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Vincent Dedienne : « J’ai beaucoup ri à la lecture du journal de Jean-Luc Lagarce »

L’acteur vient à Los Angeles le vendredi 27 mars au Théâtre Raymond Kabbaz partager un texte aussi drôle que touchant, qu’il a composé à partir des journaux intimes de Jean-Luc Lagarce, le dramaturge au succès posthume. Interview.

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Le comédien jouera son seul en scène intitulé « Il ne m’est jamais rien arrivé », adapté des journaux intimes de Jean-Luc Lagarce, le 27 mars au Théâtre Raymond Kabbaz. © Marina Viguier
Écrit par Sarah Jean
Publié le 24 mars 2026

 

En 2014, Vincent Dedienne avait appelé son premier seul en scène « S’il se passe quelque chose ». Un titre au conditionnel, largement réfuté par chacun des succès qui jalonnent son parcours depuis, aussi bien à la radio, qu’à la télé, au cinéma, et bien sûr, au théâtre, son premier amour. 

Depuis un an, il présente sur scène un hommage juste et touchant à Jean-Luc Lagarce. Grand dramaturge célébré à titre posthume, l’auteur est connu du grand public depuis l’adaptation au cinéma par Xavier Dolan de son œuvre intemporelle « Juste la fin du monde », sortie en 2016.

Vincent Dedienne vient aujourd’hui présenter ce seul en scène intitulé « Il ne m’est jamais rien arrivé », ce vendredi 27 mars au théâtre Raymond Kabbaz, à Los Angeles. Une pièce adaptée des journaux de Jean-Luc Lagarce, décédé du sida en 1995, qui l’ont ému autant qu’inspiré. Entretien.

 

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C'est la première fois que Vincent Dedienne jouera à Los Angeles. © Marina Viguier

 

Bonjour Vincent Dedienne, qu’est ce qui vous a poussé à créer cette pièce à partir des 900 pages des journaux intimes publiés par Jean-Luc Lagarce ?

Depuis que j’avais lu ce journal, je ressentais l’envie de le faire vivre, de partager certains passages sur scène. La mort prématurée de Jean-Luc Lagarce et l’adaptation de son œuvre au théâtre lui ont conféré une aura intellectuelle un peu austère. Moi, à la lecture de ce journal, j’ai beaucoup ri. Même si j’ai bien sûr été bouleversé aussi. Je voulais faire rire les gens, qu’ils redécouvrent sa fantaisie.

Je trouve que c’est aussi notre rôle, en tant qu’acteurs, au-delà de lire des textes et de divertir, de donner la parole aux gens, surtout ceux qui sont partis trop tôt. Jean-Luc Lagarce est mort à 38 ans, il serait à l’aube de ses 70 aujourd’hui. Et pendant une heure dix, les soirs de spectacle, je le représente sur scène, et ça me plaît de le faire. 

 

La pièce est un succès depuis un an, quels sont les retours qui vous ont marqué ?

Je ne m’attendais pas au fait que ses proches, collaborateurs, amis ou amants viendraient au spectacle. Tous ces gens, qui sont dans le journal, sont venus à ma rencontre, pour se présenter. Ils me disent qu’ils sont heureux que les gens rient pendant le spectacle, parce que c’était quelqu’un d’extrêmement drôle, qui adorait la comédie. Certains m’ont raconté : « Quand on voyait Jean-Luc, on savait qu’on allait rigoler », ou encore : « C’était quelqu’un qui prenait toute la place au restaurant pour faire marrer tout le monde ». Permettre au public de découvrir son humour et avoir ces retours, ça me touche.

 

Est ce que vous pouvez nous raconter votre première rencontre avec son œuvre ?

C’était au début de ma vingtaine, pendant un stage de théâtre. La prof nous réveillait à 4h du matin, pour nous dire : « Venez ! On va lire des poèmes dans la forêt ». C’était fou. Et c’est elle qui m’a mis le journal de Lagarce dans les pattes. Mais j’en avais déjà entendu parlé, pendant mes cours de théâtre au Lycée. À l’époque, il y avait eu « l’année Lagarce », et il était rentré au programme du bac. Il était déjà beaucoup joué.

En le lisant, j’ai tout de suite ressenti, sans totalement le conscientiser, la reconnaissance de quelque chose que je ressentais intimement. Le sentiment d’être né quelque part et de ne pas s’y sentir à sa place. C’est l’auteur de théâtre qui a le mieux écrit sur la province. Il a beaucoup écrit sur Besançon et son milieu théâtral. C’est ça qui m’a le plus percuté à la lecture, le sentiment d’être un peu étranger dans sa propre famille, le besoin d’avoir une vie sexuelle et sensuelle différente, d’être appelé par la vie parisienne. 

Depuis, peu d’auteurs ont aussi bien retranscrit ce sentiment. C’est le cas de Didier Eribon ou d’Edouard Louis par exemple. Edouard Louis est d’ailleurs venu voir le spectacle à deux reprises, je l’ai découvert après coup.

 

Et quel a été l’élément déclencheur du projet ?

Un jour, le metteur en scène Johanny Bert m’a proposé de jouer le rôle principal dans la pièce « Juste la fin du monde » de Jean-Luc Lagarce au théâtre, à Paris. Je lui ai répondu que j’étais partant, à condition de proposer au public une première partie consacrée à son journal. Il a accepté.

Quand j’ai relu « Juste la fin du monde », j’ai été frappé par le contraste des deux textes. D’un côté, le silence du personnage principal dans cette pièce, qui revient de Paris pour dire l'indicible à ses proches et qui, finalement, n’arrive pas à leur dire qu’il va mourir. De l’autre, un journal intime, où il partage tout ce que cette famille aurait sûrement voulu savoir, mais qui est écrit à l’intention d’anonymes, d’étrangers. Je trouvais que la juxtaposition fonctionnait bien, comme si elle créait un pont entre les deux spectacles. Au final, c’est cette première partie qui a remporté la faveur du public. 

« Juste la fin du monde » n’a pas autant plu. C’est très difficile de jouer cette pièce depuis qu’elle a été adaptée, c’est la puissance populaire du cinéma. Il faut dire que le film était porté par des acteurs immensément populaires : Cotillard, Seydoux, Cassel, et Ulliel. Et Xavier Dolan, que j’adore, a beaucoup retravaillé le texte, et il a bien fait. La langue d’origine est très théâtrale, il fallait la remanier pour la rendre plus « cinématographique ».

 

Qu’est ce que cela représente pour vous de jouer ce spectacle à Los Angeles ?


Contrairement à des auteurs comme Bernard-Marie Koltès ou Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce n’a pas de lien fort avec les États-Unis. Il est étranger à Los Angeles, dont l’histoire est pourtant très marquée par l’épidémie du sida. Pour lui comme pour moi, c’est une première. Je suis surexcité de venir dans cette ville qui pour moi n’existe que dans la fiction, le cinéma et la littérature.

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