Les incendies au Portugal : "la pire conjonction de facteurs" depuis 2017

Par Flavie Seigneurin | Publié le 17/07/2022 à 23:11 | Mis à jour le 17/07/2022 à 23:29
Incendies au Portugal

Le gouvernement portugais a déclaré entre le 11 et le 17 juillet  l'état de contingence sur tout le territoire national face à la situation préoccupante déclenchée par des incendies dans le Nord et le centre du pays. Lepetitjournal revient sur cette semaine de dégâts.  


Les incendies au Portugal ont provoqué 860 personnes évacuées et 187 blessés en une semaine

L'état de contingence maintenu jusqu'à dimanche a été synonyme de plusieurs interdictions : celle de se trouver dans des zones boisées, les bois et les sentiers ruraux, de brûler des déchets de jardin et des déchets agricoles, d'utiliser des machines à proximité de zones boisées et de faire exploser des feux d'artifice.  

Cet état dit de contingence a été déclenché en raison de l'ampleur des dégâts et des risques des feux qui ravagent encore le nord et le centre du Portugal. Jusqu'au 16 juillet, 126 incendies ont été enregistrés. Déjà 30 000 hectares ont brûlés, un chiffre en hausse comparé à l'année précédente. 2021 enregistrait en effet environ 24 600 hectares ravagés par les incendies. José Luis Carneiro, ministre de l'Intérieur portugais, parle de l'été 2022 comme de "la pire conjonction de facteurs" depuis les feux dévastateurs de 2017.

L'autorité de protection civile du pays a rapporté 860 personnes évacuées et 187 blessés. Une mort est aussi à déplorer. Il s'agit d'André Serra, pilote d'un avion amphibie, décédé dans un crash lors des incendies de vendredi dernier.

Jeudi 14 juillet a été jusqu'à maintenant la journée la plus rude depuis le début des incendies. Vingt-six feux étaient actifs avec 2 409 personnes, 686 véhicules et 30 avions mobilisés.  

Plus généralement, les vagues de chaleurs et les incendies ont touché toute l'Europe du sud, la France, le Portugal, l'Espagne et la Grèce ont, en particulier, été touchés. Sans surprise, ces catastrophes résultent, en partie, des conséquences écologiques du réchauffement climatique. Des conséquences dont l'évolution est à craindre.  


Sécheresse extrême, monoculture et aménagement du territoire : qu'est-ce qui déclenche les incendies ?

La fréquence et l'intensité de ces incendies ne sont pas sans cause. À la fin du mois de juin 2022, 28,4% du territoire portugais faisait face à une "sécheresse extrême", conséquence directe du réchauffement climatique disent les spécialistes. La "conjonction de facteurs" mentionnée par le ministre de l'Intérieur fait référence à la baisse des précipitations, l'augmentation des températures et par conséquent la multiplication des canicules qui encouragent à eux trois la formation d'incendies.  

D'autres facteurs, plus indirects, entrent aussi en jeu. La monoculture forestière, à savoir la culture singulière d'une espèce de plantes, en fait partie. Avec 800 000 hectares de plantation, le Portugal compte la plus grande monoculture d'eucalyptus d'Europe. L'Eucalyptus qui est une espèce végétale facilement inflammable est déterminante dans la production de pâte à papier. Ce manque de diversité, lié à l'artificialisation des forêts, favoriserait le développement d'incendies. Le problème est en fait plus compliqué.  

L'artificialisation des forêts et l'aménagement du territoire au Portugal ne sont pas faciles à contrôler. Pour cause, 85% du domaine forestier portugais est privé, seulement 15% est public. C'est pourquoi la gestion des monocultures d'eucalyptus fait rarement l'objet d'un traitement ou d'une attention particulière, et ce en raison du manque de pouvoir d'action de l'État. En représentant 2% du PIB portugais, l'enjeu économique de la production de pâte à papier n'améliore pas la situation puisqu'elle incite les producteurs, petits et gros, à s'engager dans la culture de l'eucalyptus.  

Cette situation qui semble stagner depuis quelques années remet donc en question l'aménagement du territoire actuel, les conséquences de la monoculture forestière, sans oublier l'implication de l'État dans la lutte contre le réchauffement climatique. Néanmoins, cette semaine passée a démontré la nécessité d'une vigilance maximale. Il est certain que les prochains mois seront critiques en terme de débat politique sur cette question.

 

 

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Maria Sobral

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