Édition internationale

Avec Sapiom, Ilan Zerbib donne une autonomie financière à l’intelligence artificielle

Entrepreneur lyonnais installé à San Francisco, Ilan Zerbib lance Sapiom, une start-up qui permet aux agents d’intelligence artificielle de réaliser des paiements de manière autonome. Une révolution dont cet innovateur nous parle avec enthousiasme. Rencontre.

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Pour Ilan Zerbib, l'arrivée de l'intelligence artificielle est une véritable transformation civilisationnelle. © Ilan Zerbib
Écrit par Marie Fiorin
Publié le 12 janvier 2026

 

Pour Ilan Zerbib, fondateur de Sapiom, une entreprise à la croisée de la finance et de l’IA, l’humanité s’apprête à vivre une accélération sans précédent : « Avec l’intelligence artificielle, nous allons faire un bond technologique équivalent à mille ans d’évolution en seulement dix ans », prédit l’entrepreneur lyonnais installé à San Francisco, en Californie. Seul à la tête de sa nouvelle entreprise, il incarne cette génération d’innovateurs qui veulent redessiner l’avenir de la tech. Ayant longtemps regretté ne pas être né dix ans plus tôt pour connaître, en tant qu’entrepreneur, l’effervescence des débuts d’Internet dans les années 80 et 90, Ilan Zerbib a aujourd'hui la conviction que l’histoire se répète avec l’IA, mais en plus grand, beaucoup plus grand. Rencontre.

 

Des débuts lyonnais à la Silicon Valley

 

Originaire de Lyon, Ilan Zerbib découvre très tôt sa passion pour l’informatique. À onze ans, il apprend seul à coder, fasciné par la logique et les possibilités infinies des ordinateurs. Diplômé de l'école d'ingénieur des Mines d’Alès et titulaire d’un Master en Cybersécurité à Télécom Paris, il débute sa carrière au Ministère de la Défense. Mais très vite, l’appel de l’entrepreneuriat se fait plus fort.

En 2012, Ilan Zerbib s’envole pour San Francisco, l’épicentre du rêve technologique, puis pour Tel Aviv, où il rencontre ceux qui deviendront ses premiers associés. Ensemble, ils fondent leur première startup, Hashsnap, une application sociale. Rapidement, le trio réalise que le véritable marché se trouve aux États-Unis. Ils s’y installent, lèvent quelques centaines de milliers de dollars, mais c’est après l’achat d’une simple veste que leur aventure prend un tournant décisif.

 

Earny : le premier succès

 

Tout part d’une anecdote presque banale. L’un des associés d’Ilan Zerbib achète une veste pour un dîner d’investisseurs, avant de découvrir, le lendemain, qu’elle est soldée à moins 40 %. Il dépose une réclamation, obtient le remboursement, et l’idée jaillit : pourquoi ne pas automatiser ce processus pour tous les consommateurs ?

Le week-end suivant, Mastercard organise un hackathon à San Francisco. Les trois associés s’inscrivent à cet événement où plusieurs développeurs testent des idées et créent des prototypes d’applications. Leur projet séduit, ils remportent la première place, et Mastercard décide d’investir. Earny est née, une application conçue pour scanner les reçus dans les boîtes mail,  repérer les baisses de prix, et déclencher automatiquement les demandes de remboursement.

Le concept séduit immédiatement. En quelques années, Earny compte plusieurs millions d’utilisateurs et parvient à obtenir des remboursements sur près d’un tiers des achats, en ligne comme en magasin. Basée à Santa Monica et soutenue par le « startup studio » Science Inc., la startup devient une référence de la fintech californienne, levant plus de 13 millions de dollars, avant d’être rachetée au bout de six ans par une société de data.

 

Shopify : l’école du scale

 

Fort de cette première réussite, Ilan Zerbib rejoint Shopify en 2021 en tant que directeur de l’ingénierie sur les produits de paiement. Il y supervise le développement de Shop Pay et Shop Cash, utilisés aujourd’hui par des millions d’utilisateurs. Cette expérience lui permet d’apprendre à développer des équipes et à gérer les enjeux stratégiques d’une multinationale tech. « C’était une expérience incroyable. Mais je savais que je reviendrai à l’entrepreneuriat. Mon objectif en rejoignant Shopify était d’apprendre à bâtir des organisations solides, pour aller plus loin la prochaine fois », raconte-t-il.

 

Sapiom : l’autonomie financière des intelligences artificielles

 

Cette « prochaine fois », c’est aujourd’hui. En 2025, Ilan Zerbib décide de reprendre sa liberté entrepreneuriale et fonde Sapiom, une entreprise à la croisée de la finance et de l’intelligence artificielle. Son objectif : donner une autonomie financière aux agents IA. « Aujourd’hui, les agents IA peuvent écrire du code, envoyer des emails, préparer des campagnes marketing… Mais ils ne peuvent pas payer. L’infrastructure financière actuelle a été conçue pour bloquer ces automatismes et éviter les fraudes. Sapiom vient résoudre le problème », explique-t-il. 

Sapiom permet ainsi aux agents IA d’avoir accès à un wallet sécurisé et programmable, leur permettant d’effectuer des achats, d’exécuter des paiements ou de réserver des services, tout en offrant aux entreprises un contrôle total sur les budgets, les limites de dépenses et la prévention des risques. En seulement trois semaines, Ilan Zerbib lève 3,5 millions de dollars et recrute ses deux premiers ingénieurs. Le lancement du produit, réservé aux entreprises, est prévu d’ici la fin de ce mois de janvier 2026.

 

« Ce n’est que le début »

 

Pour ce solo fondateur, l’enjeu dépasse la simple technologie, il s’agit d’accompagner une transformation civilisationnelle. L’intelligence artificielle, selon lui, ne se limite pas à l’automatisation, elle redéfinit la manière dont l’humanité crée, échange et décide. Et lorsqu’on lui demande s’il a accompli son American dream, il répond sans hésiter : « Je ne pense pas avoir réussi encore. Ce n’est que le début… ».

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