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Le rêve américain existe-t-il encore ? Réponse avec Laurent Vrignaud

Chaque année, ça recommence ; un ami débarque de France, arrive à Los Angeles… à San Diego… ou à Newport Beach. Et au bout de quelques jours, la question rituelle tombe : « Alors… c'est comment l'Amérique ? » À 18 ans, Laurent Vrignaud quitte la butte Montmartre, sa planche à voile sous le bras, direction la Californie. Quarante ans plus tard, son parcours ressemble à un film. À une différence près : tout est vrai. Franck Pedretti trace le portrait d’un Français pas comme les autres.

Laurent VrignaudLaurent Vrignaud
Et si la meilleure réponse au rêve américain se trouvait derrière un croissant aux amandes de Laurent Vrignaud ? © Franck Pedretti
Écrit par Franck Pedretti
Publié le 11 juin 2026

Le rêve américain existe-t-il encore ? La réponse parait impossible parce que l'Amérique n'est plus vraiment celle des films. Ce n'est plus celle de Rocky. Ni celle de Top Gun. Ni même celle des success stories qu'on nous racontait dans les années 80. Aujourd'hui, on parle inflation, immobilier inaccessible, visas compliqués, concurrence féroce. Et pourtant, de temps en temps, on trouve quelqu'un qui nous rappelle pourquoi tant de Français ont traversé l'Atlantique.

 

Des débuts improbables

 

Quelqu'un qui ressemble à une anomalie statistique ; quelqu'un comme Laurent Vrignaud. Car, soyons honnêtes, si un scénariste hollywoodien avait proposé son histoire à Netflix, on lui aurait probablement répondu : « C'est un peu exagéré votre truc... »

Parce que tout commence souvent avec un mauvais élève. Pas un premier de la classe. Pas un futur major d'école de commerce. Non ! Juste un gamin de Paris qui passe ses étés à La Tranche-sur-Mer et qui préfère largement le windsurf aux tableaux noir d’écoles.

Le 16 février 1984, Laurent Vrignaud débarque en Californie. Il a 18 ans et rejoint son père qui vient d’être muté à San Francisco. Ce départ se fait sous une condition : qu’il passe son bac. Il s'inscrit alors au Lycée Français de San Francisco, école réputée pour afficher 100 % de réussite dont il dit aujourd'hui : « Je crois que depuis mon passage, cette statistique a pris un coup... »

 

Lauren Vrignaud
Laurent Vrignaud dans sa boutique « Maison » à Newport Beach © Franck Pedretti 

 

La suite ressemble davantage à Forrest Gump qu'à un parcours entrepreneurial classique. Laurent Vrignaud rate son bac. Travaille dans une boutique de surf. Suivent des rencontres. Du culot. Beaucoup de culot. Et parfois même un bluff monumental ; un jour, lors d’un salon des sports d’hiver… à Las Vegas, Laurent Vrignaud croise Jake Burton Carpenter, l’un des pères du snowboard. C'est un peu comme croiser Walt Disney dans un salon de dessins animés. Jake regarde Laurent et lui demande : « Do you know how to snowboard… ? » La réponse fuse : « Bien sûr. J'en fais depuis toujours… ! » Petit problème, c’est que le snowboard n’existe que depuis quelques années à peine... Mais Jake Burton aime le personnage. C’est la force de Laurent Vrignaud qui, quelques semaines plus tard, signe avec Burton Snowboard. Sans le savoir, il vient de monter dans un train qui va transformer toute sa vie.

 

La montée en puissance

 

Pendant des décennies, Laurent Vrignaud participera à l'explosion mondiale de la marque. Une aventure si forte que, lorsque Jake Burton disparaît en 2019 des suites d’un cancer foudroyant, sa femme Donna l'appelle pour réunir l’ensemble des acteurs Burton du monde entier. Une page de l'histoire du snowboard, à laquelle un seul Français aura participé dans l'ombre, se tourne. Au point d'ailleurs que cette success-story fera l'objet d'un reportage dans l’émission Capital diffusée sur M6, présentée, à l'époque, par Emmanuel Chain.

Et pourtant... Ce n'est pas la partie la plus folle de l'histoire. Parce qu'entre deux voyages, Laurent Vrignaud lance également une agence marketing : Big Dreams... Le nom est déjà tout un programme.

Un jour, un de ses employés, étudiant de Stanford, lui demande s’il peut squatter son canapé pour dormir, le temps de finir son année universitaire. L'étudiant s’appelle Andy Laats. À l'époque, nul ne le connait et il travaille sur un projet de fin d'études : lancer une petite marque de montres inspirée des sports de glisse qui deviendra Nixon Watches, marque devenue iconique pour tous les surfeurs et snowboarders.

Laurent Vrignaud devient l'un des premiers investisseurs de la marque. Encore une fois il est présent, au bon endroit, au bon moment, avec le bon instinct. Et soudain, une question se pose : que fait-on quand on a participé au succès du snowboard ? Quand on a accompagné l'aventure Nixon ? Quand on a enfin les moyens de réaliser ses rêves ?

 

Laurent Vrignaud avec sa fille Kaya
Laurent Vrignaud et sa fille Kaya © Franck Pedretti

 

Le retour aux sources


Pour Laurent Vrignaud, la réponse est simple : retourner rue Lepic à Montmartre… du moins dans sa tête.

Parce qu'avant Burton, avant Nixon, avant les millions de dollars, il y avait un adolescent parisien qui travaillait dans un café. Et ce souvenir ne l'a jamais quitté. Tout comme sa petite amie de l'époque, Sophie, une jolie blonde aux allures de Mireille Darc qui deviendra son épouse, puis la mère de sa fille Kaya. Car derrière cette aventure entrepreneuriale se cache avant tout une histoire de famille. On dit souvent que derrière chaque grand homme se trouve une grande femme. Dans le cas de Laurent, c'est probablement vrai… même si le principal intéressé ne dépasse pas le mètre soixante-quinze.

Alors en 2014, il ouvre MOULIN, son rêve... son vrai rêve, pas une startup, pas une licorne, pas une levée de fonds, juste une boulangerie.

Enfin non, quelque chose de plus ambitieux quand même : une ambassade française de la gastronomie. Un endroit où l'on vient prendre son temps. Où les croissants sont faits « maison » comme en France. Où les serveurs parlent français. Où les terrasses ressemblent davantage à Montmartre qu'à Orange County. Le pari paraît fou. « Mon rêve c’était de devenir le papa du quartier » nous confie-t-il.

 

MOULIN Newport Beach © Franck Pedretti
MOULIN, 1000 Bristol St, Newport Beach CA 92660 © Franck Pedretti

 

Le premier MOULIN ouvre dans un centre commercial où personne ne marche, coincé entre le pressing et un marchand de cigares. Aucun foot-traffic… aucune visibilité. Tous les experts immobiliers auraient probablement déconseillé l'emplacement. Laurent Vrignaud s'en moque, il sait ce qu’il fait, il construit son village français. Et les gens arrivent… puis reviennent… Encore… Et encore.

 

La boulangerie devenue phénomène

 

Aujourd'hui, douze ans après, MOULIN, c'est plus de 200 employés dont plusieurs boulangers français, avec 7 établissements qui, de Newport et Laguna Beach à San Clemente en passant par South Coast Plazza, San Clemente et Dana Point, servent quotidiennement à près de 3 000 clients, des milliers de viennoiseries et pâtisseries, sans oublier des centaines de sandwiches.

Après ce succès sans précédent, Laurent Vrignaud a également ouvert un nouveau restaurant dénommé « Bouillon » qui jouxte son premier MOULIN. Comme quoi tout est possible ici : voir des Américains capables de faire la queue pour déguster une soupe à l'oignon et goûter des escargots. Il fallait oser le faire, il l’a fait, et les Californiens adorent.

Passez chez MOULIN un samedi matin et regardez les files d'attente en écoutant les américains commander leur troisième espresso en un français timide : « une autre si vous playyyy… » Et si Laurent Vrignaud n’est pas là pour faire un brin de causette, c’est qu’il est en train de courir dans le « back-bay » car oui, Monsieur Vrignaud est aussi un pro assidu des marathons aux quatre coins du monde.

 

Le conseil de Laurent Vrignaud aux Français qui rêvent de tenter l'aventure

Laurent Vrignaud ne vend pas du rêve. Il vend du réel : « Plus tu viens jeune, plus tu as de chances de réussir. » Le ton est donné. Pour lui, entreprendre en Amérique aujourd’hui n'a jamais été aussi difficile : les coûts explosent, la concurrence est partout et les règles du jeu changent constamment. Son premier conseil est simple : « Travaillez d'abord pour quelqu'un d'autre. Comprenez le marché. Observez. Apprenez. Puis seulement après, lancez-vous. Oubliez vos bagages de France car les codes américains ne ressemblent à aucun autre pays. L'humilité est indispensable. L'écoute du consommateur est une obligation. Et le travail acharné reste la seule monnaie universelle. Ici, il faut toujours être en mode compétiteur. »
Puis il conclut avec une phrase qui résume à elle seule quarante années passées aux États-Unis : « L'Amérique, c'est marche ou crève. Il n'y a pas de filet. » Une phrase qui peut paraître brutale, mais qui explique peut-être aussi pourquoi certains réussissent là où d'autres abandonnent.

 

Alors le rêve américain existe-t-il encore ? 

 

Peut-être. Mais ici il ressemble moins à Wall Street qu'à une terrasse de café. Moins à Silicon Valley qu'à une baguette tradition ou un croissant aux amandes.

Mais, souvenez-vous qu'au départ, tout ça est l'œuvre d'un mauvais élève français, arrivé en Californie avec sa planche de windsurf sous le bras et beaucoup plus de culot que de certitudes. 

Finalement oui, le rêve américain existe encore. Il a simplement pris l'accent français.

F.P.

 

Laurent Vrignaud et Thomas Torossian
Thomas Torossian, manager du restaurant Bouillon, et Laurent Vrignaud sont prêts à vous accueillir pour la Coupe du Monde © Franck Pedretti

 

MOULIN passe en mode Coupe du Monde FIFA 2026

Laurent Vrignaud, également coureur de marathons, est dans les starting-blocks pour le prochain grand rendez-vous populaire qu’est la Coupe du Monde FIFA 2026. L'établissement va se transformer en une immense fan zone avec écran géant pour suivre l'intégralité de la compétition pendant les cinq prochaines semaines. L'occasion parfaite pour retrouver ce qui fait aussi le succès de MOULIN depuis douze ans : le partage du football, des croissants, des cafés serrés et des déjeuners qui s'éternisent avec des centaines de Français, d’Américains et de supporters venus du monde entier réunis autour d'une même table. Après tout, si Laurent Vrignaud a réussi à faire aimer les escargots et la soupe à l’oignon aux Californiens... faire vibrer Newport Beach au rythme de la Coupe du Monde devrait être une simple formalité.

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