Le trail du Rinjani « une course exigeante, mais la récompense est au rendez-vous »

Par Valérie Pivon | Publié le 09/06/2022 à 20:00 | Mis à jour le 10/06/2022 à 03:56
Photo : Le volcan Rinjani 3726 m/Lombok
Rinjani Lombok trail 100

Après deux ans d’absence, les amateurs de trails et de sensations fortes se sont retrouvés ce week-end à Lombok pour participer à la course mythique : le trail du Rinjani ! Ce volcan culmine à 3.726 m d’altitude. Isabelle, Floriane, Olivier, Samir et Simon nous parlent de leur course.

 

Les trails, ces courses en montagne, sont à la mode depuis quelques années en Europe. Cette folie du dépassement de soi est également très présente en Indonésie. De nombreux trails sont organisés à travers l’archipel et ce week-end se courait le trail du Mont Rinjani sur l’île de Lombok. Les Français, adeptes de ce sport, sont venus nombreux avec 30 participants, ce qui fait de la France la cinquième nation représentée sur cette course derrière l’Indonésie, Singapour, la Thaïlande et la Malaisie. 29 nationalités étaient représentées, c’est dire si ce sport attire !

 

Rinjani vue sommet lombok

 

1.126 participants se sont alignés vendredi soir sur la ligne de départ, prêts à disputer les 27, 36, 75, 119 ou 162 km et à gravir des dénivelés vertigineux allant de 2.700 à plus de 15.000 mètres. Le départ se fait de nuit, et c’est muni de leurs équipements, bâtons, camel-bag et lampe frontale que les coureurs se lancent à l’assaut du volcan avec pour objectif de parcourir la distance choisie avant le temps imparti.

 

Mais qu’est-ce qui les pousse à s’engager sur ces trails et à dépasser leurs limites ? 

Olivier, Isabelle, Floriane et Simon nous parlent de leur course. Ils sont de retour à Jakarta depuis une semaine mais ont toujours la tête sur les pentes du Rinjani. Nous leur avions demandé juste quelques mots sur leur course, mais, quelques lignes ! Impossible pour eux : trop de choses à partager. Nous publions ici leurs textes.

On retrouve dans leurs témoignages de nombreux points communs : liberté, partage, challenge, entraide et besoin de retrouver la nature (surtout lorsque l’on vit à Jakarta). Ils ne l’avouent pas, mais il faut tout de même un esprit compétitif pour se lancer de tel challenge.

 

Olivier, plusieurs participations à des trails en Indonésie et courait pour la deuxième fois le Rinjani :

 

Olovier bechet Rinjani trail lombok

 

Quelle course ! Cet aller-retour de 36 km et de 2.800 m de dénivelé positif, et donc aussi de dénivelé négatif ou descente (ce qu’on oublie souvent de préciser), sur un des volcans les plus beaux d’Indonésie, et ce n’est pas peu dire, est un événement que j’attendais avec impatience.

C’était mon deuxième 36 km + 2.800 m sur le Rinjani (mon premier était en 2017) mais, l’excitation et la motivation étaient toujours au rendez-vous ! Sur le format du 36 km, le principe général est de rejoindre le sommet du Rinjani qui culmine à 3.726 m et de revenir au point de départ qui se situe à 1.160m d’altitude. Nous y sommes allés en groupe et, même si nous avons conduit notre course séparément, chacun avec son rythme, nous avons aussi passé d’excellents moments en marge de la course.

Maintenant, pourquoi un tel défi ? qu’est-ce-qui me motive ?

Le premier mot qui me vient à l ’esprit est “liberté”. C’est incomparable de pouvoir évoluer sans contraintes, à un rythme qu’on décide en fonction du terrain, dans de tels endroits naturels à la beauté extraordinaire et unique. Le contraste avec notre vie quotidienne à Jakarta est saisissant et me donne à chaque fois envie d’y retourner que ce soit pour un entrainement, une randonnée ou une course.

Le deuxième mot est « partage ». Le trail est une aventure humaine faite d’échanges sur les programmes de préparation, sur le matériel, sur la nutrition, d’entraînements à plusieurs, de voyages en groupe, de discussions interminables avant et après la course, d’entraide… C’est pour moi une motivation énorme que de croiser mes copains sur les parcours ou de courir avec eux. Je ne vous parle pas des nombreux messages d’encouragement que nous recevons à chaque fois, des proches et des amis. Quel plaisir !

Le troisième mot est « challenge ». Les distances et dénivelés sont souvent impressionnants et nécessitent une préparation physique adaptée et un goût prononcé pour le dépassement de soi. Selon moi, c’est un sport dans lequel l’expérience compte autant que la condition physique car avec l’expérience on apprend à mieux connaître son corps et à finalement mieux l’utiliser. Le défi ou challenge n’est donc pas seulement physique, mais aussi nutritionnel - particulièrement sur les longues distances - et mental.

 

Samir, troisième trail et confirmé en course à pied

Je pratique surtout la course à pied sur route mais depuis que je réside à Jakarta, 3 ans désormais, j’ai découvert le trail en allant principalement à Sentul. A seulement 40 minutes de route, on peut courir en dehors de la ville, avec moins de pollution et de circulation et des superbes paysages. L’effort est généralement plus long que sur route et variable avec la gestion du dénivelé. Toutefois, j’ai participé à très peu de trails officiels. Le Rinjani constitue seulement ma 3ème course. Je n’avais jamais couru aussi longtemps et n’étais pas suffisamment équipé, mais l’expérience reste inoubliable.

 

Cela peut sembler masochiste, mais en dépit de la fatigue, on prend énormément de plaisir dans le dépassement de soi. J’ai désormais envie de faire d’autres trails officiels et d’améliorer mes performances tout en continuant a prendre du plaisir.

Isabelle, deuxième trail en Indonésie et de nombreuses courses à son actif

 

Isabelle gaudel Rinjani trail Lombok

 

Faire du trail, c'est avant tout aimer évoluer dans la nature, ressentir cette puissance qui nous entoure et envisager le challenge parfois ambitieux de la dompter le temps d'une course en se surpassant physiquement et mentalement ! Ce sport a son lot de sensations. La motivation grandit au fur et à mesure de l'effeuillage du descriptif de la course. La future découverte de la nature, le profil du trail, la répartition du dénivelé, la position et la distance entre les points de ravitaillement, pour identifier les passages aisés et les difficultés. Que devrais-je déployer en force physique et mentale ? À quels moments ? Quels équipements choisir ? J'aime mentaliser la course, c'est ma première préparation.

Je suis arrivée la veille du départ, il régnait sur les abords de la course une formidable ambiance bon enfant entre amis trailers. Cela détend, réconforte le temps de la soirée, mais, sitôt seule, le trac revient au galop, la nuit est courte.

Enfin le jour J avec son incroyable excitation générale qui vous transporte sur la ligne de départ. S'adapter à son terrain, s'en imprégner, rester concentrée et mesurer ses efforts pour finir sa course honorablement. J'évolue dans une bulle méditative à l'écoute de mon corps et de la nature autour. La contemplation y a sa place, je m'arrête même pour admirer les paysages époustouflants : que d'émotions ! Humainement, c'est fort : l'entraide entre coureurs, les encouragements réciproques, la prévenance des organisateurs. Tout cela nous reconnecte spontanément avec l'autre. Le Rinjani se gagne ! La course de nuit déboussole. Le mastodonte qui se découvre au petit jour impressionne. Mais la détermination est là !

L'arrivée au sommet est une récompense incroyable.  C'est l'euphorie ! Il est temps de redescendre ; la nature et la réalité du terrain amène des moments de doutes, parfois de découragement mais la volonté de l'accomplissement reprend le dessus ! Au franchissement de la ligne d'arrivée, les acclamations transportent vers une incroyable satisfaction : challenge réussi ! 

 

Floriane, deuxième trail en Indonésie

 

Rinjani trail ligne de depart

 

Débutante en trail, je me suis lancée le défi de réaliser cette course, mon 2ème trail, j'aurais dû y réfléchir à deux fois ... L'ascension du Rinjani est une course très, très difficile ; le départ se fait de nuit, il y a un important dénivelé positif et la température au sommet est très froide. Je n'avais pas la préparation physique et mentale pour ce challenge ; j'ai dû abandonner au 13ème km, étant prise de vomissements.

 

Néanmoins, je ne regrette pas du tout l'expérience, les paysages étaient superbes et cet échec m'a donné envie de m'entrainer plus sérieusement et peut-être retenter cette ascension dans quelques années... 

Le trail requiert un goût pour l'effort et le dépassement de soi que je n'ai ressenti dans aucun autre sport, ce qui me pousse à en continuer la pratique.

 

Simon, qui n’en est pas à ses premiers trails et ni à ses premiers exploits est arrivé deuxième sur le 36 km en 7h12 min et 54 secondes

 

Simon taillepied Rinjani 100 2022 eme place lombok

 

Si je devais décrire le trail en trois points je dirais : Liberté, Partage, Dépassement de soi. Ce sont ces 3 valeurs qui me motivent à y retourner à chaque fois. Quand on se lève à minuit ou 1h du matin pour se rendre sur la ligne de départ, qu’il fait froid voire qu’il pleut… On se dit qu'est-ce que je fais là !  Mais il suffit de passer la ligne d'arrivée pour comprendre et apprécier à 100% l'effort accompli. L'émotion ressentie est difficilement explicable. Il faut la vivre pour la ressentir pleinement. Et pourquoi alors que l'on est fatigué et que l'on a mal aux jambes ; on se dit plus jamais ! Mais deux jours après, on recherche déjà une autre course !

 

Le trail est un vrai moment de liberté. On se retrouve seul avec soi-même dans une nature toujours plus belle. C’est également un moment de partage. Cela reste certes une compétition mais c'est principalement une course entre la montagne et soi plus que contre les autres coureurs. Les valeurs d'échange, d'entraide, et d'encouragement entre les coureurs sont bien présentes. De plus si on a la possibilité de faire des courses avec un groupe de copains le plaisir est décuplé.

Enfin ce que j’aime dans le trail c'est le fait que ce soit plus qu’un sport : c’est une aventure. L’aspect physique ne suffit pas. Sur un 10 km, si on est bien ça va le faire. Alors que sur un trail de 5, 10, 15h (voir plus) il y a tellement de dimensions qui rentrent en compte : la météo, l’alimentation ou encore le sommeil.

Je ne me dis pas :  je ne veux pas courir contre d’autres personnes ou essayer de faire un top 10, mais je me dis je vais réussir à le faire. Peu importe ma vitesse, l’objectif c’est de le faire et de vivre un truc exceptionnel, hors du temps. C’est un défi personnel. La seule motivation qu’on a, c’est d’avancer, manger, s'hydrater. C’est en totale contradiction avec notre société où tout va très vite. C’est cette parenthèse-là qui m’intéresse.

 

Alors Isabelle, Floriane, Olivier, Samir et Simon on prend RDV pour le Rinjani 100 - 2023 ?

Sur le même sujet
Valerie Pivon

Valérie Pivon

Responsable éditoriale, expatriée depuis 16 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
0 Commentaire (s) Réagir
À lire sur votre édition locale