Édition internationale

Londres, entre mobilisation pro-palestinienne et poussée de l’extrême droite

La capitale britannique a vécu l’un de ses week-ends les plus sensibles sur le plan sécuritaire, depuis plusieurs années. Les 16 et 17 mai, quadrillés par près de 4.000 policiers, deux rassemblements massifs ont eu lieu simultanément : une marche pro-palestinienne organisée à l’occasion de la Nakba Day, et une manifestation anti-immigration portée par le mouvement “Unite the Kingdom”, proche de la mouvance de l’extrême droite britannique.

Manifesations extreme droite britanniqueManifesations extreme droite britannique
Les 16 et 17 mai, quadrillés par près de 4.000 policiers, deux rassemblements massifs ont eu lieu simultanément.
Écrit par Ewan Petris
Publié le 18 mai 2026

Sur les deux jours du 16 et 17 mai, des dizaines de milliers de personnes ont convergé vers le centre de Londres, dans une ambiance très tendue. Le premier objet de ses manifestations était la mobilisation pro-palestinienne massive pour la Nakba Day, organisée notamment par des collectifs antiracistes et des organisations de soutien à Gaza, La journée visait à commémorer la “Nakba” (la catastrophe, en arabe) qui désigne l’exode forcé de centaines de milliers de Palestiniens lors de la création de l’État d’Israël en 1948. 

 

Le cortège est parti de South Kensington avant de rejoindre Waterloo Place, a rassemblé entre 15.000 et 40.000 personnes selon les premières estimations policières, tandis que les organisateurs évoquent plutôt 250.000 participants. De nombreux slogans visaient à dénoncer l’offensive israélienne à Gaza, mais aussi la montée des discours nationalistes et islamophobes au Royaume-Uni. À ce titre, plusieurs figures politiques de gauche ont pris la parole, parmi lesquelles Jeremy Corbyn, Diane Abbott ou encore Zarah Sultana. Dans la foule, nous avons pu apercevoir les slogans “Refugees welcome” ou “Racists off our streets” en réponse à la manifestation organisée le même jour, par les soutiens de Tommy Robinson…

 

Manifestations londres

 

“Unite the Kingdom”, vitrine d’une droite radicale britannique

 

Car à quelques kilomètres de là, dans le même temps, la marche “Unite the Kingdom” réunissait plusieurs dizaines de milliers de participants autour de revendications anti-immigration et anti-islam. Le mouvement est soutenu par Tommy Robinson, (de son vrai nom Stephen Yaxley-Lennon) figure controversée de la droite radicale britannique depuis plus d’une décennie. 

 

Les organisateurs espéraient reproduire la mobilisation géante de septembre dernier, qui avait attiré plus de 150.000 personnes, selon eux. Cette fois, la participation semble avoir été plus faible, autour de 60.000 manifestants d’après plusieurs tabloïds. Le rassemblement mêlait plusieurs politiques : rhétorique anti-immigration, nationalisme chrétien et discours dénonçant “l’islamisation du pays”. Certains participants arboraient des croix chrétiennes, des drapeaux anglais et même des références aux croisades. 

 

Le gouvernement britannique pris entre deux feux

 

Le Premier ministre britannique Keir Starmer dénonçait, la veille, une manifestation portée par des “racistes condamnés” et accusée d’attiser “la haine et la division”. Face au risque logique d’affrontements, la Metropolitan Police avait déployé un dispositif exceptionnel avec des drones, des hélicoptères, des unités montées, des véhicules blindés et une reconnaissance faciale en direct, une première dans le cadre d’une manifestation au Royaume-Uni. 

 

Les autorités avaient également interdit l’entrée sur le territoire britannique à plusieurs figures de l’ultra-droite européenne et américaine attendues au rassemblement “Unite the Kingdom”.  Au total, 43 arrestations ont été recensées au cours de la journée, principalement pour troubles à l’ordre public, infractions à caractère raciste ou religieux, et port de symboles jugés haineux. 

 

Le climat politique britannique de plus en plus polarisé

 

Ces manifestations, lors de la même journée, illustrent la polarisation du débat public britannique autour de l’immigration, de la guerre à Gaza et de la place des minorités religieuses dans le pays. Depuis les attaques du 7 octobre 2023 et la politique menée à Gaza, Londres accueille pratiquement toutes les semaines d’importantes manifestations pro-palestiniennes. Mais dans le même temps, les groupes nationalistes et anti-immigration ont gagné en visibilité, nourris par les tensions économiques, migratoires et identitaires. 

 

Le niveau de menace terroriste au Royaume-Uni a d’ailleurs récemment été relevé à “sévère”, les autorités évoquant à la fois des risques liés à l’islamisme radical et à l’extrême droite violente. Malgré tout, les deux cortèges sont restés séparés et aucun affrontement majeur n’a été signalé.

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