L’humoriste débarque à San Diego le 22 avril, Los Angeles 23 avril, Menlo Park le 28 avril et San Francisco le 29 avril avec son spectacle « Emmanuel 2 ». Entre paternité, temps qui passe, humour d’observation et regard tendre sur les Français de Californie, à 50 ans, Manu Payet livre une parole intime, sensible et drôle. Il s’est confié au Petit Journal.


Votre spectacle est très personnel. Avez-vous hésité à vous dévoiler autant ?
Oui, mais seulement une fois que c’était écrit. Je n’ai pas hésité avant d’écrire, parce que si j’avais hésité avant, je ne l’aurais tout simplement pas fait. J’ai écrit un peu naïvement, avec une forme de candeur, en me disant : « Si j’avais le courage, voilà ce que j’aimerais dire sur scène.» Et puis une fois que c’était là, je me suis rendu compte que ce courage, je l’avais.
Cette écriture vous a-t-elle permis de mieux vous comprendre ?
Oui, mais ce sont surtout les réactions du public qui me l’ont révélé. Ce que le spectacle a provoqué chez les gens m’a fait comprendre qu’il fallait aller jusque-là dans la confidence. Moi, je n’aime pas écrire juste pour faire rire. Faire rire, bien sûr, c’est important, mais cela ne m’intéresse pas si cela ne fait pas réfléchir, si cela n’émeut pas, s’il ne se passe rien d’autre.
Vous cherchez donc à aller au-delà du rire ?
Oui. On peut venir sur scène, faire rire et repartir : on a fait le travail. Mais moi, j’aime aller un peu plus loin. Dans ce spectacle, je raconte des choses qui font rire aujourd’hui, mais qui, au moment où je les ai vécues, ne me faisaient pas rire du tout. Ce sont des épisodes très personnels, mon histoire, vraiment. Aujourd’hui, j’en ris avec le public, et ça m’aide.
Peut-on dire que le spectacle est devenu thérapeutique ?
Oui, il s’est révélé thérapeutique. D’abord pour les gens. Pour beaucoup de couples qui n’arrivaient pas à avoir un enfant, pour beaucoup d’hommes qui ont douté de leur fertilité. Ce sont des questions qu’on se pose beaucoup plus souvent qu’on ne l’imagine : « Et si, moi, ça ne marchait pas ? » « Et si je ne pouvais pas donner ça à la femme que j’aime ? » « Et si elle partait à cause de moi ? » Ce sont des angoisses très présentes, mais dont on parle peu.
Le public vous en parle après les représentations ?
Oui, souvent. Des gens viennent me voir à la sortie pour me dire merci. Certains me disent qu’ils vont retenter, qu’ils vont se lancer, qu’ils vont rappeler quelqu’un, reprendre une discussion, prendre une décision. Ce sont parfois des décisions bouleversantes. Je n’ai pas écrit ce spectacle pour provoquer cela. Ce n’était pas calculé du tout. Mais, au fond, le spectacle est devenu un succès grâce à ça : parce qu’il y a des émotions, parce qu’on y dit des choses vraies, des choses qu’on ne dit pas d’habitude.
Être devenu père a-t-il changé votre manière de vous voir et de monter sur scène ?
Oui, absolument. D’abord, il y a toute cette pression avant : « Et si ça ne marchait pas ? » Puis, un jour, on vous dit que biologiquement, ça peut marcher. Ensuite, quand l’enfant arrive, une autre épreuve commence. Celle-là dure toute la vie, sans formation, et c’est probablement la plus difficile. Ça a complètement changé ma façon de voir les choses. C’est une remise en question permanente. J’essaie chaque jour d’être meilleur que la veille. J’essaie aussi de ne pas reproduire certains héritages familiaux, certains schémas transmis malgré eux par nos parents. Je me surveille beaucoup. Et puis, très concrètement, cela a changé mon rythme de tournée : je ne partais plus une semaine entière, mais trois ou quatre jours maximum, pour pouvoir être à la maison le reste du temps. Je ne voulais pas être le père toujours absent.
Vous parlez aussi beaucoup du temps qui passe. À quel moment avez-vous senti un basculement ?
C’est venu de façon assez rétroactive. Je ne me suis pas dit sur le moment : « Ça y est, ça bascule.» Je m’en suis rendu compte après. Peut-être au moment où je me suis senti mieux avec moi-même. Aujourd’hui, je me préfère à cet âge-là. Plus jeune, j’étais plus dur avec moi-même, moins indulgent, moins à l’aise. Je crois que ce basculement a coïncidé avec une forme d’apaisement.
Comment percevez-vous ce passage du temps ?
J’essaie toujours de rester attentif à ce qui arrive, à ce qui sort, aux musiques, aux films, aux nouveaux visages. Je suis très curieux. Mais parfois, je me rends compte que certaines choses me dépassent sans que je les voie venir. La langue, par exemple, change à toute vitesse. Et soudain, je me surprends à dire : « Mais attendez, qu’est-ce qu’ils racontent ? » Là, je me dis : « Ah, ça y est, le temps a passé.» Même quand on est vigilant, on est rattrapé.
Vous évoquez aussi un changement chez les jeunes générations…
Oui, je sens une forme d’américanisation en France : la poursuite d’un objectif, la discipline, le culte du bien-être, du corps, de la performance. Ce n’est pas forcément négatif. C’est même parfois une avancée. Mais cela se fait aussi au détriment d’autres choses. Je trouve qu’il y a plus d’individualisme. On va moins voir le spectacle des autres parce qu’on veut être soi-même sur scène. Moi, j’aime encore beaucoup admirer, regarder, écouter. J’aime aller chez les restaurateurs, les vignerons, les chefs, cuisiner, partager une bouteille avec des amis. J’aime être dans le public, pas seulement dans la lumière.
Vous allez jouer en Californie pour la première fois. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Ça me fait très plaisir. D’abord, parce que cela va permettre à ma fille, qui n’est jamais allée aux États-Unis, de découvrir cette partie du monde. J’ai moi-même été fasciné par la Californie depuis l’adolescence, j’y ai mis les pieds pour la première fois à 15 ans. J’ai hâte de voir ce que cela va lui faire. Et puis, bien sûr, jouer là-bas me fait quelque chose. J’ai déjà tourné des films aux États-Unis, mais je n’y ai jamais joué sur scène. Donc oui, ça va me stresser un peu.
Jouer aux États-Unis, berceau du stand-up, a-t-il une saveur particulière ?
Oui, forcément. Il y a quelque chose d’impressionnant à aller faire du stand-up là-bas. Mais ce qui me plaît, c’est l’idée d’apporter un bout de France. Une vraie France, avec ses références, sa cuisine, son mode de vie, son humour. Une France génération X, peut-être, mais une vraie France quand même.
Vous pensez déjà à la manière dont vous allez adapter le spectacle au public californien ?
Oui, bien sûr. C’est le principe même de la tournée. Le spectacle appartient à ceux qui sont là. Il faut l’adapter. Je vais faire plus court, déjà, parce que vous vous couchez tôt ! (rire). Et puis il y aura forcément des observations liées à la vie là-bas, aux expatriés, à leur rythme, à leurs habitudes. Ce sont des choses qu’on ne peut pas raconter à Besançon. À Besançon, par exemple, j’ai d’autres repères : c’est la capitale de l’horlogerie, donc déjà je commence à l’heure ! Chaque ville apporte autre chose.
Vous semblez très sensible à la vie des expatriés. Pourquoi ?
Parce que je comprends un peu ce déplacement-là. Je suis Réunionnais. Quand on quitte La Réunion pour la métropole, on reste dans le même pays sur le papier, mais culturellement, humainement, c’est un déplacement immense. Le passeport ne suffit pas à vous intégrer. Il faut s’adapter à d’autres codes, à d’autres rites. Donc oui, j’ai une vraie fascination pour les gens qui ont quitté leur pays pour aller vivre ailleurs. Et beaucoup de Français installés aux États-Unis me disent qu’ils ont besoin de retrouver des amis français, une façon de vivre, une manière de manger, de parler, de sortir. Je comprends très bien ça.
Votre premier stand-up, c’était déjà à l’étranger ?
Oui, en Afrique du Sud, pendant mon adolescence. J’étais dans une école anglaise (une boarding school), et la première fois que je suis monté sur scène avec un micro, c’était là, en anglais. J’avais écrit un petit texte pour dire au revoir à ma promotion et faire quelques blagues. Mon professeur, très sévère, m’avait autorisé à monter sur scène. C’était un homme redouté, mais à la fin il est venu me dire que je l’avais fait rire, et même ému. Je n’ai jamais oublié ce moment.
Infos pratiques :
San Diego, le mercredi 22 avril à la French American School, 6550 Soledad Mountain Rd, La Jolla, CA 92037 (Billets ici).
Los Angeles, le jeudi 23 avril à l’Illusion Magic Lounge, 1418 4th St, Santa Monica, CA 90401 (Billets ici, complet avec liste d’attente).
Menlo Park, le mardi 28 avril au Guild Theater, 949 El Camino Real, Menlo Park, CA 94025 (Billets ici).
San Francisco, le mercredi 29 avril au Brava Theater, 2781 24th St, San Francisco, CA 94110 (Billets ici).
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