Bad Bunny, figure de proue du reggaeton et de la trap latine, est devenu dimanche le premier chanteur récompensé par le Grammy de l'album de l'année pour un disque en espagnol, au cours d'une cérémonie où lui et de nombreux autres artistes ont pris la parole contre la politique migratoire répressive du président américain Donald Trump.


Le Portoricain de 31 ans a récolté trois trophées au total, dont le plus prestigieux pour "Debi Tirar Mas Fotos", qui fait une grande place à des rythmes traditionnels et évoque la colonisation de l'île des Caraïbes, sous juridiction américaine depuis 1898.
Le rappeur américain Kendrick Lamar, 38 ans, a lui empoché cinq prix, comme l'an dernier, dont l'enregistrement de l'année, récompensant la production de "luther", en duo avec la chanteuse américaine de R&B SZA.
La troisième favorite, Lady Gaga, a dû se contenter de deux distinctions pour son album électropop à l'esthétique gothique chic, "Mayhem".
Sur scène à Los Angeles, Bad Bunny n'a pas mâché ses mots à l'encontre de la police américaine de l'immigration (ICE), appelant à la "mettre dehors". Un slogan ("ICE out") arboré sur des pin's par les musiciens canadiens Justin Bieber et Joni Mitchell, notamment.

"Nous ne sommes pas des sauvages. Nous ne sommes pas des animaux. Nous ne sommes pas des étrangers. Nous sommes humains et nous sommes américains", a continué le chanteur, exhortant à ne pas se laisser "contaminer" par la "haine".
- Rendez-vous au Super Bowl -
Dimanche prochain, il a de nouveau rendez-vous avec l'Amérique à la mi-temps du Super Bowl, la très suivie finale du championnat de football américain.
Un concert en mondovision très critiqué par les trumpistes, qui lui reprochent de chanter en espagnol et d'avoir pris position en faveur de l'immigration et des droits des personnes LGBT+.
Citoyen américain du fait du statut de Porto Rico, Bad Bunny a par ailleurs décidé que la tournée mondiale qu'il effectue depuis novembre ne passera pas par les Etats-Unis pour protéger ses spectateurs de potentiels raids d'ICE.
Son triomphe au goût très politique aux Grammys devrait immanquablement relancer l'indignation de la sphère MAGA.
Décorée du prix de la chanson de l'année, qui récompense les auteurs-compositeurs, pour son titre "WILDFLOWER", la chanteuse américaine Billie Eilish a elle appelé à "continuer à nous battre, à prendre la parole et à manifester".
D'autres artistes ont rendu hommage aux immigrés. Ils ont "construit ce pays", a scandé Shaboozey, dont les parents sont originaires du Nigeria et dont la musique mêle hip-hop et country. Née d'un père anglais et d'une mère jamaïcaine et guyanienne, la Britannique Olivia Dean, révélation de l'année à 26 ans, a elle loué leur "courage".
- "Paysage musical diversifié" -
A la présentation, l'humoriste Trevor Noah a pour sa part ironisé sur le contexte politique aux Etats-Unis, qualifiant de "nouvel hymne national" le morceau de la rappeuse Doechii "Anxiety" (Anxiété).

Auréolé du Grammy de la meilleure musique de film pour le documentaire "Music by John Williams", le réalisateur américain Steven Spielberg est entré dimanche dans le club très fermé des "EGOT", les artistes ayant remporté les quatre grandes récompenses américaines (avec les Oscars pour le cinéma, les Emmys pour la télévision et les Tony Awards pour le théâtre).
La star montante de la pop Sabrina Carpenter est elle en revanche rentrée bredouille.
Le tube K-pop "Golden", sur la bande originale du film d'animation de Netflix "KPop Demon Hunters", a remporté le prix de la meilleure chanson écrite pour un support visuel.
La présence du reggaeton, du rap et de la K-pop au palmarès des Grammys reflète leur adaptation au "climat" de l'industrie musicale plutôt que la volonté d'"impulser un changement", selon Lauron Kehrer, musicologue.
La Recording Academy, qui les décerne, a intégré 3.800 nouveaux membres, avec l'objectif de "refléter la vitalité du paysage musical diversifié d'aujourd'hui", selon son dirigeant Harvey Mason Jr.
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