Édition internationale

MUSICAL - Rencontre avec les sorcières de Wicked

Écrit par Lepetitjournal Londres
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

 

Nous avions commencé notre tournée du musical par un arrêt du côté de Charlie et la Chocolaterie. Pas votre genre ? Bien, allons voir un autre grand classique londonien, qui met en scène des sorcières vertes et d'excentriques singes. Let's get Wicked.

(source photo : Wikipedia commons)

Se décider à aller voir Wicked, c'est se risquer, comme avec chaque grande production, à le mesurer à l'original. Il va sans dire que la réputation de la sorcière verte est grande, et que chaque nouveau casting se heurte au précédent, puisque les adeptes de l'histoire n'hésitent pas à comparer les interprètes selon les époques, mais aussi les locations ? vous trouverez par ailleurs plusieurs blogs bien renseignés sur le sujet. Entre la première génération mise en place en 2003 et l'actuelle, aussi bien qu'entre la production Est End (Broadway), West End (UK) et les tournées, de nombreux interprètes se sont glissés dans les chaussures des différents personnages.

Bien. Pourtant, malgré la pléiade d'acteurs ayant endossés ces rôles, c'est bien la première génération de Broadway qui fait office de référence. Etre comparé à Idina Menzel, première actrice d'Elphaba la sorcière verte à la fois à Broadway et Londres, et à Kristin Chenoweth, la délirante Glinda, n'est pas chose aisée.

C'est donc avec un peu d'appréhension que nous avons franchi les portes de l'Apollo Victoria Theatre, en ce samedi soir. Appréhension qui a disparue dès les premières secondes, et surtout dès les premières notes. Pas d'inquiétude à avoir donc, le pouvoir de Wicked est bel et bien intacte.

Wicked, c'est l'histoire d'Elphaba, aussi connue sous le nom de Wicked Witch of the West.  Ca ne vous rappelle pas quelqu'un ? En effet, il s'agit bien là de la vilaine sorcière du Magicien d'Oz, qui défie Dorothy Gale, tout droit venue du Kansas. En 1995, Gregory Maguire écrit Wicked, la véritable histoire de la méchante sorcière de l'Ouest : il crée ainsi une sorte de pré-quel à l'ouvrage de L. Frank Baum, en contant l'aventure de la verte jusqu'à sa rencontre avec Dorothy. Contrairement à l'image de diabolique sorcière verte qu'elle prend dans le film de Victor Flemming réalisé en 1939, cette Elphaba est mise en avant comme un personnage moins manichéen, moins vilain, et surtout victime de l'intolérance générale. Le synopsis pourrait ainsi tenir dans ces paroles de la chanson d'introduction : are people born wicked ? Or do they have wickedness thrust upon them ?

Bienvenue à L'Apollo Victoria Theatre

Nous voici donc, deux heures durant, plongés dans des décors superbes, avec un jeu de lumière qui oscille entre le vert et le rouge, à mesure que la pièce avance et qu'Elphaba avance vers son statut de Wicked Witch. L'Apollo Victoria Theatre dessert ainsi parfaitement les besoins de l'histoire, puisque chaque portion de scène est utilisée ? préparez vous à regarder de tous les côtés. Tout ceci sous le joyeux regard du dragon qui surplombe le théâtre. 

Mais il est rapidement éclipsé par l'entrée en scène de la troupe, majestueuse. Si le scénario d'un musical peut parfois être grandement simplifié (après tout, le tout doit être condensé en un peu plus de deux heures), cela n'empêche pas les chansons d'être particulièrement travaillées, surprenantes, et puissantes. Tout ceci grâce au travail de Stephen Schwartz et Winnie Holzman. Les thèmes traversent une large palette de sujets, mais l'amitié entre Elphaba et Glinda est véritablement au c?ur du musical. Pour autant, on y parle de tolérance, de rumeurs, d'amour, et de la frontière floue qui existe entre le "bien", représenté dans l'introduction par Glinda, et le "mal", incarné par Elphaba.

Des acteurs phares

L'alchimie entre les deux personnages principaux contribue donc fortement au succès de la pièce ? élue par ailleurs meilleure musical de la décennie par Entertainment Weekly. Willemijn Verkaik donne vie à Elphaba, mais lui offre surtout une voix puissante, contrastée, qui illustre parfaitement l'évolution des sentiments de la sorcière verte. L'interprète actuelle d'Elphaba n'est pas n'importe qui : elle a, dans un premier temps, endossé le rôle de la verte dans la première production allemande de Wicked, avant de jouer le rôle en néerlandais, puis en anglais, à Broadway. Depuis 2007, elle a donc joué le rôle plus de 1000 fois, dans trois langues différentes, et depuis novembre 2013, à Londres. Face à elle, Savannah Stevenson n'hésite pas à en faire des tonnes pour animer la délirante et pimpante Glinda. Scarlett O'Hara, Cendrillon? Son CV en ferait pâlir plus d'un. Et c'est à Jeremy Taylor qu'il convient d'apporter la touche masculine à ces têtes d'affiches, avec le personnage de Fiyero. Si le trio est simplement époustouflant, le reste de la troupe n'est pas en reste. Chaque pas, chaque note, est calculée. Après tout, le show parcourt (presque) les quatre coins du globe depuis plus de 10 ans. 

La question qu'on a irrémédiablement envie de poser concerne le monde de la comédie musicale en France. Pourquoi, dans une ville où la culture, et notamment ce qui concerne la musique, est centrale, n'a t-on pas accès à ces classiques ? Certes, Paris a connu quelques affiches "classiques", comme le Roi Lion, mais il n'est déjà plus joué depuis plusieurs années. Heureusement, la France peut se vanter d'avoir des productions originales. Pourtant, pour combler ce manque, mieux vaut profiter d'un voyage ou du fait d'habiter à Londres pour accéder à ces perles du musical. Et Wicked en fait sans aucun doute partie.

Si vous avez aimé le Magicien d'Oz, que vous êtes adepte de magie, ou si, tout simplement, vous souhaitez (re)découvrir un spectacle de grande qualité, précipitez vous. Nul doute qu'en sortant de la représentation, vous aurez, vous aussi, l'envie folle de defying gravity.

Cindy Jaury (www.lepetitjournal.com/londres) jeudi 21 août 2014

lepetitjournal.com londres
Publié le 20 août 2014, mis à jour le 6 janvier 2018
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