Pendant des années, Zoe Watts a été droguée à son insu par son mari, puis violée et filmée alors qu’elle en était inconsciente. Condamné à onze ans de prison, il a fini par lui révéler lui-même ce qu’il lui faisait subir. Depuis, l’affaire Gisèle Pelicot en France a aidé la britannique à rompre le silence. Elle milite aujourd’hui pour les femmes victimes de violences sexuelles facilitées par la drogue.


Durant trop longtemps, Zoe Watts n’a pas su mettre de mots sur ce qui se passait dans sa propre maison. La Britannique niait que les nuits avec l’homme qui partageait sa vie n'étaient qu’un indescriptible cauchemar.
Zoe avait rencontré son futur mari à 17 ans. Ils ont eu quatre enfants et construit leur vie ensemble dans le Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Durant plusieurs années, entre 2011 et 2016, son mari ajoutait en secret des somnifères dans sa tasse de thé du soir. Une fois sédatée, il la violait, la photographiait et la filmait. Elle ignorait ce qui se passait pendant son sommeil.
Les aveux glaçants de Zoe Watts dans sa propre maison
C’est son mari, lui-même, qui finit par lui révéler les faits. Un dimanche, alors que son épouse vient de rentrer au domicile familial après la messe, il lui raconte d’abord qu’il a eu une autre liaison, puis lui explique qu’il utilisait le médicament de leur fils pour la rendre inconsciente, la violer et enregistrer les agressions. « Je pense que je suis simplement entrée en état de choc », confie Zoe à CNN.
Il faudra encore du temps pour qu’elle parvienne à comprendre ce qu’elle vient d’apprendre. Après une importante crise de panique, sa mère contacte finalement la police. Les enquêteurs lui expliquent alors qu’une personne sous l’effet de sédatifs ne peut pas consentir à un rapport sexuel : ce qu’elle a subi est un viol. Son ex-mari sera finalement condamné en 2022 à onze ans de prison pour viol, agression sexuelle par pénétration et administration d’une substance destinée à faciliter les violences sexuelles.
L’affaire Pelicot, l’onde de choc, jusqu’en Grande-Bretagne
Lorsque le procès de Gisèle Pelicot éclate en France, Zoe suit l’affaire. Elle connaît déjà la solitude, l’incompréhension et le poids du silence qui accompagnent ce type de violences. Mais voir Gisèle renoncer à l’anonymat et parler publiquement de ce qu’elle avait subi lui montre qu’une autre voie est possible, « l’espoir que quelqu’un puisse se manifester ».
L’affaire Pelicot a également permis à Zoe de comprendre qu’elle n’était pas seule. Depuis la médiatisation de son histoire, elle a été contactée par des femmes de nombreux pays qui disent avoir elles aussi subi des violences sexuelles avec un mode opératoire similaire.
Un combat historique, Gisèle Pelicot reçoit le soutien de Buckingham Palace
Avec #EndEyeCheck, Zoe veut aider les autres victimes
Avec une autre survivante britannique, Amanda Stanhope, elle a alors décidé de transformer cette parole en combat collectif. En mai 2026, Zoe Watts et Amanda Stanhope lancent #EndEyeCheck, une campagne destinée à lutter contre les violences sexuelles commises sur des femmes inconscientes et contre la diffusion des images de ces agressions. Le nom de la campagne fait référence à une pratique observée sur certains sites pornographiques : vérifier si une femme dort avant de l'agresser.
Leur objectif est désormais de faire connaître ces violences, de mieux accompagner les victimes et de pousser les autorités à renforcer les lois et les enquêtes. Après leur témoignage dans une enquête de CNN, Zoe et Amanda ont dit avoir été contactées par des femmes de 55 pays. Elles ont également été invitées à s’exprimer devant le Parlement britannique. Zoe insiste notamment sur une difficulté particulière : lorsqu'une victime a été droguée, elle peut ne pas avoir de souvenir clair des faits et mettre longtemps à comprendre ce qui lui est arrivé. Elle veut donc que les femmes puissent trouver des personnes capables de les écouter sans les juger.
Son conseil aux survivantes est simple : parler, lorsqu’elles se sentent suffisamment fortes pour le faire, et chercher un entourage capable de les soutenir. « Trouver le réseau de soutien où elles ne seront pas jugées », expliquait-elle à CNN, en rappelant qu’il reste encore beaucoup à faire.






























