Les programmes bilingues français-anglais et l'enseignement du français en tant que langue étrangère se développent progressivement en Californie, notamment dans la région de Los Angeles. Les professeurs de nationalité française qui assurent ces cours ont souvent eu des parcours longs et semés d’obstacles administratifs. À travers les témoignages de trois Françaises, aujourd’hui pleinement investies dans l’éducation publique californienne, se dessinent différentes voies possibles pour enseigner aux États-Unis. Emmanuelle Franks vous explique leurs différents parcours.


Leurs trajectoires sont très différentes. Emmanuelle Remy enseigne aujourd’hui le français à Pasadena City College, tandis que Françoise Requier et Cécilia Baron travaillent dans des programmes publics d’immersion bilingue français-anglais à Highland Park et Glendale. Leur point commun : la détermination. Toutes trois ont eu le courage de reprendre des études, de passer des certifications et de se réinventer pour atteindre leur objectif : enseigner.
Emmanuelle Remy : du sanitaire et social au Community College
Née à Montpellier et élevée en banlieue nord de Paris, Emmanuelle Remy débute pourtant dans une toute autre voie. Après un BEP Sanitaire et Social, un bac F8 puis une licence en sciences de l’éducation, elle réussit le concours de l’IUFM et enseigne en lycée professionnel en zone d’éducation prioritaire à Argenteuil.
Sa vie bascule lorsqu’elle s’installe à Los Angeles en 1999. Très vite, elle comprend que ses diplômes français ne suffisent pas pour enseigner dans le système public américain. Grâce à la reconnaissance de ses études françaises par Cal State Los Angeles, elle intègre directement un Master in French entre 2001 et 2003.
Ce diplôme lui ouvre les portes de l’enseignement supérieur public américain et des community colleges.
Aujourd’hui, elle privilégie l’enseignement aux adultes, un public qu’elle décrit comme particulièrement motivé et enrichissant. À Pasadena City College, elle apprécie notamment la diversité des profils : « dans une même classe, on peut avoir des étudiants de 16 ans comme des retraités de 80 ans ».
Son parcours illustre une réalité importante du système américain : la grande flexibilité des reconversions professionnelles, mais aussi la nécessité d’obtenir rapidement les certifications locales adaptées au secteur visé.
Françoise Requier : de la Floride aux écoles élémentaires californiennes
Le parcours de Françoise Requier montre quant à lui les défis liés aux différences entre États américains.
Après avoir enseigné le français en France comme vacataire en lycée, elle suit son conjoint muté à Miami. Elle redémarre alors progressivement dans l’enseignement grâce à l’Alliance Française du lieu, avant d’intégrer des programmes bilingues publics en Floride.
Pour cela, elle obtient plusieurs certifications locales tout en travaillant déjà dans les écoles. Le coût reste alors relativement raisonnable : environ 1,000 à 1,500 dollars pour ses validations pédagogiques.
Mais son arrivée en Californie marque un nouveau tournant. Les certifications obtenues en Floride ne sont que partiellement reconnues. Françoise Requier doit alors repasser plusieurs examens et compléter de nouvelles autorisations pédagogiques spécifiques à la Californie, les California Educator Credentialing assessments.
Aujourd’hui enseignante dans une école élémentaire bilingue à Highland Park, Richard Riordan Primary Center, elle partage son temps entre français et anglais dans un modèle 50/50. Elle étudie pour valider ses certifications californiennes en parallèle pour un coût de 35 dollars par mois.
Elle insiste sur les exigences importantes du système californien, notamment en mathématiques et en sciences, matières qu’elle doit encore valider dans le cadre du Multiple Subject Credential.
« Il faut beaucoup de patience et de persévérance », résume-t-elle.
Malgré les difficultés, elle reste profondément attachée aux valeurs du service public et à l’idée d’une éducation bilingue accessible à tous les élèves, y compris ceux qui ne parlent pas français à la maison.
Cécilia Baron : du cinéma à l’enseignement bilingue
Après des études de cinéma et théâtre en France puis un cursus en film et télévision à UCLA, elle travaille d’abord dans l’industrie du cinéma avant de se tourner progressivement vers l’enseignement du français à travers le réseau des Alliances françaises en Amérique latine, notamment à Buenos Aires et Santiago du Chili.
Aujourd’hui enseignante en immersion bilingue à Benjamin Franklin à Glendale, elle enseigne les sciences, la littérature et la grammaire en français à des élèves de niveau CM2.
Pour intégrer le système public californien, elle suit un parcours particulièrement exigeant : deux années intensives à Cal Poly Pomona pour obtenir un Multiple Subject Credential, auxquelles s’ajoute une Bilingual Authorization obtenue à UCLA.
Le coût total de cette reconversion est estimé entre 25 000 et 35 000 dollars.
Cécilia Baron souligne également la difficulté particulière des programmes bilingues français, beaucoup moins développés que ceux en espagnol ou en mandarin. « Le français reste une langue minoritaire à côté de l’espagnol et du mandarin », explique-t-elle.
Malgré cela, elle voit dans son métier une véritable « passerelle » entre plusieurs cultures et plusieurs vies professionnelles. Son expérience du cinéma nourrit aujourd’hui sa pédagogie à travers des projets créatifs mêlant photographie, narration et travail visuel.
Entre exigences et opportunités
Le parcours de ces trois Françaises montre aussi que le système éducatif américain est à la fois exigeant et riche d’opportunités. Ces enseignantes soulignent la grande liberté de reconversion qu’offrent les États-Unis où il est possible de changer de voie et de reprendre des études à tout âge. Mais cette flexibilité s’accompagne de nombreuses contraintes : démarches administratives complexes, certifications parfois longues, coûteuses, et exigences très variables selon les États et les niveaux d’enseignement visés. Malgré ces obstacles, toutes trois considèrent que leur persévérance a permis de transformer leur passion pour la transmission en véritable vocation.
Toutes recommandent néanmoins aux Français intéressés de ne pas hésiter à se lancer, à condition de bien anticiper les équivalences de diplômes, les coûts financiers et les certifications nécessaires.
Le développement des programmes bilingues français-anglais dans les écoles publiques californiennes continue d’ouvrir des perspectives professionnelles inédites pour les enseignants français.
Mais ces parcours montrent aussi qu’enseigner en Californie demande bien plus qu’une simple maîtrise de la langue : il faut savoir s’adapter, persévérer et naviguer entre plusieurs systèmes culturels et éducatifs.
E.F.
Sur le même sujet

















