Édition internationale

Réparations de l’esclavage : où en sont la France et le Royaume-Uni ?

Alors que Charles III a qualifié de « chapitre honteux » la traite transatlantique de l’empire britannique lors du sommet du Commonwealth, le gouvernement britannique se dit désormais ouvert à des excuses officielles, tout en excluant toute compensation financière. Son voisin français, ancienne autre puissance coloniale, n’a également pas prévu de dédommagement à ce stade.

L'Afrikan Emancipation Day Reparations March est une marche annuelle se tenant traditionnellement le 1er août à Londres, afin de commémorer l'abolition de l'esclavage dans les colonies britanniques.L'Afrikan Emancipation Day Reparations March est une marche annuelle se tenant traditionnellement le 1er août à Londres, afin de commémorer l'abolition de l'esclavage dans les colonies britanniques.
Le roi Charles a qualifié de « chapitre honteux » la traite transatlantique de l’empire britannique lors du sommet du Commonwealth.
Écrit par Jules Cottalorda
Publié le 6 novembre 2026

Au sommet du Commonwealth, organisé à Antigua-et-Barbuda, les conséquences de la traite transatlantique ont occupé une place importante dans les discussions. Le 3 novembre, Charles III a évoqué ce qu’il a qualifié de « chapitre honteux » de l’histoire. Quelques jours plus tôt, le Premier ministre britannique Andy Burnham avait ouvert la porte à de possibles excuses officielles au nom du Royaume-Uni. Des prises de position qui relancent également le débat en France, où Emmanuel Macron s’est exprimé sur la question des réparations au printemps dernier.

 

Au Royaume-Uni, des regrets exprimés, mais pas d’excuses ni de réparations financières

Lors de son discours devant les dirigeants du Commonwealth, Charles III a reconnu que la traite transatlantique continuait de « jeter une ombre » sur les pays concernés. Il a déclaré que cette période remplissait son cœur d’horreur et son âme d’une « profonde tristesse personnelle ». Le souverain n’a toutefois pas présenté d’excuses officielles. Il a plutôt insisté sur la nécessité de tirer les leçons de l’histoire et de lutter contre les injustices qui perdurent, notamment grâce à l’éducation, à l’emploi et au développement économique.

Au sommet du Commonwealth, Charles III dit son "horreur" face à l'esclavage

La question d’éventuelles excuses relève en effet du gouvernement britannique, en raison du devoir de neutralité du Roi. Andy Burnham s’est dit ouvert à une reconnaissance officielle de la responsabilité historique du Royaume-Uni. En attendant, Londres a proposé d’engager un dialogue avec les pays et les communautés touchés afin de réfléchir à la forme que pourraient prendre ces excuses. Le 5 novembre, les dirigeants du Commonwealth ont annoncé que le Royaume-Uni participerait à des discussions « structurées, limitées dans le temps, inclusives et de bonne foi » sur les conséquences historiques de la traite.

En revanche, le Premier ministre a clairement écarté le versement de réparations financières. Le gouvernement britannique privilégie d’autres formes de soutien, comme la restructuration de la dette des pays les plus pauvres. Il a également annoncé une enveloppe de 40 millions de livres sur trois ans pour soutenir des projets d’infrastructures dans les Caraïbes. Ces mesures ne répondent toutefois pas à l’ensemble des demandes de réparations portées par plusieurs pays touchés par l’esclavage et la colonisation de l’empire britannique. 

Esclavage : la Jamaïque réclame justice, Londres refuse toute réparation

 

À l’international, des critiques contre la France après son refus de qualifier la traite transatlantique comme le « crime le plus grave contre l’humanité » 

En France, le sujet a également connu une évolution symbolique. Le 21 mai 2026, à l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, qui a reconnu en 2001 l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité, Emmanuel Macron a évoqué pour la première fois, en tant que président, la question des réparations.

« Comment réparer un tel crime ? C’est une question qu’il ne faut pas refuser et sur laquelle il ne faut pas non plus faire de fausses promesses », a-t-il déclaré. Le chef de l’État a notamment soutenu un projet de recherche scientifique mené avec le Ghana, destiné à mieux documenter l’histoire de l’esclavage et ses conséquences. Il n’a cependant annoncé ni dispositif précis ni engagement à verser des compensations financières.

Cette prise de parole intervient alors que la position française a aussi été critiquée sur la scène internationale. Le 25 mars 2026, la France s’est abstenue lors d’un vote à l’ONU sur une résolution qualifiant la traite transatlantique de « crime le plus grave contre l’humanité » et appelant à ouvrir le débat sur les réparations. Le texte a été adopté, mais l’abstention française a suscité des réactions, notamment dans les territoires ultramarins. Paris avait notamment expliqué ses réserves sur la hiérarchisation des crimes contre l’humanité

Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.