

Avec son Petit art de la fuite, Enrico Remmert nous entraine sur la route de Turin à Bari, à toute allure, non sans réserver à ses voyageurs ? Manu, Vittorio et Francesca ? quelques surprises.
C'est à bord de la voiture auto-école dans laquelle Manu travaille que commence étrangement ce voyage. La Fiat Punto, comme le livre, dispose de plusieurs paires de pédales, que les uns et les autres actionnent chacun leur tour ? parfois en même temps ?, non sans risque.
Cette musique à trois voix est accompagnée par Vittorio au violoncelle, sans pour autant exclure du voyage les différents personnages qui apparaissent et disparaissent, au gré de la route et des escales des trois amis.
Cette fuite, comme le reste, est triple. Il y a celle de Manu, loin de son auto-école, son job de gogo-danseuse et son ex-petit ami violent, celle de Vittorio, fuyant son anxiété chronique et sa rupture probable avec Francesca, et enfin celle de Francesca, essayant de gagner du temps pour annoncer, en douceur, leur séparation à Vittorio.
Les personnages ? hauts en couleur ? se révèlent au cours du voyage, brouillant encore davantage l'équation de départ de ce triangle sentimental complexe et mystérieux, et les amenant à remettre en question jusqu'au sens et à la destination même de cette expédition à travers l'Italie. Le portrait de ces trois trentenaires se détache du décor de la campagne italienne, changeante du nord au sud, parfois belle et accueillante, d'autre fois plus hostile voire violente.
"J'ai pensé qu'il faudrait semer dans les villes des Manu déjantées et indispensables : elles fleuriraient partout, et leur énergie recouvrirait la grisaille opaque du monde comme une couche de peinture jaune fluo."
Car finalement, ce n'est pas le début, mais la fin d'une histoire qui nous est racontée ici. Une histoire dont les protagonistes ne sont pas pressés de mettre un terme, et lui permettent donc de durer, juste encore un peu, le temps de la route jusqu'aux Pouilles, le temps du voyage, avec la mélodie du violoncelle en bande originale. A moins que ce ne soit l'inverse, et que ce soient les mots qui accompagnent la mélodie venue des cordes de l'instrument de Vittorio. On tendra l'oreille avec attention lors du prochain morceau.
Enrico Remmert, né en 1966, est écrivain mais aussi scénariste et traducteur. Ses deux premiers romans Rossenotti et La ballade des canailles sont également disponibles en français.
Audrey Scarbel (www.Lepetitjournal.com de Rome) ? vendredi 23 août 2013
Petit art de la fuite, Editions Philippe Rey, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, 236 p.
En italien, Strade bianche, Marsiglio Editori, 2010.
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