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FRENCH IN BRUM - Yéliz, 30 ans, "Je suis arrivée dans le joli cliché de Birmingham, et ça m’a plu"

Par Lepetitjournal Londres | Publié le 27/05/2013 à 08:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 23:43

 

Comme sa boutique, on la remarque de loin. La devanture du magasin de bonbons et de chocolats de Moseley est rose à points blancs. La vendeuse a une chevelure de feu. Yéliz est un petit bout de bonne femme pleine d'énergie. Elle a la voix chaude, presque rauque. C'est un soleil méditerranéen dans la grisaille anglaise. Elle me donne rendez-vous dans un café pour me raconter son histoire et s'installe naturellement sur une table de la terrasse. Quand il se met à crachiner, elle met sa capuche, et me sourit. Sans bouger

La jolie franco-turque est installée ici depuis mai 2010."Après mes études à Paris, j'ai travaillé trois ans en tant que chef de produit dans le tourisme. Je voyageais avec mon petit uniforme et mon Macintosh pour organiser des séjours. Un jour, j'ai pété les plombs et j'ai rejoint mon frère en Asie pour essayer de monter un centre de plongée écolo."

Ah, l'amour?

Mais tout ne fonctionne pas comme prévu. Son frère change ses projets et Yéliz se retrouve seule au Cambodge. Elle travaille sur une île et revient de temps en temps sur le continent pour faire la fête dans le bar d'un de ses amis."C'est là que j'ai rencontré mon brumi boy (NDLR un gars de Birmingham). Il s'était fait voler son sac, et bossait un mois en tant que serveur pour se renflouer un peu. On est tombé très amoureux très vite et on est parti voyager? Et puis, l'Europe nous a rattrapés. Des prêts à rembourser, la fin de son congé sabbatique, il fallait rentrer."

Yéliz n'a pas froid aux yeux. "Je me suis dis, tu veux découvrir le monde et l'Angleterre tu ne connais pas. Allons visiter cette île. Et puis cette ville qui s'appelle Birmingham et dont je n'ai jamais entendu parler. Nous nous sommes donc installés à Moseley. Il le disait avec un tel accent que j'avais compris ?Muesli', comme les céréales. Je n'étais pas au bout de mes surprises."

Comme dans les livres

Voilà donc notre baroudeuse et son amoureux qui s'installent ensemble."On habite un petit appartement magnifique dans une bâtisse victorienne de 1870. Une grande baie vitrée, une chambre cosy, un grand sapin dans le jardin, des petits écureuils, le paradis quoi !"

De ses deux premiers jours dans la ville, Yéliz garde un souvenir ému et émerveillé."Ah, le premier déjeuner? Nous étions chez sa s?ur à Warwick. Au programme : dégustation de saucisses et de sauce Marmite. Après huit mois de riz et pousse de bambou, le pied. Sur la route, je voyais les paysages de Tolkien et les écoles d'Harry Potter. Mon fantasme anglais était là ! Architecture, alimentation? je ne me lassais pas de tout observer et découvrir."

Le dimanche, elle se retrouve au mythique pub de Moseley, le Fighting Coks, pour un Sunday Rost."Son meilleur pote avait des piercings et des ?tattoo', sa nana m'a offert des petits chocolats, je me suis tout de suite sentie bien. Derrière nous, il y avait une DJ de 60 ans qui mixait tranquillement. Elle portait une jupe en cuir et avait les cheveux orange. Je suis arrivée dans le joli cliché de Birmingham, et ça m'a plu."Il faut dire que son chéri l'a bien aidé."C'est quelqu'un qui aime énormément son pays, sa culture? et qui sait la partager. Il m'a tout montré et j'ai adoré ! Au moins les premiers mois."

Boulot boulot

De temps en temps, Yéliz passe sa main dans ses cheveux bouclés pour les ramener en arrière. C'est quand elle revient sur terre. Après cette explosion de nouveautés, la réalité la rattrape bien vite. Il faut dire qu'au début, elle a vraiment la vie douce."Mon chéri est ?crew manager' chez Virgin, chef de cabine quoi. Du coup, je passe mon temps à voyager avec lui. Je ne paye que les taxes d'aéroport. Et puis, à l'époque, je continuais de toucher un peu de chômage. Le deal en s'installant ici, c'était de rester environ trois mois. Six mois maximum? Ça fait maintenant presque trois ans".

Pendant ses six premiers mois à Birmingham, dans sa tête, ça fourmille. "J'avais fait pleins de projets, des idées de boîtes à monter? Mais rien ne marchait. Je commençais à sentir aussi que Birmingham ça n'est pas si facile, et que l'Angleterre n'est pas ?juste' la voisine de la France. Ne serait-ce que pour se faire un réseau social."

Elle continue."Pourtant je m'étais toujours démerdée. J'avais vécu en Turquie, en Egypte, en Asie? Je me suis retrouvée à dealer des contrats avec des gens qui n'avaient rien à voir avec moi. Ma force à moi c'était de m'intégrer rapidement? Et là, avec les Anglais, rien à faire. ?Trop spontanée', ?Trop gentille' ! Dès que j'essayais d'être moi-même, je me prenais des bâches monstrueuses."

Les tarés

Elle finit par me dire ce qu'elle pense des compatriotes de son chéri."Les Anglais, moi, je les appelle ?les exotiques'. Derrière leur façade très sérieuse, c'est des tarés. Complètement. Attention, ?taré' dans un bon sens, une vraie folie en fait. Tu le vois dans leur signalisation, leur charity shop? Ils sont fous !"

Face aux difficultés pour trouver un boulot, Yéliz se braque."La société anglaise s'ouvre à moi. Ils ne veulent pas de moi, je commence à me dire que je ne veux pas d'eux non plus? Cela devenait de plus en plus dur de m'intégrer."Le pire dans tout ça, c'est que son couple en pâtit presque."Mon amoureux a du mal à comprendre que je reste dans mon coin. Il n'aime pas me voir comme ça. Franchement c'est pas facile."

Door-to-door

Pendant ses mois d'errance, la Française accepte n'importe quel boulot. "Je vais même jusqu'à faire du porte-à-porte. C'est la plus grande fierté de ma vie. On dit toujours qu'il faut avoir fait un métier de merde pour pouvoir le ressortir à ses enfants plus tard? Et bien, je peux cocher la case ! "

Yéliz me raconte donc comment elle s'est fait rembarrer, en plein hiver, par des"gamins de 18 ans qui déchirent le papier sous tes yeux". En revanche, elle ne regrette pas cette expérience."Tu apprends le corporating. Le matin, on te motive. Tu dois courir, t'applaudir? Ils sont fous!" Et puis surtout, c'est un boulot ingrat."Tu es à ton compte, tu payes ton transport et surtout tu ne gagnes quelque chose que si tu arrives à avoir des signatures?. Et si tu rentres chez toi à 11h du soir et que tu n'as pas fait mouche, bah tu l'as dans le cul !"

Les jeunes Anglais avec qui elle travaille lui montrent une nouvelle facette des Britanniques."Je suis super admirative des gens qui font ça. Ils ont 18 ans, ils veulent réussir, ils veulent du fric, ils bossent jour et nuit. Peu importe le taf, ils se donnent. Il y avait des étudiants qui faisaient ça après la fac pour payer les frais de scolarité. Des bosseurs quoi? Je me suis sentie comme une vielle princesse avec eux."

Le Ruby-Ru

Et puis, à force de traîner dans son quartier à ses heures perdues, elle fini par rencontrer Charlotte, une Française qui y travaille comme serveuse."J'ai bien aimé sa vibe, on a tout de suite eu un bon contact. Elle est généreuse de son temps et organise un peu le protectorat des petits Français qui arrivent? Elle m'a ouvert son univers et m'a présenté au petit groupe des ?frenchies' du coin."

Au fond du gouffre, c'est un des amis de Charlotte qui va lui proposer un job. Le directeur de Maison Mayci, une compagnie de boulangeries françaises de Birmingham, possède aussi une petite boutique de bonbons à Moseley. "Sa vendeuse de Ruby-Ru devait partir trois mois aux USA. Je la remplace pour un contrat de trois jours par semaine. Maintenant ça fait huit mois je joue à la marchande quatre jours par semaine."

Ce sweet shop, Yéliz l'avoue,"c'est un job pour bouffer". Elle est redevable de David qui a pensé à elle mais ce n'est pas vraiment son métier."J'essaye de mettre à profit mes ?skills'? Développer l'activité, faire des cours de cuisine, un petit café dans le sous-sol de la boutique? Mais c'est compliqué. On n'a pas beaucoup de moyens." Alors, Yéliz continue de vendre les petites gâteries aux enfants, mais pour combien de temps ? Elle cherche toujours quelque chose plus proche de ses compétences.

Birmin-blues

Sur le petit coin de paradis qui l'avait enchanté ici, elle n'a pas changé sa position. "J'aime cette ville. J'aime là où j'habite. Mon petit confort, notre maison, Moseley. Mais c'est vrai que parfois je trouve que Birmingham est un peu triste." Pour elle, les gens d'ici ont le blues."C'est une ville qui donne le spleen. L'ancienne capitale industrielle essaye de se remotiver. Mais c'est pas facile."

D'autant plus que cette passionnée de sociologie rêve de mélange pour les habitants."Leur manière de vivre en communauté n'est pas très positive. Moi qui ai grandi à Paris où tout le monde est métisse, ici, c'est quand même chacun de son côté. Multiculturel d'accord, mais pas interculturel."

Voyage voyage

Avec le recul, celle qui se dit "avant tout parisienne", n'imagine pas un instant retourner vivre en France."Je veux continuer mon chemin. La planète est tellement grande ! Mon rêve de backpacker (NDLR routard ou globe-trotter), c'est de monter un petit business au bout du monde avec mon chéri."

Toujours grâce à son copain, Yéliz continue de profiter des billets d'avion à petit prix. "Je ne suis pas à plaindre. J'ai fait mes 30 ans à New York, on rentre des Iles Grenade, et le mois prochain on retourne à Cuba."

Dans 30 ans, elle ne sait pas où elle se voit. C'est comme ça, elle vit au jour le jour et n'a peur de rien. Pendant qu'elle roule une deuxième cigarette, elle me montre son dernier piercing sur la langue. Elle l'a fait la veille et ne devrait pas fumer pendant une semaine. Ça l'a fait rire.

Elise Comarteau (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 27 mai 2013

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Présentation de l'auteure :

Journaliste de 28 ans, je suis arrivée dans cette ville un peu comme tout le monde, par hasard.

Oh rien de très original, j'ai suivi mon mari pour son travail.

Après Sciences Po à Lille et un Mastère Médias à l'ESCP, j'ai travaillé à Public Sénat, LCI et France Bleu.

En France, j'ai laissé mes piges, ma famille, mes amis? mais pas mon besoin d'interviews, de rencontres, de contacts avec les gens.

Touchée et émue par mes compatriotes en manque de reconnaissance dans cette ville, j'ai décidé de les présenter pour les faire "un peu" exister.

C'est ainsi qu'est né le projet "French in Brum"

Retrouvez en intégralité mes entretiens sur le blog http://frenchinbrum.wordpress.com

Pour quelques quelques photos insolites de la ville RDV aussi sur http://birmstreet.wordpress.com/

N'hésitez pas à me contacter, et bonne lecture à tous !

 

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