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Monet, Matisse, Klein, Dufy : 4 tableaux de la Côte d'Azur à découvrir à la Royal Academy of Arts

À partir de ce vendredi 02 octobre, et jusqu’au 31 janvier 2027, la Côte d’Azur s’invite à la Royal Academy of Arts de Londres. L’exposition “Painting the French Riviera” réunit des chefs d'œuvre du XIXe et XXe siècle, durant lesquels la lumière méditerranéenne faisait de la Riviera française une source d’inspiration inépuisable pour les plus grands artistes impressionnistes et modernistes de l’époque.

L’exposition "Painting the French Riviera" rassemble plus de 160 pièces représentant la Côte d’Azur française.L’exposition "Painting the French Riviera" rassemble plus de 160 pièces représentant la Côte d’Azur française.
Du 2 octobre au 31 janvier 2027, l'exposition "Painting the French Riviera" propose à ses visiteurs un voyage à travers les paysages de la Méditerranée.
Écrit par Jules Cottalorda
Publié le 28 septembre 2026, mis à jour le 1 octobre 2026

Ah, cette lumière méditerranéenne, ce soleil perçant, ces paysages époustouflants… La Côte d'Azur continue d’en émerveiller plus d’un. Elle a aussi été chérie par des artistes qui, en termes d’esthétique et de bon goût, en connaissaient un rayon… 

Au cours du 19e et 20e siècle, beaucoup de peintres ont trouvé refuge sur les bords de la Méditerranée, pour transformer cette quiétude en chef d'œuvre sur toile. Une vague impressionniste, post impressionniste et moderniste sur laquelle la Royal Academy of Arts de Londres propose à ses visiteurs de surfer, en organisant avec le Cleveland Museum of Art, une grande exposition “Painting the French Riviera” du 02 octobre au 31 janvier 2027. Peintures, sculptures, films : plus de 160 pièces datant de la période 1870-1960 sont à découvrir au fil de l’exposition.

Avec du Monet, Matisse, Dufy ou Klein en tête d’affiche, voici quatre tableaux “azuréens” à retrouver à la Royal Academy of Arts.

 

Claude Monet – Antibes au matin (1888)

Avec Claude Monet, la Côte d’Azur devient presque irréelle. Antibes au matin, peint en 1888, nous place face au calme de la Méditerranée, baignée de cette lumière si particulière qui a tant fasciné les peintres venus chercher dans le Sud une nouvelle manière de regarder le monde.

Pourtant, on n’associe pas naturellement Monet à la Côte d’Azur. Le peintre des jardins de Giverny et des paysages normands n’a séjourné qu’à deux reprises dans le Sud de la France. Lors de son second voyage, à Antibes, il se retrouve confronté à une problématique qui semble presque paradoxale pour un peintre éclaireur comme lui : comment peindre une lumière trop lumineuse ?

Le tableau ne sera qu’une grande douceur. Les teintes roses, bleues et blanches se fondent dans une atmosphère presque vaporeuse, tandis que la silhouette de la végétation vient découper délicatement l’horizon. Mais derrière cette apparente sérénité se cache une véritable bataille artistique. Dans ses lettres adressées à sa future épouse, Monet raconte quotidiennement combien il lui est difficile de traduire sur la toile l’éclat du soleil méridional. « Quand on est entouré d’une lumière aussi éblouissante, on trouve sa palette bien pauvre », écrit-il alors.

À Antibes, Monet ne peint donc pas seulement un paysage : il tente de saisir l’insaisissable. Et lorsqu’il y parvient, la Méditerranée semble se transformer en songe.

Claude Monet – Antibes au matin (1888)


 

Henri Matisse — Intérieur à Nice (vers 1919) 

Pour Henri Matisse, Nice n’est pas simplement un décor. C’est une révélation. Après les années difficiles de la Première Guerre mondiale et des problèmes de santé, le peintre quitte Paris pour rejoindre le Sud. Il y découvre l’air marin, le soleil et surtout cette lumière qu’il décrira comme une véritable source de renouvellement artistique. Il ne repartira plus vraiment.

À son arrivée, Matisse n’a pourtant ni atelier ni véritable logement. Il s’installe dans plusieurs hôtels et peint depuis les chambres qu’il occupe. Parmi elles, celle du Beau-Rivage, hôtel toujours existant aujourd’hui, devient le théâtre d’une peinture où l’intérieur semble constamment aspiré par l’extérieur.

Dans Intérieur à Nice, le regard circule entre la chambre et la fenêtre ouverte sur la Méditerranée. Les rideaux, le mobilier et les motifs intérieurs composent un espace intime, presque domestique, tandis qu’au-dehors s’étend l’infini du paysage niçois.

C’est précisément cette frontière entre intérieur et extérieur qui intéresse Matisse. La fenêtre devient chez lui un motif récurrent, une manière de faire dialoguer deux mondes : celui, fermé et rassurant, de la chambre, et celui, éclatant et presque infini, de la nature.

Henri Matisse — Intérieur à Nice (vers 1919)

 

Raoul Dufy — Golfe de Juan-les-Pins (1927)

Chez Raoul Dufy, la Côte d’Azur n’a plus tout à fait les couleurs de Monet. Elle devient plus vive, plus graphique, presque musicale. Avec Golfe de Juan-les-Pins, peint en 1927, le peintre capture une Riviera entrée dans une nouvelle époque : celle des Années folles, du luxe, du tourisme international et d’une élégance désormais assumée.

Le tableau ne montre pourtant ni foule ni baigneurs. Pas de scène mondaine, pas de personnages attablés à une terrasse. Seulement la mer, le ciel, la côte et quelques éléments architecturaux. Et pourtant, tout le glamour de la Riviera semble être là.

Dufy possède un langage pictural immédiatement reconnaissable. Les formes sont simplifiées, les contours esquissés avec légèreté et les couleurs semblent avoir été déposées sur la toile avec une vitesse presque insouciante. Le bleu domine, éclatant, lumineux, traversé de touches qui donnent au paysage une énergie particulière.

Le contexte compte aussi. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la Côte d’Azur est surtout une destination hivernale prisée par les élites européennes. Dans les années 1920, elle s’ouvre progressivement au monde. De riches Américains amateurs d’art commencent à y séjourner pendant l’été et participent à faire de la Riviera l’un des hauts lieux mondains de l’époque.

Dans Golfe de Juan-les-Pins, Dufy ne raconte pas cette transformation : il la fait sentir. La toile devient le portrait d’une époque où la Méditerranée se conjugue désormais avec le soleil, le chic et la modernité.

Raoul Dufy — Golfe de Juan-les-Pins (1927)

 

Yves Klein - ANT 104, Anthropométrie sans titre (1960)

Né à Nice en 1928, Klein entretient avec la Méditerranée un rapport presque intime. Là où Monet cherche à capturer la lumière et où Dufy en célèbre les couleurs, Klein semble vouloir atteindre directement le ciel. Il le fait avec une couleur devenue indissociable de son nom : l’International Klein Blue, ou IKB, un bleu outremer d’une intensité presque hypnotique.

ANT 104, réalisé en 1960, appartient à la célèbre série des Anthropométries. Pour ces œuvres, Klein recouvrait de peinture bleue le corps de modèles féminins, puis leur demandait de laisser leur empreinte sur de grandes toiles. Le corps devient alors un pinceau vivant, tandis que la peinture conserve la trace d'un mouvement.

À première vue, il n’est pourtant pas évident de voir la Côte d’Azur. Pas de plage, pas de palmier, pas de villa blanche face à la mer. Seulement cette immensité bleue, traversée par les empreintes et les traces laissées par les corps.

Et c’est peut-être justement là que réside toute la force de l’œuvre. Klein ne cherche plus à représenter la Méditerranée : il en extrait une sensation. Le bleu devient ciel, mer, espace et mouvement à la fois. Une couleur suffisamment vaste pour évoquer l’horizon tout entier.

L’artiste racontait avoir eu l’idée de l’International Klein Blue alors qu’il était allongé sur une plage de Nice, contemplant le ciel méditerranéen. Avec ANT 104, le paysage azuréen n’est donc pas une photographie de carte postale, mais une couleur qui à elle seule rappelle ce bleu iconique, et fait vivre le rêve de la French Riviera.

Yves Klein - ANT 104, Anthropométrie sans titre (1960)
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