Vingt ans après « Le Diable s’habille en Prada », Meryl Streep renfile les talons de Miranda Priestly dans une suite très attendue, en salles ce mercredi 29 avril en France et le vendredi 1er mai aux États-Unis. Entre nostalgie et mise à jour numérique, The Walt Disney Company joue gros avec ce retour en haute couture. Élégant mais inégal, le film oscille entre plaisir coupable et recyclage assumé.


On ne va pas se mentir : faire une suite au film « Le Diable s’habille en Prada » relève à la fois de l’évidence industrielle… Et du pari risqué. Vingt ans après le premier opus, devenu un classique pop autant qu’un mème à lui seul, The Walt Disney Company (via 20th Century Studios, héritier de la Fox) tente de raviver la flamme - et surtout la machine à cash - avec « Le diable s’habille en Prada 2 ».
Pourquoi une suite maintenant ?

La réponse tient en trois mots : nostalgie, streaming, rentabilité. À l’ère où chaque catalogue doit être exploité jusqu’à la dernière goutte de café hors de prix, relancer une franchise portée par Meryl Streep en Miranda Priestly et Anne Hathaway en Andy Sachs était presque une formalité stratégique. Ajoutez à cela le retour supposé d’Emily Blunt en Emily - toujours plus acide - et vous obtenez un cocktail que Disney espère irrésistible pour plusieurs générations.
Une suite qui change de ton
Là où le premier film, réalisé par David Frankel (également connu pour « Marley & Me »), brillait par son regard mordant sur l’industrie de la mode et l’aliénation professionnelle, cette suite choisit une approche plus… Contemporaine. Comprendre : réseaux sociaux, influenceurs, crise des médias papier - et une Miranda obligée de composer avec un monde où même le diable doit optimiser son algorithme. Le film gagne en actualité ce qu’il perd parfois en finesse. Les dialogues restent ciselés - certaines répliques de Miranda font toujours mouche - mais l’écriture semble plus appuyée, comme si chaque punchline voulait déjà devenir virale sur Tik Tok.
Les qualités : le casting et quelques éclairs
Impossible de bouder son plaisir devant le retour du trio principal. Meryl Streep domine toujours l’écran avec une autorité glaciale, transformant la moindre réplique en sentence péremptoire. Anne Hathaway apporte une maturité bienvenue à Andy, désormais moins naïve mais toujours tiraillée entre ambition et éthique. Emily Blunt, elle, vole plusieurs scènes - preuve que le cynisme bien dosé vieillit mieux que le latte au lait d’amande. Visuellement, le film reste un défilé somptueux : costumes impeccables, mise en scène élégante, lieux de tournage spectaculaires et quelques séquences qui capturent encore la brutalité feutrée du milieu de la mode.
Les faiblesses : une suite trop consciente d’elle-même

Le principal défaut tient dans son existence même : cette suite sait qu’elle est attendue. Résultat, elle multiplie les clins d’œil au premier film, parfois jusqu’à l’overdose. Là où l’original surprenait, celui-ci rassure. Là où le premier construisait un univers, le second le recycle. Le scénario, en voulant embrasser trop de thèmes modernes, s’éparpille. On passe de la satire des médias à une réflexion sur le pouvoir féminin sans toujours creuser l’un ou l’autre.
Accueil et attentes
Les premières réactions du public sont globalement positives mais mesurées : plaisir de retrouver des personnages iconiques, mais sentiment diffus que la magie initiale reste difficile à reproduire. Les fans inconditionnels applaudissent, les nouveaux spectateurs apprécient… Sans forcément crier au chef-d’œuvre. Côté Disney, les attentes sont claires : transformer ce retour en succès global, à la fois en salles et sur les plateformes. Le studio mise sur un effet générationnel - ceux qui ont adoré le premier film et ceux qui le découvrent aujourd’hui.
Verdict
« Le diable s’habille en Prada 2 » est une suite élégante, divertissante, mais légèrement prisonnière de son héritage. Un film qui prouve qu’en matière de mode comme de cinéma, le classique reste difficile à détrôner - même avec une garde-robe renouvelée.
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