartier français" de la capitale espagnole. Parce qu'il abrite le lycée Conde de Orgaz, on y trouve une forte concentration de Français et francophones, et les commerces et utilités qui vont avec. C'est aussi le quartier de la Ciudad Lineal, projet fou de l'urbaniste Arturo Soria qui en a imaginé les contours à la fin du XIXe siècle. Retour sur l'histoire de ce quartier riche en anecdotes.

(Photo CC Xavier Miró Bruix)
Situé à la périphérie de Madrid (de l'autre côté de la ceinture périphérique, la M-30), à une vingtaine de minutes du centre en voiture et un peu plus en métro, le quartier était à l'origine une zone maraîchère, d'où le nom de Hortaleza, district auquel appartient Arturo Soria. À la fin du XIXe siècle, l'Espagne est affectée par la perte de son Empire colonial ; les intellectuels sont préoccupés par l'industrialisation et les changements de l'époque moderne.

Arturo Soria y Mata, architecte né à Madrid en 1844, fait partie de cette génération : il veut trouver la meilleure façon d'articuler les zones urbaines et rurales et réorganiser la ville de Madrid selon un nouveau modèle d'urbanisme qui ne sépare pas les riches des pauvres. L'idée d'une "Ciudad Lineal" ("cité linéaire" en français) germe dans son esprit : un boulevard d'une longueur infinie qui relie les centres ("îlots") urbains entre eux, chacun ayant accès à l'eau, l'électricité, le gaz, le téléphone. Un réseau de transports assure la connexion entre les différents îlots. Dans cette cité utopique, tout le monde est propriétaire ("Pour chaque famille une maison ; pour chaque maison un potager et un jardin," dit le slogan du projet à partir de 1902) et la spéculation immobilière qui fait monter les prix des maisons doit est évitée. On retrouve dans l'imagination d'Arturo Soria les préoccupations sociales et hygiénistes chères à l'époque.

plan arturo soria madridUne concrétisation difficile
En 1892, la ville de Madrid approuve le plan de chemin de fer et de tramway proposé par l'architecte. En 1894, il fonde la Compagnie Madrilène d'Urbanisation (CMU). L'aventure peut alors commencer. Il imagine une boucle d'une longueur de 53 kilomètres et d'une largeur de 500 mètres qui ferait une ceinture au Nord de la vieille ville de Madrid. Les travaux commencent par le Nord Est, dans les anciens champs de culture maraîchère ; dans les districts actuels de Ciudad Lineal et Hortaleza.

L'utopie tourne court. Pour des raisons économiques, le boulevard de 500 mètres de large ne peut en faire que 40. Puis, au bout de 6 kilomètres, on doit arrêter la construction de l'artère principale ; aujourd'hui la calle Arturo Soria. Le système d'égouts prévu se transforme en système de fosses sceptiques et l'éclairage public n'arrive dans le quartier qu'en 1920. Le réseau de chemin de fer et tramway est tout de même installé à temps ; il transporte des usagers la journée et des marchandises la nuit, signe d'une grande modernité. Les arbres et espaces verts en font un quartier agréable à vivre, même si très calme ; triste, disent certains. L'écrivain Ramón Gómez de la Serna choisit ce cadre pour situer les crimes de son roman Le Chalet des Roses en 1923, imaginant qu'il était facile d'enterrer des cadavres en toute discrétion.

Un quartier cher? et français
Ce sont les classes moyennes, puis les classes supérieures, qui investissent le quartier Arturo Soria, en lieu et place de la joyeuse mixité imaginée au départ. La spéculation, vivement dénoncée par son concepteur, en fait un quartier cher : entre 2000 et 4000 euros au mètre carré aujourd'hui. Rues résidentielles, petits commerces et entreprises, écoles et arbres centenaires caractérisent à présent le quartier.

Le lycée français Conde de Orgaz s'installe en 1969 à côté du grand parc du même nom, ce qui attire les Français et francophones de la capitale. Zinedine Zidane vivait juste à côté du parc lorsqu'il jouait au Real Madrid ! On trouve à Arturo Soria des docteurs Français, des pharmacies ayant l'habitude de trouver des correspondances entre médicaments des deux pays, des garderies franco-espagnoles... Pour déguster des fromages français, aller aux Quesos de Amélie, en face du centre commercial Arturo Soria Plaza. La boulangerie pâtisserie Mundo Delicias, calle Andorra 89, fait la meilleure galette des rois de Madrid. De quoi faire un petit détour dans le quartier même si l'on n'y habite pas.

Lison RABUEL (www.lepetitjournal.com - Espagne) lundi 14 juillet 2014
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Jean-Paul Demoule est professeur émérite de protohistoire européenne à l’université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et membre honoraire de l’Institut Universitaire de France.

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