Mercredi 16 octobre 2019
  Ne manquez plus les
dernières nouvelles
S'abonner

Leila Chudori - Son livre "le retour" étudié au Lycée Français

Par Valérie Pivon | Publié le 19/12/2017 à 23:30 | Mis à jour le 20/12/2017 à 02:51
Photo : Leila Chidori©Faizal Amiru
leila/chidori/ecrivain/indonesie

Rencontre avec Leila Chudori romancière et journaliste à Tempo magazine depuis 1989. Son avant dernier roman Pulang a été traduit en français. Il est étudié au Lycée Français de Jakarta en classe de littérature et société depuis 2 ans. Leila intervient depuis auprès des élèves.

Son roman traduit en français sous le titre le retour relate l’histoire de Dimas exilé politique en France et de sa fille Lintang avec pour toile de fond historique les événements de 1965, la période dite de "l’ordre nouveau" et la chute du régime de Suharto en 1998.

Comment vous est venue l’idée de ce roman ?

J’ai fait mes études au Canada. J’ai découvert là-bas la libre expression, la possibilité de lire de nombreux livres, il n’y a aucune censure. Née en 1962, j'ai grandi sous la période Suharto, j’ai bien sûr appris à l’école le coup d’état de 1965 mais version ordre nouveau. Au Canada des livres comme celui de l’auteur Benedict Anderson  "Imagined communities" m’ont permis d’avoir une autre interprétation des événements. Être confrontée à différentes analyses était quelque chose d’incroyable pour moi et une grande découverte. J’ai pris conscience que durant cette période des indonésiens étaient devenus invisibles.

A mon retour du Canada, je me suis arrêtée à Paris et suis allée déjeuner au restaurant Indonesia rue de Vaugirard. J’y ai rencontré d'anciens journalistes indonésiens exilés politiques qui avaient ouvert ce restaurant coopérative afin de pourvoir avoir un revenu en France. Ils m’ont raconté leurs parcours et c’est tout un pan de l’histoire de mon pays que j’ai découvert. 

Petit à petit, j’ai accumulé de nombreuses informations sur cette période, j’ai interrogé les anciens prisonniers politiques qui avaient été exilés sur l’île de Buru aux Moluques, j’ai rencontré leurs descendants. Mon roman se passe entre Paris et l’Indonésie, j’ai visionné de nombreux documentaires de l’époque qui était d’ailleurs archivés à l’Alliance Française  à Jakarta afin de m’inspirer de l’ambiance autant pour les scènes de rues que pour les personnages. J’ai visité par deux fois la Sorbonne à Paris afin de connaître et pouvoir décrire les lieux car mon personnage de Lintang y fait ses études de cinématographie. Une amie m’a envoyé un livre de photos de mai 1968 qui m’a beaucoup aidée à retranscrire l’atmosphère parisienne de ce mois si particulier.

De qui vous êtes vous inspiré pour écrire le caractère de vos personnages ?

Pour Dimas je me suis inspirée de Umar Said journaliste exilé politique à Paris et qui a fondé le restaurant Indonesia. Dans la vraie vie, Umar n’était pas un bon cuisinier, il avait dû embaucher un jeune cuisinier indonésien. J’ai voulu que Dimas soit un cordon bleu. Beaucoup de scènes de mon livre se déroulent dans ce restaurant car c’est un endroit où les indonésiens exilés se retrouvent et échangent. Et comment ne pas bien échanger autour de plats rappelant  L’Indonésie et ses saveurs épicées.

Pour Lintang, la fille de Demas je me suis inspirée d’une amie Mariana dont le père est français, la mère indonésienne et qui a fait ses études à La Sorbonne.

Quand vous intervenez auprès des élèves du lycée français quelles sont leurs questions?

Je dois dire que c’est toujours un moment émouvant, les élèves ont beaucoup d’intérêt pour la littérature. Ils m’interrogent en premier lieu sur mon processus d’écriture puis vient la partie historique et la question: mais vous n’avez eu peur de publier un roman avec en toile de fond l’assassinat de six généraux indonésiens?  Avec la condamnation du parti communiste qui s’en est suivie et qui a fait de nombreux morts ?

Le hasard du calendrier a voulu que mon livre sorte en décembre 2012. Il est arrivé 3 mois après le film de Joshua Oppenheimer  "The act of killing" qui raconte cette période floue de l’Indonésie et dans lequel des anciens bourreaux sont interviewés. Le magazine Tempo venait également de publier un spécial 1965. Je pense que ces deux événements avaient ouvert la voie. Et ils ont permis à mon livre de recevoir une bonne critique. Par contre si Le retour était publié aujourd’hui je ne sais pas s’il serait aussi bien reçu…

Vous venez de sortie un nouveau livre «  Laut Bercerita », de quoi parle-t-il ?

Mon dernier roman s’inspire des faits qui se sont passés en 1998: 23 étudiants ont été enlevés suite aux mouvements dans les universités et qui ont entraîné la chute du président Suharto. Neufs d’entre eux ont été libérés, les autres, personne ne sait ce qu’ils sont devenus. Aujourd’hui encore tous les jeudis les mères de ces disparus manifestent devant le palais présidentiel …

La présentation de mon livre a été faite le 12 décembre, elle a été suivie d’un film de 30 mn. J’ai choisi de le faire à l’Institut Français car j’aime beaucoup l’endroit et qu’il y a une très belle salle de cinéma.

Ce roman sera traduit en anglais début 2018, j’espère qu’il le sera bientôt en français.

Roman Le retour de Leila Chidori

Le roman "le retour " est disponible aux éditions Pasar Malam en France. Il est distribué  en anglais dans toutes les librairies en Indonésie sous le titre « Home ».

 

Valerie Pivon

Valérie Pivon

Expatriée depuis plus de 20 ans en Asie dont 14 ans en Indonésie, guide au musée national de Jakarta. C'est avec plaisir que je partage avec les lecteurs du Petitjournal.com ma passion pour l'archipel indonésien.
0 Commentaire (s)Réagir

Vivre à Jakarta

VIE PRATIQUE

Comment trouver un logement à Jakarta ?

Fraîchement arrivés dans votre nouvelle ville d’adoption, trouver le logement idéal dans lequel vous passerez les prochains mois ou les prochaines années devient votre priorité. Trucs à savoir.