

Si l'énigme de Jack L'Éventreur fascine encore aujourd'hui, le quartier de l'East End ne ressemble pourtant plus à ce qu'il était dans les années 1880. Alors que reste-t-il de Jack l'Éventreur dans les rues de Whitechapel ? À l'occasion d'Halloween, retour sur les pas du plus célèbre serial killer de Londres
Cet automne 1888 est l'un des plus chauds que Londres ait connu. Il n'y a ni brouillard, ni pluie. L'East End est alors un quartier pauvre, où la faim, la tuberculose, le choléra et l'alcoolisme sévissent. La prostitution y est une activité répandue, avec ses soixante-deux maisons closes et ses 12 000 prostituées. Deux communautés se côtoient et se méprisent : d'un côté les Juifs ; de l'autre, les Irlandais. C'est dans ce contexte de crise économique et sociale que Jack l'Éventreur tue cinq prostituées avec une cruauté sans précédent.
Les faits
Le corps de la première victime, Mary Ann Nichols dite "Polly", est découvert le 31 août 1888 dans Buck's Row. A cette époque, les crimes ne sont pas rares dans l'East End et seules quelques lignes figureront dans les journaux du lendemain. Huit jours plus tard, c'est Annie Chapman, dite "Annie la Brune" qui est retrouvée au 29 Hanbury Street, la gorge coupée et l'appareil génital arraché. Le 12 septembre, l'agence de presse Central News Agency reçoit une lettre rédigée à l'encre rouge signée "Jack l'Éventreur". On pouvait y lire : "Je suis contre les putains et je n'arrêterai de les découdre que quand je serai bouclé".
Le Boucher de Whitechapel frappe à nouveau dans la nuit du 29 au 30 septembre, à deux reprises. Elizabeth Stride est retrouvée dans Berner Street et Catherine Eddowes à Mitre Square, toutes deux sauvagement mutilées. Quelques jours plus tard, le Comité de Vigilance (mis en place pour suppléer la police) reçoit un paquet dans lequel se trouve la moitié d'un rein appartenant à sa dernière victime. "L'autre morceau, je l'ai fait frire et je l'ai mangé, c'était très bon" écrit-il dans un mot joint au colis.
Le dernier meurtre, commis le 9 novembre, est certainement le plus effroyable de tous. Sa victime, Mary Jane Kelly, est une jeune prostitué irlandaise qui loue une maison dans Dorset Street. Le corps, découvert par le propriétaire venu chercher son loyer, est en lambeaux. C'est ainsi que Jack l'Éventreur tue son ultime victime, mettant fin à "l'automne de la peur". Un an plus tard, en 1889, Scotland Yard abandonne les recherches, affirmant que "l'homme en question est mort. Il a été repêché dans la Tamise, il y a deux mois, et si nous vous en disions plus, cela pourrait porter préjudice à sa famille." Des propos énigmatiques, laissant la voie libre à toutes les suppositions, des plus fantaisistes aux plus sérieuses. Aujourd'hui encore, le mystère reste entier.
Bien plus qu'un serial killer, Jack L'Éventreur fut également un "réformateur social" selon Eric Simon, auteur spécialiste du Londres victorien. "Cette histoire est un drame de la misère et ce qui est intéressant, c'est qu'elle a permis d'attirer l'attention sur ce quartier particulièrement pauvre. Dans l'année qui suit les meurtres, une série de mesures sont prises : l'éclairage public est installé, les rues sont pavées, les taudis abattus, et on commence à lutter contre la prostitution, l'alcool etc", explique-t-il.
L'East End d'aujourd'hui
L'East End est aujourd'hui dominé par les gratte-ciels de la City qui le bordent. Entièrement rénové dans les années 1940 à la suite du Blitz, il reste toutefois un quartier d'immigration : les communautés juives et irlandaises, parties dans les années 1970, ont laissé place à la communauté bengalie. L'affaire de Jack l'Éventreur est devenue un véritable business et les visites du quartier ? pas toujours bien documentées - "sur les pas de Jack the Ripper" ne manquent pas. Si certaines petites ruelles typiques du Londres victorien subsistent, il reste finalement peu de trace des meurtres du Boucher de Whitechapel. La plupart des noms des rues ont en effet été changés : personne ne peut retrouver les lieux des crimes sans s'être documenté avant. "Une volonté, selon Eric Simon, pour ne pas sacraliser l'histoire de Jack L'Éventreur et lui vouer un culte."
(Leg : Mitre Square)(Crédit : Camille Petit)
Ainsi, Buck's Row, où a été retrouvée Mary Ann Nichols le 31 août s'appelle aujourd'hui Duward Street. Hanbury Street, la rue où Annie Chapman a été tuée, a gardé son nom. Bernes Street, qui a vu la fin d'Elizabeth Stride est devenue Henriques Street. A Mitre Square, une petite place a été construite avec deux bancs : c'est au pied de l'un des deux que Catherine Eddowes a été retrouvée le 30 septembre 1888. Enfin, juste en face du marché de Spitalfield, se trouve Puma Court : c'est ici, anciennement Dorset Street, que Jack L'Éventreur a tué sa dernière victime. Les amateurs de frisson qui voudraient se promener dans les rues de Whitechapel le soir d'Halloween risqueraient donc d'être déçus. A moins que quelques fantômes se soient égarés...
Camille Petit (www.lepetitjournal.com/londres) lundi 29 octobre 2012





















