À Teahupo’o, tous les projecteurs étaient braqués sur eux. Kelly Slater, 54 ans, onze fois champion du monde, pour ce qui ressemblait peut-être à une dernière danse. Et Kelia Mehani Gallina, 14 ans, enfant du spot, qui vient tout juste d’entrer dans la danse. Explications de Franck Pedretti.


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Quarante ans les séparent. Pourtant, ce Tahiti Pro 2026 aura raconté une étonnante histoire de générations entre le plus grand surfeur américain de tous les temps, Kelly Slater, et une adolescente polynésienne qui rêve d’écrire la sienne, Kelia Mehani Gallina.
Kelly Slater, 54 ans : The Last Dance ?
Avant même le premier coup de sirène, Kelly Slater était déjà au centre de toutes les conversations. Retiré du circuit à plein temps depuis 2024 et récemment opéré de la hanche, le King avait reçu une wild card pour retrouver Teahupo’o, l’une de ses vagues préférées, où il s’est imposé cinq fois. Une invitation qui n’a pas fait que des heureux.
À 54 ans, fallait-il encore offrir une place à Kelly Slater plutôt que de laisser place à un jeune ? Et le fait que cette compétition Outerknown, marque qu’il a cofondée, soit partenaire-titre de l’épreuve n’a évidemment rien fait pour calmer les critiques.
Kelly Slater aurait pu répondre avec des mots.
Il a préféré répondre dans l’eau. Dès la première journée, dans un Teahupo’o énorme, désordonné et balayé par un vent capricieux, Slater signe le meilleur total du jour. Puis arrive le choc face à Gabriel Medina, triple champion du monde. Onze titres contre trois. Dans des vagues de 8 à 10 pieds, environ 2,5 à 3 mètres, Kelly Slater commence pourtant très mal : deux énormes wipe-outs et une planche cassée en deux.
Puis le King se réveille. Deux tubes monstrueux : 9,73 puis 9,33. Total : 19,06/20. Quelques séries plus tard, le californien Griffin Colapinto poussera le curseur encore plus loin : un 10 parfait et 19,60/20, meilleur total de la journée. Son aventure s’arrêtera finalement au tour suivant face à l’Australien Jack Robinson, tenant du titre. Ce sera l’Hawaïen Seth Moniz qui remportera son tout premier succès sur le Championship Tour face à Griffin Colapinto.

Le mythe Teahupo’o
Teahupo’o et Kelly Slater, c’est une histoire à part. En 2005, sur cette même vague, Slater devenait le premier surfeur de l’histoire du World Tour à signer un « Perfect 20 » sous le système de notation à deux vagues :deux vagues, deux 10, 20/20.
En 1986, alors que Kelly Slater avait exactement l’âge de Kelia Mehani Gallina aujourd'hui : 14 ans, le kid de Cocoa Beach était déjà un phénomène. Il remportait des compétitions amateurs aux États-Unis et terminait cette année-là troisième des championnats du monde amateurs en Angleterre face à des concurrents plus âgés. Personne ne pouvait alors imaginer les onze titres mondiaux, les 56 victoires sur le circuit et une carrière qui traverserait quatre décennies.
Quarante ans plus tard, à l’autre bout du Pacifique, une autre surfeuse de 14 ans commence à faire tourner les têtes.
Kelia Mehani Gallina : Teahupo’o depuis sa fenêtre
Pour Kelia Mehani Gallina, Teahupo’o n’est pas unedestination du World Tour. C’est sa maison.
La jeune Polynésienne vit au village de Teahupo’o, au bout de la route de Tahiti, face à cette vague mythique qu'elle voit depuis chez elle et qu’elle surfe depuis ses 3 ans avec son père Hawaiien. Son compte Instagram résume presque tout : @MissTeahupoo.
En 2025, elle avait déjà stupéfié le monde du surf en remportant les Trials et en intégrant le Tahiti Pro à seulement 12 ans, devenant la plus jeune compétitrice de l’histoire du Championship Tour. Début juillet, elle récidive : nouvelle victoire aux Trials, nouvelle wild card et nouveau rendez-vous avec les meilleures surfeuses de la planète. Mais cette fois, elle ne vient plus seulement pour apprendre.
Le 10 août 2026, Kelia Mehani Gallina fête ses 14 ans au beau milieu de la compétition. Et son cadeau d’anniversaire va prendre une drôle de forme : quelques championnes ajoutées à son tableau de chasse. Tyler Wright, double championne du monde. Puis Caroline Marks, championne du monde 2023 et surtout championne olympique 2024… sur cette même vague de Teahupo’p lors des Jeux de Paris 2024.
Kelia Mehani Gallina atteint finalement les quarts de finale avant de s’incliner face à l’Israélienne Anat Lelior, future finaliste, qui elle même s’inclinera devant la Canadienne Erin Brooks.
Une semaine d’anniversaire plutôt correcte pour Kelia : deux championnes du monde éliminées, un quart de finale à Teahupo’o… et un petit chien dont elle rêvait, reçu pour son anniversaire.
Bilan de la compétition
Teahupo’o est l’une des vagues les plus spectaculaires, mais aussi les plus dangereuses au monde. La houle du Pacifique vient brutalement se soulever sur un récif corallien extrêmement peu profond. Lorsque la vague se creuse, l’océan se retire du reef avant que des tonnes d’eau viennent s’y écraser.
Magnifique depuis les bateaux. Beaucoup moins lorsque vous êtes dessous.
Cette édition 2026 l’a encore rappelé : météo capricieuse, vents changeants, wipe-outs impressionnants et, selon le décompte donné sur le live de la WSL en fin de compétition, pas moins de 33 planches brisées !
Ironie de cette compétition : le 19,06 de Kelly restera supérieur au total de Seth Moniz lors de la finale. Mais Teahupo’o ne récompense pas une semaine, ni une légende. Il faut gagner chaque série.
Le Championship Tour met maintenant le cap sur Cloudbreak, aux Fidji, du 25 août au 4 septembre 2026, avant de débarquer chez nous en Californie pour le Trestles Pro, du 11 au 20 septembre. Ce passage à Lower Trestles aura forcément une saveur particulière : en 2028, cette même vague de San Clemente accueillera les épreuves olympiques de surf des Jeux de Los Angeles.
Le Petit Journal sera là ! Et Kelia Mehani Gallina ? Elle n’aura que 15 ans. Vous voyez déjà où l’on veut en venir…
F.P.









