En janvier 2025, Los Angeles subissait les feux les plus destructeurs de son histoire, faisant 31 morts et laissant 13 000 familles sans domicile. Un an plus tard, trois Françaises qui ont perdu leur maison dans les flammes racontent l’après.


« Sur le calendrier, ça passe vite, mais émotionnellement, ça ne passe pas » confie au téléphone Danielle, 81 ans, ancienne résidente du quartier de Pacific Palisades. Après le « grand choc » de la disparition de sa maison dans les flammes, le 7 janvier 2025, elle a trouvé une location dans un complexe résidentiel à Marina del Rey, plus près de ses amis.
Elle pense souvent à la maison qu’elle a habité pendant plus de 43 ans. Bien qu’elle soit devenue trop grande, elle n’arrivait pas à la quitter. « Je repoussais, j’étais bien chez moi » explique-t-elle. Après les incendies, elle a tout de suite voulu vendre le terrain, une fois les ruines nettoyées : « Je voulais mettre ça derrière moi. » Et d’ajouter : « Les gens ne se rendent pas compte, c’est toute une vie qu’on a perdue.»
À Altadena, une première maison est sortie de terre début décembre
« Toute une vie », c’est mot pour mot ce que souffle aussi Isabelle, devant la grille de chez elle. Une vie qu’elle a hâte de retrouver, pour avancer. Dans son quartier, à Altadena, la première maison à avoir été reconstruite est sortie de terre au début du mois de décembre. Aujourd'hui, au milieu des parcelles vides, où trônent parfois des cheminées en briques cramoisies, on entend de toute part la cadence effrénée des burins et des bétonnières. Isabelle, elle, vient juste de recevoir son permis de construire : « Ça a été assez rapide, je l’ai eu deux semaines après avoir envoyé les plans. Maintenant, il faut que je sois patiente…»

Elle espère un emménagement à l’été 2027, dans ce qu’elle décrit avec anticipation comme un lieu qui lui ressemblera plus que le bâti d’origine, qui datait des années 1930. Initialement, elle voulait reconstruire avec des matériaux ignifugés, mais « la réalité des coûts » l’a rattrapée. Le contexte économique aggrave aussi bien le montant des travaux que celui de la vie courante pour cette mère de deux enfants. Sans oublier le loyer de l’appartement à Glendale qu’elle a eu la chance de trouver rapidement, au lendemain des incendies, « grâce à l’aide d’une amie ».
Isabelle a rejoint l'action en justice contre Edison
C’est aussi sur la recommandation d’une proche qu’elle a rejoint l’action en justice contre Edison. En mars dernier, l'État de Californie avait annoncé porter plainte contre le fournisseur d’électricité, dont une négligence a participé à la catastrophe. « Ils ont laissé l’antenne inutilisée et inflammable » précise Isabelle. C’est la troisième fois qu’une négligence imputée à Edison cause des feux à Los Angeles, avec des conséquences toujours plus terribles à mesure que le réchauffement climatique s’intensifie.
En cas de victoire, Isabelle, comme d’autres habitants d’Altadena, pourrait être dédommagée. Là aussi, elle prend son mal en patience. Et se félicite de faire partie de ceux que leurs assurances ont indemnisés, car elle a lu les témoignages des familles dont les contrats ont été interrompus, « parfois quelques semaines seulement avant les feux ».

Il n’empêche qu’entre les dossiers à remplir pour l’assurance, les aides de l’Etat, les demandes de permis à la ville et tout le reste, les derniers mois ont été un parcours du combattant pour tous les Angelenos concernés. « C’est presque un travail à plein temps de se tenir informé » ironise Gina. C’est ce qu’elle a constaté avec ses proches, tous impactés par les feux. Très attachés au quartier, Gina et sa famille font partie de cette communauté qui incarne l’âme d’Altadena. La maison familiale où son père, originaire du sud de Los Angeles, était si fier de s’être installé il y a 50 ans, a disparu.
Un an après : se préparer à « tout revivre »
« J’étais à un salon professionnel à Dallas le 6 janvier dernier, raconte Gina. En rentrant à l'hôtel après un dîner d’affaire, j’ai reçu un texto de ma sœur qui me disait qu’elle venait d’évacuer notre mère.» Après une nuit anxiogène, elle a appris coup sur coup la disparition de la maison où elle avait grandi et de celle qu’elle habitait. Un an plus tard, le 6 janvier 2026, Gina sera de retour à Dallas : « Je vais être au même endroit, au même hôtel, je vais tout revivre.»

Gina appréhende cette période, tout comme elle appréhendait celle des fêtes, qui est toujours douloureuse en cas de deuil. « On associe tellement de moments et de souvenirs heureux de cette période à nos maisons », explique-t-elle, « mon mari voulait qu’on quitte la ville pour Noël ». Quant à sa maman, « elle a mis du temps à accepter de décorer » la maison que toute la famille partage actuellement, le temps que chacun reconstruise, ce qu’elle compte bien faire, malgré ses 82 ans. « Elle a déjà demandé le permis de reconstruire, bien avant moi ! sourit Gina. Les plans seront quasiment identiques à ceux d’origine, c’est important pour elle, c’est l’héritage qu’elle veut laisser.»
« On pense à l'avenir »
La mère de famille se dit optimiste : « On a fait notre deuil, on pense à l’avenir. » Et de se remémorer l’incroyable mouvement de solidarité dont tout le comté de Los Angeles a fait preuve l’hiver dernier : « Sur le moment, l’aide venait de toute part, on nous a proposé beaucoup de choses, même un canapé. Mais on n’avait nulle part où le mettre. J’espère que toute cette aide sera encore là dans un an, quand on sera prêts à emménager.»
Que sont devenus les Français qui ont perdu leur maison dans les flammes ? 70 familles françaises ayant perdu leur maison dans les flammes à Los Angeles en janvier 2025 se sont fait connaître auprès du Consulat général de France à Los Angeles. « Il est possible qu’il y en ait eu d’autres, mais qui ne nous ont pas contactés », précise Adrien Frier, Consul général de France à Los Angeles. Environ 35 d'entre elles vivaient à Altadena, et fréquentaient le campus de Pasadena du Lycée International de Los Angeles (lire notre article sur la résilience du LILA). D’autres scolarisaient leurs enfants au campus de Pacific Palisades du Lycée français de LA, entièrement détruit par les flammes le 7 janvier 2025, et dont la reconstruction est aujourd’hui incertaine (lire notre article mercredi 7 janvier). Le Consulat a surtout été en contact avec ces familles dans la période de « crise aiguë » qui a suivi les incendies, en négociant des tarifs privilégiés avec des hôtels pour le relogement d’urgence, en refaisant les papiers d’identité perdus, et en relayant les informations des autorités américaines. « Depuis que les choses se sont stabilisées, on constate qu’ils ont moins besoin de venir voir le Consulat » note Adrien Frier. D’autant que celui-ci n’a pas réellement de moyens pour les aider dans les problématiques liées à la reconstruction de leur logement. Que sont devenus ces Français qui ont tout perdu ? « Il y a autant de réponses que de familles. J’ai vu tous les cas de figure, souligne le Consul. J’en ai vus qui sont rentrés (ndlr en France). C’est plutôt une minorité. Pour les autres, tout dépend de leur situation. Certaines familles ont pu se reloger via des amis, d’autres sont passées par le marché de la location. C’est ça qui a déterminé les manières dont ils vivent depuis. Aucune des familles qui a perdu sa maison à Pacific Palisades ou Altadena n'a pu revenir pour le moment. Cela donne un signal sur le niveau de la reconstruction.» Le Consul recevra certaines de ces familles lors des vœux à la communauté française en janvier. Agnès Chareton

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