Bénédicte Wagner est une grande passionnée d’histoire. Formée en histoire de l’art et en lettres, elle propose avec Arty Stories, des visites guidées de Londres pas tout à fait comme les autres. Sous le signe de la peinture, des énigmes et du patrimoine, elle invite à découvrir la ville autrement. À l’origine de cette nouvelle manière d’explorer Londres, nous sommes allées à sa rencontre pour percer les mystères qui entourent ses tours…


À Londres, il y a ceux qui visitent… et ceux qui découvrent vraiment la ville. Bénédicte Wagner fait partie de la deuxième catégorie. Depuis trois ans, elle imagine des visites uniques, entre énigmes, anecdotes méconnues et histoires fascinantes en proposant une autre façon d’explorer la capitale britannique.

Depuis combien de temps êtes-vous à Londres et que faisiez-vous avant ?
Cela fait quatre ans que nous sommes arrivés à Londres avec ma famille. Avant cela, nous vivions à Copenhague, et là-bas, j’ai commencé à faire des visites guidées. J’étais un peu bloquée professionnellement en arrivant puisqu'à l'origine, je travaillais sur le marché de l’art à Paris, dans une maison de vente aux enchères. J’ai également travaillé dans une galerie d’art aborigène. En arrivant à Copenhague, je me suis vite rendu compte que cela allait être compliqué si je ne parlais pas danois. Je l’ai donc appris, mais cela a pris du temps. Et c’est à ce moment-là que la pandémie de Covid a frappé.
Plus ou moins au même moment, l’association Copenhague Accueil m’a proposé de commencer à organiser des visites. C’est donc avec eux que j’ai débuté. D’abord dans les musées, puisque c’était mon domaine de prédilection. Je travaillais dans le département des tableaux et dessins anciens d’une maison de vente, donc je me suis naturellement positionnée sur ce que je connaissais le mieux. Ensuite, j’ai développé des visites de la ville, plus globales, pour les touristes. La période du Covid a compliqué les choses, mais il y avait malgré tout un flux important de visiteurs, notamment via les croisières.
Votre parcours est donc principalement orienté vers l’art ?
J’ai fait plusieurs cursus, mais oui, l’art occupe une place importante. J’ai d’abord fait de la recherche en littérature anglophone, puis un master en histoire de l’art ici, à Londres. J’avais donc déjà vécu dans la ville. Nous avons quitté Londres en 2012, puis nous sommes revenus en 2020, donc je n’arrivais pas en terrain inconnu. J’étais d’ailleurs très heureuse de retrouver les musées dans lesquels j’avais passé des heures à observer les œuvres.

J’ai postulé à quelques postes dans des maisons de vente ou des institutions, mais j'ai tellement apprécié les visites guidées que j’ai commencé à me tourner naturellement vers la profession. J’aime la liberté que cela offre car je peux développer les thèmes que je souhaite. Surtout, les tours m'offraient de la flexibilité, qui est précieuse pour la vie de famille. C’est ce qui m’a décidée à poursuivre dans cette voie.
Depuis combien de temps exercez-vous cette activité ?
Cela fait trois ans, de manière encore assez confidentielle. Aujourd’hui, j’ai envie de faire davantage connaître mes visites. Au début, je proposais surtout des visites pour adultes, pour un public déjà intéressé par l’art. Depuis quelque temps, je développe aussi des formats pour les familles et les enfants, à partir de cinq ans. J’ai créé des petits livrets de jeux et des parcours adaptés.
Souvent, ces visites enfants sont inspirées de celles que j’avais conçues pour les adultes. Je les adapte ensuite avec un parcours et un format différents. J’ai moi-même des enfants et ce sont un peu mes cobayes… Je teste d’abord en famille avant de proposer les visites.
À quoi ressemblent ces visites de Londres ?
Elles prennent la forme de découvertes, d’énigmes, de questions ludiques sur les techniques des artistes, les histoires des tableaux ou des personnages représentés. On évoque aussi les commanditaires, les contextes historiques. Toutes mes visites tournent principalement autour de l’art, mais aussi de l’histoire, du patrimoine et de l’architecture.

Je propose également des visites de quartiers en extérieur. J’en ai une à Camden, par exemple. Beaucoup de gens connaissent les marchés, mais pas l’histoire de l’ancien Camden ni son passé industriel. Il y a pourtant beaucoup de choses à découvrir. J’ai aussi un parcours à Hampstead, qui est très apprécié.
Comment s’est passée la transition à votre arrivée à Londres ?
Cela a pris un peu de temps. Au départ, je pensais retravailler dans une maison de vente aux enchères, comme auparavant. Puis avec notre deuxième enfant en bas-âge, j'ai réalisé que je voulais consacrer du temps à ma famille. Les visites guidées me permettaient de choisir mes horaires et mes sujets. J’ai donc mûri le projet progressivement. J’ai également pris le temps de créer mon site internet, de construire quelque chose qui corresponde vraiment à ce que je voulais proposer. Avant même de lancer la communication, j’ai commencé à préparer mes visites et à les proposer.
Ayant déjà vécu une expatriation en famille, je savais que l’adaptation pouvait être difficile. Contrairement à l’idée reçue, les enfants ne s’adaptent pas toujours immédiatement. Nous avions vécu une première expatriation plus difficile, vécue comme un arrachement. Cette fois, je voulais privilégier l’équilibre familial. Prendre le temps de s’installer, de créer un réseau, que chacun trouve ses repères.
Proposez-vous des visites en groupe ou plutôt privées ?
Les deux. Je propose des visites privées à partir d’une ou deux personnes, souvent pour des familles. Je peux également accueillir des groupes plus importants, jusqu’à environ 25 personnes en extérieur. Dans les musées, je limite davantage en fonction des espaces. Par exemple, à Kenwood House, certaines pièces sont petites, donc je réduis la taille des groupes.
Avez-vous une anecdote marquante ?
Il m’arrive parfois de travailler avec des collèges et des lycées, en voyage scolaire. Certains adolescents arrivent sans grande motivation. Et pourtant, c’est devenu l’un de mes publics préférés ! Au début, ils sont parfois réticents. Puis une anecdote, une histoire et l’intérêt s'éveillent. À la fin, ils remercient souvent et ce sont mes petites victoires.

À ce titre, qu’est-ce qui vous passionne le plus dans votre métier ?
J’aime absolument tout. J’apprécie la recherche en amont, aller à la bibliothèque, à la British Library, consulter les archives. Il s’agit d’une partie très solitaire du travail que j’apprécie beaucoup. Mais j’ai aussi besoin de partager. C’est très gratifiant quand quelqu’un me dit qu’il vit à Londres depuis des années sans avoir jamais découvert un lieu que je lui montre.
J’apprends aussi énormément des visiteurs. Certains sont passionnés et apportent leurs propres connaissances. J’aime cet équilibre entre recherche et échange.
Quelle est votre différence par rapport aux autres guides ?
Je pense que ma principale différence réside dans ma formation. Je suis historienne de l’art et j’ai aussi une formation en lettres. Cela me permet d’aller plus loin dans les détails, dans les contextes, dans les analyses. Certains tours se concentrent sur les incontournables. Moi, j’essaie d’apporter une lecture plus approfondie.

J’adore Hampstead et Kenwood. Hampstead donne réellement l’impression de quitter Londres. J’ai grandi en Normandie, donc j’ai souvent besoin de verdure et j’aime montrer ces 300 hectares de nature en pleine ville.
Kenwood House est aussi un endroit que j’affectionne particulièrement. Beaucoup de gens ne connaissent pas le site et pourtant il y a des œuvres remarquables. J’aime notamment l’autoportrait Aux deux cercles de Rembrandt, l’un de mes tableaux préférés

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