Le député des Français d’Amérique du Nord était en visite à Los Angeles et San Diego du 23 au 27 janvier. Tout en adressant un message rassurant à la communauté française expatriée, il évoque sans détour la « rupture » entre les États-Unis de Donald Trump et l’Europe, suite au bras de fer autour du Groenland, qui appelle une « réponse forte ».


« Je suis Franco-Américain, je passe la moitié de ma vie entre les États-Unis et la France, et je vois bien qu’il y a un véritable décalage entre ce qui peut être proféré par le président des États-Unis et la réalité d’Américains qui adorent la France et de Français qui adorent l’Amérique, et vous en êtes les témoins ! » Ce lundi 26 janvier, c’est par ces mots que Christopher Weissberg s’adresse à la communauté française de Los Angeles, réunie à la Résidence de France de Beverly Hills pour les traditionnels vœux du Consulat. « On est là à votre service pour vous soutenir dans les bons et dans les mauvais moments », ajoute-t-il au pupitre, devant les trois drapeaux, européen, français et américain.
Le député des Français d’Amérique du Nord effectue son premier déplacement sur la Côte Ouest des États-Unis depuis qu’il a repris le siège de Roland Lescure en novembre dernier. Avant de couper la galette des rois aux côtés du Consul Général Adrien Frier, il rappelle à ses concitoyens d’aller voter aux élections consulaires, qui auront lieu le 30 mai prochain. « Comme nous sommes dans un moment où la démocratie est remise en question par tout le monde, ne perdons pas une seule opportunité pour montrer notre attachement au meilleur système du monde (...) », souligne le député.
Rassurer les Français installés aux États-Unis
Alors que, ces derniers jours, les tensions entre l’Amérique de Donald Trump et l’Europe ont atteint un niveau jamais vu et qu’à l’intérieur du pays, les manifestations contre l’ICE prennent de l’ampleur, Christopher Weissberg est venu délivrer un message rassurant aux Français expatriés aux États-Unis. La veille, il était à San Diego aux côtés de Christophe Jouin, un candidat aux élections consulaires; il a rencontré des Français qui travaillent dans la biotech, goûté les pâtisseries de Clément Le Déoré, visité la chambre de commerce et l'Alliance française.
« J’essaie de faire la part des choses », dit-il au Petit Journal. S’il évoque des chercheurs « obligés de quitter le pays », les expatriés qu’il a rencontrés continuent à mener « une vie normale » et à s’épanouir dans leur pays d’adoption. Et si certains acteurs économiques « ont souffert » des droits de douane imposés par Donald Trump, la plupart « se sont adaptés et continuent à faire du business », constate-t-il, évoquant le dynamisme de la biotech à San Diego. Les visas E2 (investisseur) continuent d’être validés par l’administration américaine, remarque-t-il, rappelant qu’en tant que député des Français d’Amérique du Nord, il peut intervenir pour débloquer des situations complexes auprès du consul américain à Paris.
Face aux raids de l’ICE, toujours sortir avec son passeport
À l’heure où la ville de Minneapolis fait face à de puissantes manifestations contre les raids de l’ICE (lire notre article ici), la police de l’immigration de Donald Trump, accusée d’avoir tué deux citoyens américains, Renee Good le 7 janvier et Alex Pretti le 24 janvier, au cours d’opérations, les ressortissants français aux États-Unis doivent-ils s’inquiéter pour leur sécurité ? « C’est une question difficile. Il faut être très vigilant. C’est bien de se balader avec son passeport en règle, ce n’est pas le moment de ne pas être rigoureux », répond Christopher Weissberg, qui prévoit d’aller rencontrer la communauté française de Minneapolis dans les prochains jours.
Il garde néanmoins la tête froide : « Il ne faut pas affoler. On n’est pas encore à un stade où il y a des raisons de dire aux Français de se prémunir de leurs mouvements habituels. » Le député recommande d’être toujours en règle avec son visa, et de ne surtout pas se mettre dans une situation d’overstay (dépassement de la validité du visa) : « La machine bureaucratique américaine peut être très dure, ça a toujours été le cas, même sous le mandat de Joe Biden. » À ceux qui entrent sur le territoire américain, il conseille la prudence concernant les réseaux sociaux, qui peuvent être soumis à une inspection.
Une rupture avec l’ordre mondial construit depuis 1945
Ce discours prudent pour s’adresser à la communauté française sur le sol américain tranche avec les propos très fermes qu’il a tenus à la tribune de l’Assemblée nationale, le 19 janvier, pour condamner la « dérive autoritaire » des États-Unis de Donald Trump et la « fin d’un monde » (intervention à retrouver en intégralité ici). « J’ai une position très forte, affirmée, et différente de celle d’un diplomate, redit Christopher Weissberg. Je pense que ce qu’il se passe est une rupture avec tout ce qui a été construit depuis 1945. Cette administration veut détruire cet ordre, c’est son objectif. »
Les menaces de Donald Trump de s’emparer du Groenland par la force, et la riposte de plusieurs pays européens dont la France, qui a envoyé des militaires sur place, ont agi comme un révélateur. « Aujourd’hui, il faut intégrer que cette administration nous sera hostile. Ce qui s'est passé la semaine dernière est à mon avis symptomatique de ce que nous devons faire. Le président de la République a eu exactement la réaction qu’il fallait avoir », se félicite Christopher Weissberg.
Pour lui, il ne s’agit plus de désaccords entre alliés, mais d’un rapport de force permanent, étranger aux usages diplomatiques traditionnels : « On pouvait se dire qu’au fond, avec le président américain, il fallait lui donner des victoires au moins sur la forme et essayer d’éviter le pire, quitte à atténuer et mettre de l’eau dans notre vin sur nos positions économiques et diplomatiques. Et en fait ça ne marche pas », lâche-t-il. Cette logique transactionnelle, fondée sur la pression, impose selon lui une réponse européenne « extrêmement forte ».
« Je me battrai pour éviter la montée d’une force trumpiste en France »
Christopher Weissberg appelle l’Europe à se montrer lucide et pragmatique, en assumant le fait que les États-Unis ne peuvent plus être considérés, dans le contexte actuel, comme un « allié traditionnel ». Une rupture qu’il qualifie d’« incroyable », tant elle semblait impensable il y a encore quelques années, y compris pour des responsables républicains rencontrés lors des commémorations du Débarquement. Face à cette nouvelle donne, le député plaide pour un renforcement de la souveraineté européenne, qu’il s’agisse de défense, de budget militaire ou d’indépendance industrielle.
La situation aux États-Unis doit enfin servir d’alerte, selon lui, à un peu plus d’un an des élections présidentielles françaises. « Jusqu’à la dernière minute de mon mandat, je me battrai pour éviter la montée d’une force trumpiste en France », martèle Christopher Weissberg, pour qui une victoire du Rassemblement National serait « une catastrophe pour notre souveraineté et pour nos intérêts.»
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