À Hollywood, certains rêvent d’action. Cecile Cubiló, elle, la fabrique. Actrice, cascadeuse automobile et moto, productrice autodidacte, cette Pyrénéenne arrivée à Los Angeles avec un sac à dos, un Anglais approximatif et une obstination à toute épreuve a transformé son rêve d’enfant en carrière à triple vitesse. Claude Budin-Juteau l’a rencontrée.


Il y a des gens qui collectionnent les métiers. Cecile Cubiló, elle, collectionne les montées d’adrénaline.
Actrice. Productrice. Cascadeuse spécialisée dans les voitures et les motos. À Hollywood, où les carrières tiennent parfois du numéro d’équilibriste, elle a choisi de pratiquer plusieurs disciplines à la fois. Comme si jouer dans un film ne suffisait pas, elle a décidé d’apprendre à les produire. Et comme si produire un film n’était pas assez compliqué, elle a ajouté la conduite de véhicules lancés à pleine vitesse. Le plus étonnant ? Tout cela semble parfaitement logique quand on l’écoute raconter son parcours.
L’appel du risque
Petite, dans les Pyrénées, du côté d’Ax-les-Thermes, avant de déménager à Toulouse vers 10 ans, elle rêve déjà de cinéma. Mais très vite, l’appel du risque s’invite dans le scénario : « Les vélos, les conneries que je pouvais conduire, j’aimais bien faire des petits dérapages », raconte-t-elle. Plus tard, sa première voiture servira de laboratoire expérimental à frein à main. Au grand désespoir de sa tante, qui l’aurait « engueulée plus d’une fois parce que j’ai cassé ma voiture plus d’une fois ».
Sur la photo prise sur le tournage de « NCIS », une série télé américaine à succès, son visage raconte déjà cette histoire. Regard volontaire, mâchoire déterminée, concentration absolue. Rien de spectaculaire ou d’artificiellement héroïque. Juste cette intensité particulière des gens qui avancent sans demander la permission. Une présence à la fois élégante et redoutablement résolue. Le genre de personne qui semble avoir déjà pris sa décision avant même que la question soit posée.
« Quand je serai grande, je veux aller faire des films à Hollywood. »
Le déclic hollywoodien arrive à neuf ans devant Jurassic Park. Beaucoup d’enfants sortent d’une salle de cinéma avec des étoiles dans les yeux. Cecile Cubiló en est sortie avec un plan de carrière : « Quand je serai grande, je veux aller faire des films à Hollywood. » Le problème, c’est qu’Hollywood se trouve à quelques milliers de kilomètres des Pyrénées. Et que les rêves, malheureusement, n’acceptent pas les paiements échelonnés.
Alors elle travaille, étudie le commerce, refuse des opportunités confortables et économise. Puis débarque finalement à Los Angeles avec environ 10,000 euros en poche et un anglais suffisamment fragile pour lui réserver quelques surprises mémorables. À UCLA Extension, le test de niveau la place presque au fond de la classe. Humiliation. Frustration. Puis méthode maison. Elle abandonne progressivement les cours et s’installe dans les cafés pour écouter les conversations : « J’ai appris l’anglais avec les films et en écoutant les gens. »
Un mental d’acier
Pendant près de trois ans, elle parle peu. Puis soudain, tout s’enclenche. Le début, pourtant, n’a rien d’un conte de fées hollywoodien : « J’ai beaucoup pleuré. Je me suis demandé si j’allais survivre. » Mais il y avait un obstacle encore plus puissant que la peur - son orgueil : « Il était hors de question que je rentre en France avec la queue entre les jambes. » Cette phrase résume probablement toute sa trajectoire. Comme actrice, elle décroche son premier vrai rôle dans Esprits Criminels, une série policière. Elle y joue une escort-girl de luxe avant d’être régulièrement appelée pour des personnages d’autorité : « Soit figure d’autorité, soit machin sexy. » constate-t-elle en rigolant.

Puis vient la cascade. Et là, le ton change. Contrairement à l’acting, qu’elle décrit comme naturel, les cascades lui inspirent un respect presque solennel : « Les cascades, c’est beaucoup de stress et beaucoup de responsabilité. » Quand elle conduit une voiture ou une moto sur un plateau, elle ne pense pas seulement à sa sécurité. Elle pense à celle de tout le monde.
« Don’t kill me »
Son souvenir le plus marquant reste Westworld, une autre célèbre série télé américaine, de science-fiction. Au volant d’un énorme véhicule futuriste ressemblant à un tank, elle doit foncer puis s’arrêter avec une précision chirurgicale devant la doublure d’un acteur. Le cascadeur lui serre la main : « Don’t kill me ! » Difficile de trouver briefing plus concis. Ce jour-là, elle comprend que la cascade n’est pas une affaire de bravoure mais de maîtrise mentale : « Ce n’est pas juste tes talents et ton entraînement… c’est aussi ton mental. » L’humour, heureusement, n’est jamais loin. Son tout premier travail de cascadeuse consistait à jouer une conductrice victime d’électrochocs imaginaires dans une émission de caméra cachée. Une expérience qu’elle résume elle-même comme « ridicule ».

Et puis il y a la productrice. Probablement la facette la plus révélatrice de son personnage. Ne pouvant s’offrir les études de cinéma dont elle rêvait, elle invente sa propre école : « YouTube University ». Elle y apprend budgets, planning, financement, logistique. Produit un premier court métrage avec 2,000 dollars, déclenche involontairement l’arrivée des pompiers sur un tournage clandestin dans une école et manque de peu la crise de nerfs. Une formation accélérée que n’importe quelle université aurait du mal à reproduire. Le dernier film qu’elle a produit « God Save the Queen », nous fait rentrer par la petite porte dans le monde singulier des drag queens.
Aujourd’hui, celle qui a commencé seule continue d’avancer avec la même énergie obstinée. Actrice devant la caméra, cascadeuse au volant, productrice dans les réunions de financement. Trois métiers. Trois vies. Une seule direction : toujours droit devant. Et si vous lui demandez ce qui l’a menée jusque-là, la réponse tient peut-être dans cette vieille habitude née sur les parkings des Pyrénées : appuyer sur l’accélérateur quand les autres recommandent la prudence.
C.B.J.
Sur le même sujet









