

À l'occasion du 55e BFI London Film Festival, qui se déroule jusqu'au 27 octobre, 15 films français sont à l'honneur dans la catégorie French Revolutions. Mathieu Demy, 38 ans, a ouvert le bal vendredi 15 octobre avec son premier long métrage en tant que réalisateur d' "Américano". Le fils d'Agnès Varda et Jacques Demy raconte dans ce road movie touchant et entraînant l'histoire de Martin (dont il joue le rôle) confronté au deuil de sa mère et forcé de revisiter son passé. Lepetitjournal.com de Londres l'a rencontré
Lepetitjournal.com: Americano est votre premier long métrage en tant que réalisateur. C'est comment de l'autre côté de la caméra?
Mathieu Demy: Je l'avais déjà un peu fait avant et puis je m'intéresse à la mise en scène depuis longtemps. Même comme acteur je me suis toujours intéressé à ça. Cela m'a toujours nourri de comprendre ce que le metteur en scène voulait. Pour moi c'est plus un élargissement qu'un changement de cap. C'est une manière de se positionner différemment dans quelque chose que j'aime faire : raconter une histoire.
Et être à la fois acteur et réalisateur?
Alors ça c'est "chaud". Je ne sais pas si je le referai. C'est assez difficile. C'était vraiment une des parties les plus compliquées tout simplement parce que tout prend plus de temps. On sait qu'au cinéma le temps c'est le vrai luxe. Tout coûte tellement chère. Il faut prendre le temps de regarder le cadre, ensuite d'aller répéter, de revenir, de regarder les prises qu'on fait?Tu tournes une prise et forcément après tu dois la regarder parce que tu ne peux pas être devant et derrière. J'ai essayé mais même en courant très vite, ça ne marche pas?Il faut être organisé et ça c'est difficile.
Quels sont les éléments autobiographiques dans ce film?
Il n'y a pas vraiment de part autobiographique. Il y a disons des thématiques qui me sont chères, qui sont personnelles. J'ai perdu mon père et j'avais donc envie de parler du deuil mais d'une manière différente. Disons que c'est plus une manière de prolonger le rapport à la fiction qu'on a dans cette famille. J'ai grandi dans une famille de cinéaste, c'est une situation assez particulière. Mon père m'a montré des films, ma mère m'a mis dans les siens. Moi, j'ai mis tout ça dans mon shaker et j'ai eu envie que tout soit présent dans mon film. On dit autobiographie mais j'ai envie de dire "autofictiongraphie" parce que ce petit Martin de "Documenteur", le film de ma mère, est un personnage de fiction mais j'ai voulu le prendre, le faire grandir et presque le psychanalyser. C'est un personnage qui retourne dans son enfance, qui se prends la tête et qui essaye de comprendre sa vie. Ce n'est pas un film analytique pour moi, c'est le film analytique d'un personnage. Je trouvais que c'était original. Le reste, c'est complètement une fiction. J'avais envie que cette histoire très personnelle, très intimiste, c'est à dire le deuil, la manière dont le personnage se confronte à ses souvenirs, explose dans un cadre finalement très classique du road movie où on se perd pour se retrouver. Et où des choses très intimes se jouent dans des grands espaces.
Comment est née l'idée de ce film ?
C'est la combinaison de deux choses. La première était de parler du deuil et de comment le deuil déclenche tout un tas de questions. De raconter ce mec qui se prend la tête dans un environnement qui n'a rien à voir avec ces problèmes. Il est au milieu des filles qui dansent nues et lui il réfléchit à si sa mère l'aimait. Je trouvais ça décalé et assez drôle. Tout ça c'était des envies de cinéma. La seconde chose, c'est cette envie de prolonger le dialogue entre le film dans lequel ma mère m'avait mis enfant ("Documenteur") et toutes les références que mon père m'a montré quand j'étais gamin. Faire ce lien, continuer ce dialogue avec la fiction qui fait vraiment partie de ce que je suis, de mon histoire. C'est peut être ça finalement l'élément le plus autobiographique. Ce rapport à la fiction et comment les films ont nourri ma vie. La genèse du film c'est ça. C'est quand ces deux choses se sont rencontrées que le film est né.
Est-ce que ce film est un peu un prolongement du cinéma de vos parents?
Ce n'est pas un prolongement de leur travail. C'est un prolongement de ce en quoi leur travail a compté dans mon enfance. C'est vraiment ça. C'est aussi le prolongement d'un personnage qui n'est pas tout à fait moi. Ou le prolongement d'une idée selon laquelle on peut raconter des trucs intimes à travers la fiction. C'est le prolongement de ce jeu là. Les hommages différents qui sont faits au cinéma de mes parents racontent en fait comment ces films ont compté pour moi dans mon enfance.
Comment s'est construit le casting?
Salma Hayek, c'est curieux. J'ai été le premier surpris qu'elle accepte. Dans un film qui est indépendant, d'art et d'essai français, ce n'est pas évident. Je l'ai proposé à des acteurs que je ne connaissais pas mis à part Chiara Mastroianni, parce qu'on a évolué dans le même type de cinéma et qu'on est de la même génération. Je pense qu'ils ont été intéressés par ma situation un peu particulière c'est à dire cette petite fable, ce road movie qui s'échappe jusqu'au Mexique. Et puis il y a tout un tas de références qui sont quelque chose de très personnel et je pense qu'ils ont été sensible à cette démarche. Et aussi au fait que ce soit moi qui le produise, que ce soit mon petit truc que je trimbale depuis un moment. Je me sens chanceux parce que pour un premier film c'est pas évident d'avoir des acteurs aussi prestigieux.
Quelle est l'importance d'avoir son film sélectionné au festival de Londres?
Je trouve ça super. Le film fait un marathon de festivals et je me sens chanceux. Je crois qu'il faut le défendre. C'est un film d'art et d'essai même si j'ai voulu que ce soit quelque chose de simple et d'accessible. C'est la guerre tous les mercredi en France quand les films sortent. C'est très difficile de faire son trou et l'énorme avantage d'avoir des sélections aux festivals, c'est qu'on a effectivement un public qui est plus curieux, peut être aussi plus cinéphile et je pense que c'est un film qui appelle à ça. Il y a quelque chose d'un peu troublant parce que j'ai fini ce film il n'y a pas longtemps et il ne m'appartient déjà plus. Il y a deux semaines j'étais encore en train de corriger les fautes d'orthographe dans le générique. C'est un tout petit film qu'on a fait, même si cela ne se voit pas trop, avec très peu de moyen. Je l'ai produit moi-même. Il y a un côté assez artisanal et c'est curieux de le lâcher dans la nature et que plein de gens le voient. Mais c'est bien sûr plutôt sympa.
Qu'est ce que la ville de Londres vous inspire?
Je dois confesser que je connais très mal Londres. Je suis venu plusieurs fois mais pour des séjours très courts et je suis assez nul en "Londres". Mais ça m'évoque ma période punk, quand j'étais ado et qu'on venait à Londres en voyage scolaire et que j'avais loupé le bus du retour parce que j'étais parti m'acheter des Creepers. Ça m'évoque l'époque de OTH, Ludwig Von 88, The Clash? Toute la scène un peu punk française qui était très à la mode quand j'étais au lycée et qu'on s'achetait des Doc Martens. C'est une ville que j'aime bien mais que je nee connais pas assez.
Avec quels acteurs britanniques souhaiteriez-vous travailler?
Il y a plein d'acteurs géniaux. Stephen Frears est incroyable. J'ai une passion aussi pour les Monty Python, J'adorerai aussi faire un projet avec Ricky Gervais que je trouve fabuleux. Disons que j'adore l'humour du cinéma anglais, cette distance qu'ils ont.
Propos recueillis par Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/londres) mardi 18 octobre 2011
BFI London film festival, jusqu'au 27 octobre 2011, http://www.bfi.org.uk/lff/films/
Américano, Synopsis : Martin vit à Paris avec sa compagne Claire. Lorsqu'il perd sa mère, restée en Californie, il doit retourner dans la ville de son enfance pour s'occuper des formalités liées à son héritage. Dans l'appartement de sa mère, des souvenirs refont surface et le troublent. Incapable d'affronter cette épreuve, il fuit vers Tijuana où il s'égare sur les traces de Lola (Salma Hayek), une jeune femme mexicaine qu'il a connue jadis, et qui a depuis occupé une place importante dans la vie de sa mère. Il la retrouve à l'Americano, un club dans lequel elle danse tous les soirs?
Casting : Jean-Pierre Mocky , Géraldine Chaplin , Chiara Mastroianni , Mathieu Demy , Salma Hayek
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