Édition internationale

JEROME LABEUR - "A Madrid tu mets tes tripes sur la table, et ensuite tu discutes"

 

Vous avez déjà croisé Jérôme Labeur. Et sinon, vous le croiserez certainement bientôt. Actuel directeur administratif et financier de l'Alliance Française de Madrid depuis juillet 2012, il a occupé des responsabilités similaires comme ancien secrétaire général de l'Institut Français de Madrid de 2007 à 2010. Dans un tout autre registre, il est également président d'ATOM (Association des Toulousains et Occitans de Madrid) depuis fin octobre. Ce cinquantenaire jovial partage sa bonne humeur dans moult événements et institutions de la communauté française d'Espagne. Expatrié au long cours, il porte un regard lucide sur le lien avec la France et promeut les valeurs du Sud-Ouest (et celles du rugby) dans les relations humaines. Rencontre avec un personnage incontournable de notre communauté.

(Photo DR)

Petites lunettes rondes, grand sourire, et la Movember de rigueur en ce mois de novembre. Est-ce le seul charme du néologisme qui a poussé ce "globe-trotter humaniste", comme il aime à se définir, à s'abstenir de se raser pendant quelques jours ? Cette mode, très en vogue dans le monde du rugby, ne pouvait certes échapper à notre homme, qui semble garder une veille permanente sur les nouvelles tendances, fussent-elles professionnelles, technologiques ou culturelles. Ajoutez à cela une grande cause, la recherche sur les maladies masculines, et vous disposerez d'un bon nombre d'ingrédients qui motivent les faits et gestes de ce fuxéen peu ordinaire.

Partage, respect, simplicité, accueil
Reprenons donc les choses dans l'ordre. Pour votre culture générale, sachez que chaque mois de novembre, les hommes du monde entier sont invités à se laisser pousser la moustache dans le but de sensibiliser l'opinion publique et de lever des fonds pour la recherche dans les maladies masculines telles que le cancer de la prostate* : c'est la Movember. Et c'est une constante chez notre interlocuteur, d'avoir toujours une nouveauté à vous faire découvrir. Passons au ballon ovale : "la première chose que j'ai fait en débarquant à Paris, c'est chercher un club de rugby", se rappelle Jérôme Labeur, qui ajoute : "Je suis imprégné des valeurs issues de la culture du sud-ouest : partage, respect, simplicité, accueil". Une référence récurrente aux valeurs, qui revient sur des thématiques liées au travail, à l'amitié ou à l'enseignement, et qui peut se résumer en cette phrase sobre, lâchée au détour de la conversation : "J'aime les gens".

De Bordeaux ou de Béziers, de Bayonne ou de Bandol...
Tout un programme, matérialisé à bien des égards dans certaines entreprises dont Jérôme Labeur garde une facture sans égale, à l'image des karaokés instaurés à l'Institut Français de Madrid, lors de son passage au sein de l'institution, et qu'il entend bien remettre au goût du jour. "C'est une arme sociale redoutable", lance-t-il d'ailleurs à ce propos : "les gens ne sont pas jugés sur autre chose que leur capacité à aller devant le micro et se dépasser". C'est encore lui qui a aidé à promulguer l'art de la pétanque au sein des instances culturelles de la capitale, et lui encore qui se propose, avec l'ensemble de l'équipe de l'Alliance Française de Madrid, en collaboration avec Cocorico, d'organiser un événement qui devrait faire résonner le Circulo de Bellas Artes pendant pas mal de temps. Autant de prétextes pour générer la rencontre, l'échange et le partage, chers au désormais président d'ATOM, association qui rentre en vitesse de croisière, après une année d'installation administrative.
"Qu'on soit de Bordeaux ou de Béziers, de Bayonne ou de Bandol, on a quelque chose en commun. C´est ce rapport particulier à la vie, qui nous regroupe au sein de l'association. Ce qui nous importe, ce sont les valeurs de simplicité, d´authenticité".     
 
Développer des formations autour de la recherche d'emploi
De Foix à Madrid, le chemin l'aura mené dans le désordre à Quito, Sarcelles ou Cracovie. Une halte de 5 ans au Japon, en tant que secrétaire général au sein du plus grand centre culturel au monde, l'Institut Français de Tokyo, l'aura particulièrement marqué : "J'ai aimé les Japonais avec leur culture, leur souci du détail, leur capacité à s'extasier devant des choses qui nous paraissent futiles, comme des cerisiers en fleur, par exemple". Et d'évoquer les différences culturelles : "les Français ont une pensée directe, cartésienne, celle des Japonais est plus sinusoïdale : il faut passer par des stratégies de reformulation pour faire passer une idée". Et les Espagnols, alors ? "A Madrid, tu mets tes tripes sur la table, et ensuite tu discutes", résume-t-il, avec un certain sens de la formule. Dans le cadre de l'Alliance française, il pense, comme le reste de l'équipe pédagogique, qu´il est souhaitable de développer des formations autour de la recherche d'emploi, d'aider les jeunes Espagnols à se construire, non seulement un bagage linguistique, mais aussi à valoriser leurs savoir-faire. "L'Espagne, c'est aussi la jeunesse de l'Europe. Le plus dur actuellement, c'est donner un futur à cette jeunesse", estime-t-il.

Parler la langue de Molière
Quid des Français d'Espagne ? "Le profil des expatriés a beaucoup changé ces dernières années", juge Jérôme Labeur, "et il est important qu'au niveau des institutions soit menée une réflexion sur ce qui peut être mis en place pour accompagner et adapter le modèle à ce nouveau profil". Au niveau de la langue notamment, déformation professionnelle oblige. Les nouveaux "expats", dans la problématique liée à la mobilité européenne, seront-ils tous en mesure de scolariser leurs enfants au sein des lycées français ?  "Dans l´Europe, il est préférable à mon sens de parler d´éloignement et non pas d´expatriation", avance Jérôme Labeur. "Quelle réponse apporte-t-on aux personnes dont la langue est peut être l'unique lien entretenu avec la France", s'interroge-t-il par ailleurs. L'apprentissage en ligne, avec les MOOC (cours en ligne ouvert et massif) mais aussi le développement du Français Langue Maternelle FLAM constituent à son avis des priorités. "Si on ne fait rien, dans 10 ans on aura des gens avec un passeport français qui ne sauront pas parler la langue de Molière", met-il en garde.

Molière, Racine et les autres...
De l'importance des racines : "Après avoir fait le tour du monde, c'est important les racines", conclut Jérôme Labeur. "Quand mon père me disait : 'tu n'as pas de terre sous les pieds', je répondais, 'non, j'y ai des nuages'? Cela dit avec le temps, je me rends compte qu'il n'avait pas complètement  tort".

* définition wikipedia.
Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mardi 10 décembre 2013
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