Nigel Farage, le chef du parti anti-immigration Reform UK, a été réélu facilement député lors d'une législative partielle pour laquelle il avait pour principal rival un candidat satirique, Tête-de-Poubelle, qui a fait un score plus important que prévu.



Selon les résultats annoncés vendredi par les autorités électorales, M. Farage, 62 ans, a recueilli 22.239 suffrages contre 9.455 pour son adversaire, soit près de 63% des suffrages exprimés, lors de cette partielle dans la station balnéaire vieillotte de Clacton-on-Sea qu'il avait lui-même provoquée et qui a été boycottée par les autres grands partis.
Les sondages et les analystes avaient largement anticipé la victoire du héraut du Brexit. Mais le score de Tête-de-Poubelle, qui a recueilli 27% des voix, est beaucoup plus haut que les estimations qui le donnaient à 20%, un score hypothétique déjà considéré comme remarquable.
Le taux de participation, lui, s'est établi à 44%, un chiffre inférieur aux 59% enregistrés lors des élections générales de 2024, mais pas inhabituel pour une élection partielle.
"Le résultat à Clacton parle de lui-même", a réagi sur X M. Farage, qui n'a pas assisté à l'annonce des résultats.
Les partis traditionnels - travaillistes, conservateurs et libéraux-démocrates- avaient décidé de boycotter ce scrutin dès que Nigel Farage avait annoncé le 7 juillet sa démission du Parlement, déclenchant automatiquement cette élection anticipée, et sa candidature.
Farage avait décidé de remettre en jeu son siège de député - conquis pour la première fois en juillet 2024, après sept tentatives infructueuses - après avoir été rattrapé par des affaires de dons non déclarés.
Le gendarme de l'éthique parlementaire enquête sur un don de cinq millions de livres (5,7 millions d'euros) qu'il a reçu d'un milliardaire ayant fait fortune dans les cryptomonnaies, Christopher Harborne, peu avant son élection comme député à Clacton en juillet 2024.
Selon le Times, Farage aurait également reçu un don non déclaré de George Cottrell, entrepreneur en cryptomonnaies condamné pour fraude aux Etats-Unis en 2017.
- Le "peuple" versus "l'élite" -
Face à ces enquêtes qui l'ont visiblement déstabilisé et mis le doigt sur sa fortune, Farage a présenté le scrutin comme le "verdict du peuple" contre "l'establishment".
"L'establishment a décidé de lancer une offensive tous azimuts contre nous", a affirmé Nigel Farage. "Que le peuple soit mon juge et non l'élite de Westminster".
Son parti Reform UK a connu une ascension spectaculaire depuis deux ans, ralliant plusieurs personnalités du parti conservateur. Il a notamment remporté les élections locales en mai, qui ont contribué à la démission du Premier ministre travailliste Keir Starmer, remplacé le 20 juillet par Andy Burnham.
Mais Reform a perdu du terrain dans les sondages depuis l'arrivée d'Andy Burnham à Downing Street. Certains commentateurs se demandent s'il n'a pas atteint son pic, alors que les prochaines législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029.
Cette victoire pourra-t-elle le relancer?
Selon plusieurs analystes, catte élection n'a fait que lui fournir un bref répit car l'enquête parlementaire, mise en pause le temps de l'élection, va désormais reprendre.
Si elle devait conclure à une faute sérieuse, il pourrait être suspendu du Parlement pour plus de 10 jours, ce qui déclencherait une nouvelle élection à l'issue moins prévisible: les partis traditionnels ont déjà annoncé qu'ils présenteraient alors des candidats.
Si Farage a semblé affaibli récemment, le politologue John Curtice estime néanmoins qu'il pourrait encore sortir indemne de ces enquêtes. Et repartir au combat, avec pour principale cible le parti conservateur, qu'il espère "détruire" ou "avaler", après avoir déjà rallié à Reform plusieurs personnalités issues des Tories.
Les prochaines législatives au Royaume-Uni ne sont pas attendues avant 2029































