Il n’a jamais été champion du monde. Pourtant Kelly Slater l’appelle « Da Boss » et, du parfait débutant aux visages les plus connus de la planète, tous repartent avec le même sourire une fois avoir appris à surfer avec lui. Rencontre avec le coach de surf des champions, Raimana Van Bastolaer.


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Raimana Van Bastolaer possède un talent rare : faire croire aux autres qu’ils sont capables de surfer et vivre l’impossible sur une vague. Avec lui, pas de VIP : dans l’eau, tout le monde redevient simplement quelqu’un qui aimerait bien ne pas tomber. Pour comprendre pourquoi tout le monde l’appelle « Tonton », direction Papara, Tahiti.
Raimana, le gamin à la biscotte
Raimana grandit à Papara. Élevé dès l’âge de deux ans par ses grands-parents, ils ont peu d’argent. Son grand-père pêche et vend quelques poissons… Pour permettre à Raimana de voyager une fois adolescent, ils empruntent même discrètement à ses tantes. Il ne l’apprendra qu’après leur mort.
De l’argent, donc, pas beaucoup. De l’amour, énormément. Chez Raimana, quand on a quelque chose, on partage : une maison, un bateau, un repas, une vague… ou simplement une main.
Bizarrement pour un gamin du fenua, Raimana grandit davantage attiré par le skate et le BMX que par le surf. La raison est beaucoup moins exotique : le surf coûte trop cher. Avec ses petits moyens, il finit donc par s’offrir ce qu’il peut : un bodyboard et une paire de palmes. Le bodyboard, la fameuse « petite biscotte », alors gentiment snobée par les surfeurs. Pourtant, des bodyboarders comme Mike Stewart, neuf fois champion du monde, sont justement parmi les premiers à comprendre le potentiel de cette vague monstrueuse de Teahupo’o. Raimana regarde, apprend… et se rapproche doucement de son destin.
Au début des années 90, l’équipe Gotcha débarque à Tahiti avec quelques sacrés clients : Rob Machado, futur vice-champion du monde (1995) et icône du surf californien, Brock Little, légende hawaïenne des grosses vagues, et Martin Potter, champion du monde 1989. Brock finit par coller une planche de surf sous les pieds de Raimana. Première vague : Raimana se lève… et prend un tube. Du jamais vu pour une première fois. Normalement, il y a quelques étapes entre les deux. Raimana les a visiblement zappées.
Raimana découvre alors un concept totalement révolutionnaire : en surf, les sponsors donnent le matériel… et vous payent pour l’utiliser. Lui vient d’acheter sa biscotte, ses palmes et son leash avec son propre argent. Même sans avoir fait HEC, le calcul est assez vite fait : « Je crois que je me suis trompé de sport » dit-il en souriant.
Le Sherpa de Teahupo’o
Le nouveau terrain de jeu de Raimana devient alors Teahupo’o. Et pour ceux qui voient Tahiti comme trois cocotiers et un poisson cru au bord du lagon : Teahupo’o ce n’est pas exactement la piscine du Club Med.
Et comme personne ne grimpe l’Himalaya sans son Sherpa, à Teahupo’o, quand ça commence sérieusement à sentir le sapin, même principe : mieux vaut avoir Raimana à ses côtés. Guide, pilote de jetski, sauveteur, conseiller, psy à ses heures perdues… « Tonton » Raimana devient le mec qu’on veut absolument avoir dans son équipe quand le Pacifique décide de se fâcher. Laird Hamilton, Kelly Slater, Andy et Bruce Irons, John John Florence, Rob Machado, Matahi Drollet, Bixente Lizarazu… champions du monde, légendes… tôt ou tard, tout ce petit monde finit chez lui, tout comme Kauli Vaast, champion olympique 2024, et Jérémy Florès, l’un des plus grands surfeurs français.
En 2013, Tonton rappelle qu’il sait aussi faire le boulot lui-même : un tube monstrueux à Teahupo’o lui vaut une nomination au Billabong XXL Tube Award, autrement dit les Oscars du surf de grosses vagues.
D’Andy à Kelly
En 1999, Raimana rencontre Kelly Slater sur la compétition ASP World Tour de Tahiti . Détail savoureux : sponsorisé Billabong, il s’occupe alors surtout de son plus grand rival, Andy Irons. Tonton est dans l’équipe adverse… Comme quoi, les histoires d’amour commencent parfois mal.
Raimana quitte ensuite Billabong pour Quiksilver et se rapproche de Kelly : sessions, jetski, sécurité… la confiance s’installe. En 2010, le Tahitien devient même sa co-star dans le film IMAX The Ultimate Wave Tahiti. Le voilà aux côtés de Kelly sur les tapis rouges des avant-premières : « Alors ça, c’est la faute à pas de chance ! », rigole Raimana. « Quand le réalisateur est venu en repérage à Tahiti, Kelly m’a demandé de m’occuper de lui et de son équipe. Une grosse houle rentrait sur Fidji, Kelly est parti et moi je suis resté planté avec eux. J’ai du meubler, je leur ai simplement montré mon Tahiti, ma vie, mes vagues… Quelques jours plus tard, j’apprends qu’ils veulent me mettre dans le film! J’étais presque gêné. La star, c’était Kelly, pas moi ! On a bien rigolé… »
Quelques années plus tard, leurs chemins se recroisent dans un endroit improbable pour deux hommes ayant passé leur vie dans l’océan : au milieu des champs californiens.
Tonton, ou le taxi de luxe
En 2015, Kelly Slater dévoile le Surf Ranch, sa vague artificielle parfaite à Lemoore, en Californie.
Contrairement à la légende, ce n’est pas Kelly Slater qui recrute Raimana, mais Jeff Bizzack, l’un des hommes clés de la Kelly Slater Wave Company. La mission de Raimana ? La sécurité, et ramener Kelly Slater en jetski au départ de la vague, sans qu’il sorte de l’eau. En clair : Tonton fait le taxi.
Puis arrivent les premiers invités. La vague est parfaite, mais encore faut-il réussir à la surfer. Raimana ne peut s’empecher de donner des conseils depuis son jetski. Personne ne l’entend. Alors il descend dans l’eau. Et c’est là que Raimana invente sa technique. À genoux sur sa propre planche, il accompagne l’élève, attrape sa board et le tire littéralement dans la vague. Un geste devenu sa signature… et que d’autres coachs tentent aujourd’hui de reproduire : « Ça, c’est mon truc ! Au début, j’étais le seul capable de faire ça. Maintenant, je vois les autres essayer… », sourit-il, pas peu fier d’avoir fait des petits.
Le Surf Ranch ouvre ses portes, les clients se passent le mot. Les vidéos deviennent virales. L’homme chargé de la sécurité devient, par la force des choses, le coach incontournable du Surf Ranch.

Raimana Van Bastolaer avec Prince Harry Duke of Sussex, Ruruki Van Basolaer et Prince Archie of Sussex © Surf Ranch
L’homme qui pourrait faire surfer un frigo
Prince Harry, Cindy Crawford, Doja Cat, Ivanka Trump ou parfaits débutants : une fois dans l’eau, tout le monde redevient pareil. Le statut reste sur la berge, le doute s’installe et la peur prend le dessus. Raimana, lui, possède ce talent rare : vous convaincre que vous allez y arriver avant même que vous y croyiez vous-même. « GO! GO! GO! STAND UP!!! » Le débutant se retrouve dans le tube de sa vie. Ce Tahitien pourrait probablement faire prendre un barrel à un réfrigérateur. Donnez-lui cinq minutes et vous retrouverez votre Frigidaire double porte au fond du tube avec Tonton derrière qui hurle : « LOWER! LOWER!!! »

Raimana Van Bastolaer et Cindy Crawford au Surf Ranch © Todd Glasser, Raimana World
Cindy Crawford l’a surnommé « The Big Blue Pill » (nlrd : en clin d’œil au viagra) avec cette phrase délicieusement ambiguë : « This guy can get anyone up, even me! » On vous laisse apprécier le double sens.
Aujourd’hui, nouveau chapitre : direction Austin, Texas, avec Heiata, sa femme, et Ruruki, son fils, son « mini-me » pour une nouvelle mission : le Austin Surf Ranch. Vague à suivre.

Raimana Van Bastolaer et Kelly Slater sur le site de construction du Surf Ranch d’Austin au Texas © Austin Surf Ranch
F.P.
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