

Au matin du 20ème siècle, Londres accueillait pour la première fois les Jeux avec seulement 2.008 athlètes. A cette occasion, certaines traditions ont vu le jour façonnant un peu les Olympiades d'aujourd'hui. Lepetitjournal.com dépoussière pour vous les archives de 1908
(Crédit : CIO)(Leg : Défilé, Dorando Pietri, commentateur, tir à l'arc féminin)
Londres, 1908. Pendant 6 mois, la ville s'anime autour des Jeux Olympiques. Les premières épreuves démarrent le 27 avril, sans fête particulière. Les jeux de raquettes, de paume, de tennis et de polo se déroulent jusqu'en mai. La cérémonie d'ouverture officielle n'a lieu que le 13 juillet, amenant avec elle deux semaines d'épreuves très condensées afin de concentrer l'attention du public. Après la cérémonie de clôture du 25 juillet, les Jeux se poursuivent encore avec la voile, le motonautisme, l'aviron (fin juillet et août) puis avec la boxe, le crosse, le football, le hockey sur gazon, le patinage artistique et le rugby en octobre, définis alors comme les "Jeux d'hiver". Au total, 22 nations réunissant 2008 athlètes, dont 36 femmes, s'affronteront dans les 110 épreuves prévues.
A voir les photos en noir et blanc presque effacées, le premier réflexe est de penser que ces Jeux vieux de 104 ans n'ont plus rien à voir avec ceux que l'on connaît aujourd'hui. Dans un sens, ce n'est pas tout à fait faux. Après tout, deux guerres mondiales nous éloignent de ce début du 20ème siècle, deux chamboulements majeurs qui auront des conséquences importantes sur les m?urs et la société. On était loin alors des tenues Stella McCartney dont matières et formes sont adaptées aux performances des sportifs. Les hommes portaient slips de bain en coton pour la natation, ou short long et débardeur dans les autres disciplines. Quant aux femmes, la jupe était plus ou moins courte selon si elles concouraient au tir à l'arc ou en gymnastique. Il existait encore à cette époque une certaine promiscuité entre le public et les sportifs. Les physiques n'étaient pas développés comme aujourd'hui et ceux qui participaient ne faisaient pas du sport leur métier. Les Jeux n'avaient encore ni l'impact commercial ni l'importance sportive qu'on leur donne aujourd'hui. En 1908, tout était plus simple, comme un vieux film en noir et blanc au scénario facile. Et pourtant, Londres a beaucoup innové pour ces Jeux, à tel point que l'image des Jeux d'aujourd'hui a commencé à se façonner cette année-là, dans la capitale britannique.
"Les premières fois"
- Le White City Stadium - En 1906, Londres relève le défi de devenir l'hôte des Jeux après que Rome a déclaré forfait pour concentrer ses efforts ? et son argent ? dans la reconstruction de Naples alors détruite par l'irruption du Vésuve. Et la capitale britannique voit grand. Pour la toute première fois, un stade est construit spécialement pour les Jeux Olympiques. Ce n'est pas tout : si jusque là, les épreuves de natation se déroulaient en eaux sauvages, Londres a cette fois prévu une piscine creusée au centre du White City Stadium, accompagnée d'une piste d'athlétisme, de cyclisme, ainsi que des plateformes du lutte et de gymnastique. Comme en 2012, les autres épreuves sont organisées dans des installations déjà présentes, notamment Wimbledon.
- Défilé ? Avec ce nouveau concept de stade olympique, l'idée d'un défilé des délégations sportives lors de la cérémonie d'ouverture nait dans l'esprit des organisateurs. Londres inaugure ainsi une nouvelle tradition, avec quelques ratés toutefois. Le drapeau suédois ayant été oublié parmi les emblèmes hissés sur les toits du stade, les sportifs refuseront nets de se présenter à la cérémonie d'ouverture. Certains pays, en plein bouleversements politiques, ne savent plus quel drapeau porter. La Finlande, par exemple, se voit obliger par la Russie de concourir sous la bannière tsariste. L'Australie et la Nouvelle-Zélande préfèrent se réunir sous le drapeau d'une possible Australasie. Le porte-drapeau américain, Rose Ralph, refusera carrément de s'incliner devant la loge royale d'Edouard VII, sans doute en raison des nombreux descendants irlandais composant l'équipe de la bannière étoilée.
- Athlètes féminines ? Pierre de Coubertin avait déclaré qu'une "Olympiade femelle est impensable, elle serait impraticable, inesthétique et incorrecte". Pourtant, en 1908, à Londres, 36 femmes obtiennent le droit de concourir. Elles ne se retrouvent que dans quelques épreuves comme le tir à l'arc, le patinage artistique, la gymnastique ainsi que la voile et le tennis.
- Les médailles ? Jusqu'en 1904, les gagnants des Jeux ne recevaient en récompense qu'une branche d'olivier, symbole de paix. Les Jeux de 1908 intègrent pour la première fois le système de médailles d'or, d'argent et de bronze. Les Français retraverseront la Manche avec 19 médailles dont 5 titres (notamment 5 cyclisme sur piste, 4 en escrime et 3 au tir à l'arc), tandis que les Anglais se hisseront à la première place du classement olympique (ce sera la seule fois) en décrochant 56 médailles d'or, 51 d'argent et 38 de bronze? Il faut dire que malgré les protestations des nations participantes, tous les arbitres étaient britanniques, avec, forcément, une forte préférence pour leurs athlètes. Lors de la finale du 400m, l'Ecossais Wyndham Hlaswelle clame avoir été gêné par le coureur américain Carpenter. Ce dernier, vainqueur de la course, est immédiatement disqualifié. Les autres américains en lice, Robins et Taylor se montrent alors solidaires et refusent de recourir la finale. Qu'à cela ne tienne, Wyndham est le seul au départ et remporte à l'arrivée les trois médailles. Une première (et dernière) dans l'histoire des Jeux. On comprend bien que dans ces conditions, il a été plus facile pour le Royaume-Uni de décrocher certains titres?
- Record britannique ? Sur la question des records de titres, il faut tout de même remarquer la valeur de Henry Taylor, nageur britannique qui se distingua par trois fois dans les épreuves de 400m, 1500m et 4x200m nage libre. Il a ainsi été le premier athlète britannique à remporter 3 médailles d'or lors de mêmes Jeux Olympiques. Le prochain à le faire sera le cycliste Chris Hoy, en 2008 à Beijing, pile 100 ans plus tard.
- L'important, c'est de participer ? Lors de la messe des Jeux donnée à la Cathédrale St Paul, l'évêque Ethelbert Talbot soufflera à Coubertin la devise des Jeux. Il avait déclaré dans son sermon : "La seule sécurité, après tout, repose dans le message que nous donne l'Olympie vraie ? c'est que les Jeux eux-mêmes surpassent la course et le prix. St.Paul nous apprend à quel point le prix est insignifiant. Notre prix n'est pas celui qui se fane mais celui qui ne se fane pas, et même si seule une personne peut porter la couronne de laurier, tout le monde peut partager la même joie de la compétition". Coubertin avait alors repris l'idée en lançant : "Le plus important aux Jeux olympiques n'est pas de gagner mais de participer, car l'important dans la vie ce n'est point le triomphe mais le combat ; l'essentiel, ce n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu ".
- Disciplines olympiques ? En 1908, le hockey sur gazon et le football sont pour la première fois reconnus comme épreuves olympiques. La France ne brillera pas puisqu'elle s'incline face au Danemark lors des demi-finales de football avec 17 buts contre 1. Une humiliation si cuisante qu'elle refusera par la suite de jouer la petite finale. Le marathon, l'une des épreuves reines des Jeux, connaîtra aussi sa distance actuelle - soit 42,195kms ? afin de permettra à la course de démarrer sous les fenêtres du château de Windsor et d'arriver au pied de la loge royale.
L'anecdote
A propos de marathon, l'une des anecdotes les plus marquantes de ces Jeux est liée à cette épreuve. Alors que l'Italien (pâtissier de profession), Dorando Pietri, est en tête de la course depuis le 22ème km, il entre dans le stade au bord de l'épuisement. Il tombe à 4 reprises, et repart dans le mauvais sens. Une fois redirigé, il s'effondre à nouveau à quelques dizaines de mètres de l'arrivée. Dans le stade, les Londoniens sont subjugués. Le coureur est alors aidé par des journalistes et des officiels qui le relèvent et le soutiennent jusqu'au franchissement de la ligne. Déclaré vainqueur, Pietri s'évanouit pour de bon. 10 minutes plus tard, l'américain Johnny Hayes entre le second dans le stade. Il réclamera plus tard la première place en faisant disqualifier Pietri qui n'a pas réussi à finir la course tout seul. L'intensité dramatique de la scène est telle que la presse et l'opinion publique se passionne pour cette histoire. La reine Alexandra, émue, remettra de ses propres mains une coupe en or semblable à celle du vainqueur à l'athlète italien hospitalisé. Revenu dans son pays sans vraie médaille mais tout de même célèbre, Dorando Pietri décidera de gagner sa vie grâce à la course à pied. Comme quoi, pour lui, le crédo olympique s'est tout de suite vérifié : l'important a été de participer !
Elodie LLanusa (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) lundi 23 juillet 2012




































