Samedi 16 octobre 2021
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Les traditions mégalithiques en Indonésie : Sulawesi

Par Anne Marie Wirja | Publié le 16/09/2021 à 21:30 | Mis à jour le 16/09/2021 à 21:30
Photo : Megalithe vallée de Bada Sulawesi@AnneMarieWirja
Bada - Palindo megalithes indonesie

 

La culture mégalithique apparaît dans le monde principalement lors du néolithique et se poursuit parfois jusqu’à nos jours. Il semble peu probable qu’elle soit née si tôt en Indonésie, cependant elle y est encore bien vivante dans certaines îles, notamment à Sumba. Notre propos n’est pas ici de faire une analyse exhaustive de sa présence mais de présenter trois espaces géographiques retenus pour leur diversité et l’importance de leurs sites. Nous aborderons trois régions de Sulawesi / Célèbes dans ce premier volet alors que le dossier suivant concernera l’île de  Nias et le dernier le Sud de Sumatra.         

 

Impressionnants vestiges mégalithiques en Sulawesi

Le parc de Lore Lindu est situé sur les hauts plateaux de Sulawesi-Centre, classé par l’UNESCO en 1977 comme réserve mondiale de la biosphère. Outre la diversité de leurs écosystème et biote, les trois vallées de Bada, Besoa et Napu recèlent d’impressionnants vestiges mégalithiques dénombrés à 147 dont 93 à Besoa. Ont été mis à jour des jarres de grandes dimensions (kalamba), des représentations anthropomorphiques, des pierres à cupules et divers autres mobiliers archéologiques (poteries, perles etc.).    

Megalithe Besoa
Mégalithe vallée Besoa Sulawesi@AnneMarieWirja

La datation de ces mégalithes est un sujet très controversé, tout comme leur finalité. La paléo-palynologie étudie les pollens piégés dans une structure archéologique; leur analyse et leur comptage apporte une datation. Cette technique fut appliquée à BESOA et nous possédons maintenant quelques indicateurs temporels. La fonction de toutes ces pierres travaillées reste plus mystérieuse, en l’absence d’écriture.

Parcourir le site de Pokekea (au  Nord-ouest de la Vallée, à 4 km du village de Doda) offre un aperçu de la diversité mégalithique de la région. Les premières recherches furent menées au XIXe siècle par Kruyt (1898) puis par Heine-Geldern (1928) et Kaudern en 1938.

megalithes jarres site Besoa Pokekea
Megalithes  Kalamba Jarres site de Pokekea Sulawesi@annemarieWirja

Les kalamba ou jarres dateraient, pour les plus anciennes, de la période 766-898 et pour les plus récentes de 1146-1272. Des fragments d’os et de dents en furent extraits, indiquant qu’il s’agissait de tombes. De dimensions variables, la plus grande mesure 4,7m de haut et pouvait abriter dix dépouilles.  

De nombreuses questions demeurent : pourquoi dix des vingt-et-une ont-elles des « bandeaux » ciselés tout autour ? Qui sont les visages immortalisés sur certaines? Pourquoi 52% sont-elles avec décorations ? Un indicateur de statut social?

Parmi les huit couvercles retrouvés, trois sont décorés, notamment par des alignements de singes, alors que ceux qui sont bruts présentent un « bouton » / une excroissance centrale.

 

Des représentations anthropomorphiques

Les représentations anthropomorphiques ont en commun des faciès démesurés, plats, délimités par un liseré, aux yeux ronds, une absence de jambes et de bouche (rite des morts, lèvres scellées ?). Les corps sont raides avec parfois des organes génitaux surdimensionnés. Ces statues sont des témoins de la déification des ancêtres, pour la vénération de leurs âmes, et le plus célèbre est Tadulako, qui aurait été un chef ou un général devenu protecteur du village. Au pied des représentations furent découverts des morceaux de poterie, des perles de pierre et des débris de récipients indiquant qu’un culte s’y déroulait,  probablement jusqu’au tout début du XIXe siècle, lorsque les missionnaires introduisirent le christianisme.

megalithes Besoa Tadulako sulawesi
Tadulako vallee de Besoa Sulawesi@AnnemarieWirja

Le plus impressionnant de ces « hommes » de Lore Lindu est Palindo ou « L’amuseur » de BADA. Il domine la région de ses 4,5m. Encore aujourd’hui les habitants le considèrent comme l’ancêtre des vallées.  

Et avant de quitter Sulawesi-Centre, notons qu’ont aussi été sculptés « des dames » de pierre, enceintes parfois (à Lempe), et quelques dolmens dont ceux de Padang Masora (Besoa). Les dalles supérieures sont bombées, gravées de visages présentant une similitude avec tous ceux des vallées. On peut imaginer qu’il s’agissait de chambres funéraires. 

Pourquoi y a-t-il plus de vestiges à Besoa que dans les autres vallées ?

La population y était peut-être plus dense, occupant cet endroit depuis plus longtemps. Peut-être aussi que le pouvoir politique y résidait, d’où les aspects plus imposants et plus élaborés des jarres.  

Dans la province Nord de Sulawesi, dans l’arrière-pays de Manado, le mégalithisme est moins varié mais les tombes dites waruga n’en sont pas moins remarquables. Elles étaient autrefois près des maisons mais c’est à Sawangan et Airmadidi  qu’elles sont maintenant, regroupées pour leur conservation.    

 

Les waruga de Manado sont des sarcophages 

Chaque waruga se compose de deux parties : le sarcophage et son couvercle, tous deux issus d’un bloc monolithe. Les défunts étaient glissés à l’intérieur en position fœtale et étaient « accompagnés » d’une, trois ou neuf têtes-trophées. En effet, une fois l’ennemi décapité et son sang bu pour acquérir sa force, il ne restait plus qu’à mettre son crâne dans une waruga afin que le sacrifié devienne le serviteur du mort dans l’au-delà. Des ustensiles étaient aussi ajoutés pour son confort futur.  

sarcophage Waruga Airmadidi indonesie
Waruga sarcophage région de Airmandi Sulawesi@AnneMarieWirja

Certains couvercles portent des stries, indiquant le nombre de personnes inhumées à l’intérieur, car il s’agit de caveaux pouvant abriter jusqu’à douze corps pour les plus vastes. On y décrypte parfois la profession du mort (soldat, chef, sage-femme etc.) grâce aux sculptures qui arborent aussi des végétaux et animaux (souvent le serpent, symbole de la renaissance). 

Si des hypothèses affirment que ce type de sépulture existait au Xe siècle, celles qui sont visibles aujourd’hui ne remontent guère avant le XVIIe siècle,  comme en témoignent divers uniformes de militaires occidentaux qui y sont gravés.

Il y en aurait 2 000 dans toute cette région. Cela semble peu mais certaines ont disparu avec le temps et les petites gens ne pouvaient certainement pas y prétendre. En outre, le gouvernement colonial hollandais en interdit l'usage au début du XIXe siècle pour éviter les contaminations. Elles étaient aussi contraires à la pensée missionnaire.

megalithe Toraja rante
Menhir ou rante pays Toraja Sulawesi@AnneMarieWirja

Et nous terminerons par une incursion en pays toraja qui n’a plus besoin d’être conté, tout du moins pour ses maisons et ses rites funèbres ! C’est le seul endroit à Sulawesi où la tradition mégalithique est encore vivante, maillon de certaines cérémonies funéraires. Une fois les invités arrivés, les sacrifices d’usage accomplis près des grandes maisons tongkonan, la dernière étape sera l’inhumation, avec un passage par des champs de menhirs nommés rante. Ces pierres sont dressées en mémoire de nobles ou personnages importants. C’est un long travail de préparation : trouver le bon bloc dans la montagne, le tailler, le rouler ou le tracter par la force de centaines d’hommes et enfin l’ériger. C’est à lui que seront attachés les vingt-quatre buffles à abattre pour cette étape vers le puya, le paradis du peuple toraja.

 

A bientôt à Nias!  

 

 

 

 

 

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Anne Marie Wirja

Anne Marie Wirja

Installée depuis 30 ans à Malang avec son époux Juwana, passionnés de l’Asie du Sud et du Sud-Est, ils ont créé épopéesdasie.com, une agence qui proposent des voyages découvertes ; beauté naturelle, merveilles architecturales et richesse des rencontres.
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