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À Hollywood, Sacha Chaban compose pendant que les autres dorment

À Hollywood, pendant que beaucoup dorment, Sacha Chaban compose. Du Conservatoire de Bordeaux aux studios de Beverly Hills, ce passionné de musique, de polo et d’échecs s’est imposé comme l’un des artisans de l’ombre du cinéma américain, porté par le talent, le travail… et un simple e-mail qui a changé sa vie. Portrait signé Claude Budin-Juteau.

Sacha Chaban devant son piano © DRSacha Chaban devant son piano © DR
Sacha Chaban devant son piano © DR
Écrit par Claude Budin-Juteau
Publié le 15 juin 2026

 

Tout de noir vêtu, casquette sombre vissée sur la tête, regard concentré mais sourire accueillant, Sacha Chaban ne ressemble pas à l’image traditionnelle du compositeur classique. Dans l’un de ses studios installé dans un quartier résidentiel de Beverly Hills, les écrans côtoient les claviers, les partitions dialoguent avec les logiciels les plus sophistiqués et les journées semblent durer beaucoup plus de vingt-quatre heures.

Il faut dire que le Bordelais n’est pas exactement un adepte de la semaine de 35 heures. Lors de notre rencontre, il jongle entre plusieurs longs-métrages simultanément, dont son plus récent, Love Meets in the Sunshine, un film réalisé par Christian Guiton, avec James Franco, Nick Antonyan et Gene Simmons. Son emploi du temps est si serré qu’il ne se permet que des nuits réduites à quatre ou cinq heures de sommeil — quand tout va bien. À l’écouter raconter son quotidien, on comprend vite qu’il considère le temps comme une simple suggestion. Pourtant, tout a commencé très loin des projecteurs hollywoodiens.

 

Entre musique, polo et jeux d’échecs 

 

Né à Bordeaux, Sacha découvre le piano à l’âge de quatre ans. Très vite, ses professeurs détectent un talent peu commun et l’encouragent à passer le concours d’entrée du Conservatoire de Bordeaux. Il n’a alors que six ans. Admis, il y passera toute sa jeunesse. Plus tard, il accumulera neuf diplômes dans des disciplines aussi variées que l’harmonie, la fugue ou la musique électroacoustique : « Normalement, les gens passent un ou deux diplômes, mais au fil des années, j’ai accumulé neuf diplômes en musique parce que je tenais à comprendre en profondeur tous ses aspects, de l’écriture à la production. », raconte-t-il avec un sourire qui laisse entendre qu’il est parfaitement conscient du caractère légèrement excessif de la chose. 

La musique n’était pourtant pas son unique terrain de jeu. Sa mère tenait à ce qu’il sache jouer du piano, monter à cheval et jouer aux échecs. Résultat : adulte, ses passions sont devenues exactement celles de son enfance. « Mon métier, c’est la musique. Ma passion, c’est le polo et les échecs. » Comme quoi certaines mères ont manifestement un don pour la planification stratégique à long terme. À l’époque du baccalauréat, le jeune homme s’apprête pourtant à suivre des études de médecine. C’est sa mère qui change le cours de l’histoire en lui posant une question simple : est-il vraiment certain de vouloir devenir médecin ? La réponse ouvre une porte. Il choisit la composition. Et ne regardera plus jamais en arrière. 

 

L’e-mail qui change la donne

 

Ses premiers pas dans la musique de film se font au Musée d’art contemporain de Bordeaux pour une installation vidéo de l’artiste Alicia Framis, avant un premier documentaire pour le réalisateur Frédéric Plénard. Puis survient ce qui ressemble à un scénario hollywoodien. Alors qu’il compose la musique du logo d’un cinéma à Mérignac, il découvre l’orchestration de Guardians of the Galaxy. Fasciné, il rêve tout haut de travailler un jour à ce niveau. Quelques semaines après son arrivée à Los Angeles, il envoie un simple e-mail à l’orchestrateur du film. Réponse quasi immédiate : invitation à travailler sur The Whispers, série produite par Steven Spielberg. Deux ans plus tard, il participe à Guardians of the Galaxy Vol. 2. Le rêve a simplement décidé d’aller plus vite que prévu. Aujourd’hui, son nom apparaît aux génériques de productions telles que Get Out, Castle, Quantico, Aftermath, The Vanished ou Wanted Man

Mais au-delà de la carrière, c’est sa philosophie qui intrigue. Pour lui, la « musique à l’image » n’existe pas : « On devrait écrire ‘musique à l’histoire’, parce qu’on ne score pas des images. » Son travail consiste à immerger le spectateur dans le récit. Pour y parvenir, il lit les scénarios, visite les tournages, interroge les acteurs sur la psychologie de leurs personnages et enregistre même les sons des lieux. Dans Darkness Falls, les percussions proviennent de champs pétrolifères. Dans Aftermath, une maison hantée est devenue un instrument de musique : « Le tout accompagné toujours avec un orchestre symphonique ‘live’. » rajoute-t-il, comme si c’était évident. « Mon rôle, ce n’est pas de créer de la musique. Mon rôle, c’est de créer une immersion dans l’histoire. » Une définition qui résume parfaitement son approche : le compositeur n’est pas un accompagnateur, mais le dernier écrivain du film. 

Parmi ses influences, Beethoven occupe une place à part : « Il m’a accompagné dans toutes les parties de ma vie », confie-t-il. Quant à l’intelligence artificielle, Sacha Chaban ne la considère pas comme une menace pour les grands compositeurs. Son inquiétude concerne davantage les jeunes créateurs, privés de ces petits projets qui servent traditionnellement de tremplin. « L’IA, c’est comme aller sur Google. Ça va te pondre plein de trucs qui existent déjà. » En attendant, il continue d’enchaîner films, séries, concerts et nouveaux projets technologiques, notamment une startup musicale encore tenue secrète. Et lorsqu’il parvient enfin à s’accorder quelques heures de liberté, il troque volontiers les partitions contre un cheval de polo ou un échiquier. Après tout, même à Hollywood, il faut parfois laisser souffler l’orchestre.

C.B.J.

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