Du fracas des chantiers navals de Lévis aux allées feutrées du magasin Bloomingdale’s, le peintre Sylvain Latendresse trace un sillage singulier sous le soleil de Los Angeles. Entre sa demeure Art déco vert menthe, son job de « nez » et sa technique de pointillisme au couteau, portrait d’un artiste québécois qui grimpe l’échelle de la renommée, un point à la fois.


Si certains artistes cherchent leur inspiration dans des jardins de roses, Sylvain Latendresse l'a trouvée dans la démesure industrielle. Né à Jonquière, dans la province du Québec, en 1962, il a grandi en fait à Lévis, petite ville industrielle, à l'ombre de géants d'acier. « Mon père était soudeur... Il soudait à l'extérieur, été comme hiver, sur les bateaux », se remémore-t-il. De ce gigantisme, il a gardé le goût des perspectives audacieuses : « Gamin, je me souviens encore des gens sur le pont des bateaux, ils étaient tout petits. » Ce qui explique des compositions où l'humain semble parfois aussi "petit" face à l'immensité de la nature ou de l'architecture que Sylvain l'était face aux coques de navires de son enfance.
La vie en vert (Art déco)

Aujourd'hui, Sylvain Latendresse et son épouse Jacqui, scénariste et productrice, habitent un véritable décor de cinéma : une maison de style Streamline Moderne, d’un vert menthe audacieux, classée monument historique, et où on se sent d’ailleurs comme sur un bateau. Ce bijou architectural de Los Angeles, avec ses courbes aérodynamiques et ses lignes horizontales, semble être le prolongement naturel de son art. C’est dans ce cocon « Art déco » que l’artiste troque son costume de « nez » chez Bloomingdale’s contre son tablier de peintre. Car oui, pour financer ses pigments, il vend du rêve liquide : « C’est une façon de subvenir à mes besoins en tant qu’artiste », confie-t-il. Un pied dans le parfum, l’autre dans la peinture, il navigue entre effluves de luxe et odeurs de peinture.
Le couteau dans la plaie (de la toile)

Côté technique, Sylvain Latendresse ne fait rien comme les autres. Là où beaucoup utilisent le couteau pour étaler de larges aplats de peinture, lui le manie avec une précision d'orfèvre pour un rendu « pointilliste ». Chaque œuvre est une accumulation de touches minuscules, un travail de patience monacal où la couleur est déposée point par point. Le résultat ? Une vibration de la lumière qui rappelle ses maîtres, Van Gogh pour l’énergie tourbillonnante et David Hockney pour cette façon unique de capturer la clarté californienne et l’explosion de couleurs des paysages.

Une reconnaissance méritée
Ses toiles, véritables mosaïques de couleurs pures, témoignent de cette évolution constante qui l'a mené jusqu'à Palm Springs, où il a récemment été salué par « Intersect », un rendez-vous annuel des meilleurs peintres, dont ceux basés en Californie. On y retrouve la force héritée de son père : « À l'époque, c'était très, très dur ce qu'il faisait... Maintenant, pour moi, c'est très différent », dit-il. Si le travail du père était physique, celui du fils est une danse avec la lumière.

Son ambition ? Continuer à monter cette échelle de la renommée sans perdre son accent, tout en rêvant de voir ses points de couleur s'exposer dans les plus grandes galeries mondiales. Sylvain Latendresse prouve que l'on peut vivre dans un monument historique, vendre du parfum le jour et réinventer le pointillisme la nuit, sans jamais oublier que dans l'art, chaque détail - ou chaque point - compte.
Vous pouvez découvrir les toiles de Sylvain Latendresse sur son site Internet et le suivre sur Instagram. Six de ses toiles, des petits formats, seront exposées le 7 mai chez Attitude Café à Los Angeles, 6009 W 3rd St, Los Angeles, CA 90036.
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