Édition internationale

JAPON : Une situation alarmante

Une entrée en fusion prolongée du combustible nucléaire pourrait provoquer des fuites radioactives de grande ampleur. Le gouvernement français prend la situation très au sérieux en prévoyant un large plan de rapatriement des expatriés. Des inspections des centres nucléaires de l'Hexagone sont prévues.

 

Photo AFP

Les incidents techniques se succèdent
Cinq jours après le tsunami, la crise nucléaire se poursuit. Le plus grand risque à l'heure actuelle serait qu'une entrée en fusion prolongée du combustible nucléaire, causée par un dysfonctionnement du système de refroidissement, provoque des fuites radioactives de grande ampleur. Mardi soir un nouvel incendie s'est déclaré, cette fois sur le réacteur n°4. D'après l'agence de sûreté nucléaire japonaise il aurait été éteint. Pour tenter de refroidir le combustible, de l'eau aurait été projetée par hélicoptère.
S'il est difficile de réaliser la gravité des événements, tant les sources et les déclarations divergent, les catastrophes successives laissent croire que la situation n'est pas maitrisée. Ces derniers événements font suite à un incendie qui s'était déclaré dans le bâtiment contenant le 3ème réacteur. Maitrisé depuis, il aurait provoqué des dégâts sur l'enceinte de confinement voire même sur les systèmes de refroidissement. Le niveau d'eau avait également  baissé autour du réacteur n°2 de la centrale. D'après la société gérante du site, Tokyo Electric Power Co (Tepco), cet incident aurait été causé par la panne des pompes de remplissage à l'eau de mer. Toujours d'après cette société, des fusions partielles ont été déclenchées dans les réacteurs 1 et 3; lieux des explosions.
Enfin, les réacteurs 5 et 6 commenceraient également à chauffer de façon anormale. Le niveau de radioactivité à proximité des réacteurs monte jusqu'à des doses 400 milliSieverts par heure (soit 40% de la dose maximale annuelle, selon l'Expansion). Par mesure de précaution, une consigne d'évacuation est martelée depuis deux jours par le gouvernement japonais, elle concerne les habitants dans un rayon de 20 à 30 km autour du site : environ 200.000 personnes auraient déjà été évacuées.

La France prend le problème à bras le corps
L'Autorité française de sûreté nucléaire a classé la catastrophe de Fukushima au niveau 6 sur une échelle de gravité qui va jusqu'à 7. Des taux de radioactivité anormalement élevés ont été observés jusqu'à Tokyo, pourtant 250 km au sud. Mardi soir, l'Ambassade de France à Tokyo a continué d'affirmer que le niveau de toxicité n'était pas néfaste pour la santé. Alors qu'au même moment le gouvernement français a de nouveau invité ses ressortissants à quitter, sauf raison impérative, la capitale japonaise : "Nous avons proposé à ceux de nos compatriotes qui ne sont pas astreints à rester à Tokyo de rentrer en France ou de partir vers le sud" a assuré François Fillon devant l'Assemblée. Le Premier ministre a également informé les députés qu'une demande de mobilisation d'avions Air France en Asie avait été formulée. Après une première série de départs,  il resterait aujourd'hui un peu plus de 2 000 expatriés français à Tokyo.
Petit à petit les personnalités politiques françaises admettent l'importance de l'accident."On s'achemine vers une catastrophe", a déclaré Eric Besson, le ministre de l'Industrie. "Sortir du nucléaire est un impératif" a affirmé Jean-Luc Mélenchon, co-président du Parti de Gauche. A Paris, une réunion d'urgence s'est tenue à Matignon, un large plan de contrôle des centres nucléaires devrait être entrepris. Pour parer à toutes éventualités Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre du Développement durable, a affirmé mardi après-midi devant l'Assemblée que la France était prête à anticiper des mesures de protection des populations françaises, si le nuage toxique atteignait Saint-pierre et Miquelon : "Aujourd'hui il n'y a pas de risque majeur. Ceci dépend d'une part de l'ampleur des rejets au Japon, et d'autre part des déplacements atmosphériques."
Enfin, aujourd'hui, mercredi 16 mars, une série d'auditons est prévue devant l'Assemblée Nationale. A la demande de plusieurs commissions Nathalie Kosciusko-Morizet et la présidente du directoire d'Areva, Anne Lauvergon, vont être entendues.

Clément Fayol (www.lepetitjournal.com) mercredi 16 mars 2011

En savoir plus

Article de l'Expansion, Le Japon s'enfonce dans la crise nucléaire
Chronologie dans Le Figaro, La situation reste critique à Fukushima Daiichi

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