De « Dieu m'a donné la foi » à la bande-annonce de « Mission Impossible », le parcours de Nicolas Neidhart semble guidé par l’univers, qui semble avoir glissé quelques notes de musique sur son chemin, pour l’amener à vivre ses rêves, de son enfance à Munich à Los Angeles. Rencontre avec un compositeur et producteur de musique résolument guidé par l’intuition.


C’est dans un café, au cœur de Venice, que nous rencontrons Nicolas Neidhart. Installé en Californie depuis quatorze ans, ce compositeur franco-allemand a grandi dans une petite ville près de Munich, ancienne ville de garnison américaine peuplée de 75 000 GIs, d’avions de chasse et de tanks. La culture américaine, il la découvre enfant, à travers les chansons diffusées par la radio militaire. Très tôt, la musique devient une évidence. « Je jouais dans des groupes en Allemagne, mais je savais que pour en faire mon métier il fallait partir », confie-t-il.
À 20 ans, Nicolas Neidhardt rejoint Paris et intègre une école de jazz. Le niveau est très élevé et le choc est rude : « J’ai pris une claque. » Alors il travaille. Intensément. Pendant sept ans, il étudie le jazz, le classique, l’orchestration, les arrangements. Il explore aussi la musique électronique, s’équipe de synthés et d’enregistreurs quatre pistes. Les rencontres s’enchaînent, notamment celle de son mentor Dominique Dubois, qui l’introduit au cœur des grands studios parisiens.
Il compose « Dieu m'a donné la foi » pour Ophélie Winter
Puis viennent les années 90, les années dorées. Il compose « Dieu m'a donné la foi » pour Ophélie Winter, un tube devenu mythique. Mais Nicolas Neidhardt refuse toute recette miracle : « On ne sait jamais pourquoi ça prend. Il y a quelque chose de mystique dans la création. » La magie, dit-il, ne se reproduit pas sur commande.
Parallèlement, il enchaîne dix ans comme musicien pour l’émission Nulle Part Ailleurs sur Canal+, participe à la grande époque de la Star Academy et de La Nouvelle Star et produit notamment « Au Soleil » pour Jenifer en 2002. Les États-Unis refont surface lorsqu’en 2004 il travaille avec Véronique Sanson et son producteur Bernard Saint-Paul sur un album enregistré entre Los Angeles et Nashville, le rêve absolu pour tout musicien, suivi d’une tournée en 2005 dont il assure la direction musicale en tant que chef d’orchestre. Une carrière brillante, portée par une industrie musicale encore prospère.
À la fin des années 2000, la digitalisation bouleverse l’industrie musicale, et son studio d’enregistrement se vide
Puis les années 2007-2008 marquent un tournant. La digitalisation bouleverse l'économie musicale. Les budgets s’effondrent, son studio d’enregistrement se vide. La remise en question est brutale. C’est alors qu’intervient un élément en apparence anodin, mais décisif : une séance de coaching. On lui demande d’écrire sa vie dans cinq ans. Il note Los Angeles, la musique de film, une maison près de la plage. Puis il met le texte de côté et l’oublie.
Deux ans plus tard, un détour par New York lui ouvre une nouvelle perspective : son album solo de piano est remarqué par des managers américains. Puis un dîner à Los Angeles, dans un lieu presque irréel, déclenche une série de rencontres décisives. Nicolas Neidhardt multiplie les allers-retours avec quinze voyages en deux ans. En 2012, il s’installe définitivement en Californie avec sa famille. Et là, révélation : ce qu’il vit correspond presque mot pour mot à ce qu’il avait écrit cinq ans plus tôt.
À Los Angeles, il se spécialise dans la musique de bandes-annonces
À Los Angeles, il travaille notamment auprès du compositeur Klaus Badelt, se spécialise dans la musique de bandes-annonces et signe celle du film « San Andreas ». Il compose ensuite pour des productions majeures comme « Napoleon », « Wonder Woman », « Blade Runner 2049 », « Jurassic World », et remporte des distinctions pour les musiques de « Blonde » et « Mission: Impossible – Dead Reckoning Part Two. »
Aujourd’hui, Nicolas Neidhardt dirige deux sociétés de production dont une regroupant une trentaine de compositeurs et développe des projets en Allemagne, en France, et même pour des églises américaines qui le contactent après avoir découvert « Dieu m’a donné la foi ». Trois territoires, trois langues, une même énergie.
Les États-Unis ? C’est « le pays des possibles », dit-il simplement. Chez Nicolas Neidhardt, la musique n’est pas qu’un métier. C’est un dialogue constant avec l’invisible. Une capacité à avancer sans avoir tous les détails, à accepter que la création échappe aux formules. Et peut-être, au fond, à croire qu’il suffit parfois d’écrire un rêve pour qu’il commence doucement à se matérialiser.


























