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Le Français qui facilite la collecte des taxes en Indonésie

Par Lucie Pech | Publié le 31/10/2017 à 00:10 | Mis à jour le 31/10/2017 à 00:10
Charles Guinot_startup_jakarta_onlinepajak

Arrivé en 2011 en Indonésie pour ouvrir un bureau pour son employeur Farinia Group, Charles Guinot s’est rapidement frotté à la complexité du système fiscal indonésien. Beaucoup auraient baissé les bras, lui a créé un logiciel pour faciliter le paiement et la collecte des taxes qui est aujourd’hui utilisé par pas moins de 60.000 entreprises. 

Charles nous donne rendez-vous au café au pied de l’immeuble qui abrite ses bureaux. Ponctuel et détendu, il nous explique simplement et en toute modestie les débuts de OnlinePajak, la start-up qu’il a officiellement lancée en septembre 2015 et qui compte aujourd’hui déjà 50 employés. Il a raconté cette histoire de nombreuses fois mais on perçoit à son air réjoui qu’il s’en amuse encore. Avouez qu’il fallait y penser : créer l’équivalent de impôts.gouv en Indonésie, pays reconnu pour la complexité et parfois l’opacité de son administration qui effraie toujours les étrangers quand ils posent le pied sur le sol indonésien. 

Diplômé de l’Université de Technologie de Compiègne, il travaille d’abord en Chine pour Farinia Group une entreprise spécialisée dans la transformation des matériaux, puis 2 ans au siège à Paris. Son goût pour l’étranger - et l'Asie en particulier - le pousse à accepter un poste en Indonésie, toujours pour Farinia, où il débarque seul, à Yogjakarta, en décembre 2011. Le matin, il se consacre à  l’apprentissage du bahasa indonésien à l’université et l’après-midi il se bat pour comprendre comment ouvrir officiellement un bureau de représentation. Il réalise rapidement qu’il doit rémunérer un comptable plus un consultant en taxes, soit 2 salaires, alors qu’il n’a pas encore conclu la moindre vente. Il faut savoir qu’il existe 15 sortes de taxes différentes dont doivent s’acquitter mensuellement les entreprise en Indonésie. Charles essaie vainement d’acquérir un logiciel susceptible de faciliter les procédures en interne mais, ne trouvant rien, il décide de le créer lui-même. Entre la bonne idée et le lancement de OnlinePajak il aura quand même fallu patienter 3 ans pour obtenir les licences officielles.

Les plus grandes entreprises indonésiennes utilisatrices du software d'OnlinePajak

Le business model est original car Charles tient dès le départ à créer une entreprise sociale : “il est difficile de facturer le contribuable et de faire payer le gouvernement” nous explique-t-il. Le logiciel d’OnlinePajak est donc téléchargeable gratuitement, il permet de calculer les taxes, de préparer les documents et même d’effectuer le paiement en ligne.  Sont ensuite proposés aux entreprises des services premium complémentaires comme l’établissement des fiches de paie ou des factures qui eux sont payants. 5.000 nouvelles sociétés par mois utilisent le logiciel, ce qui porte aujourd’hui le nombre d’utilisateurs à 300.000 pour un total de 60.000 entreprises. Telkomsel, Gojek, Tokopedia et récemment Garuda font partie des clients de la start-up qui monte. L’objectif affiché et en passe d’être réalisé est de collecter 30 trillions de Rupiah soit 3% du budget de l’État à fin 2017.

Alors on ose la question que tout le monde se pose : comment un Français peut-il se mêler des affaires de l’État indonésien. Charles ne voit pas le problème : “Tout d’abord je ne dépends pas du gouvernement et puis il faut arrêter de toujours avoir peur de l’administration. Les hauts fonctionnaires, tout comme les ministres, sont très abordables. Contrairement à la France, on peut très bien rentrer en contact avec un ministre par Whatsapp. Et tout est tellement décentralisé qu’il y a toujours moyen de trouver quelqu’un à convaincre. De plus il n’y a jamais de non ni de oui fermes, tout est négociable. Il faut savoir jouer du désordre.”

En résumé pour réussir un business en Indonésie il faut être endurant, adaptable et aimer les contraintes administratives. “En France les gens sont focalisés sur leur business et la concurrence est rude, ici le problème ce ne sont pas les concurrents mais l’administration” conclut-il sereinement. 

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Lucie pech

Lucie Pech

De Casablanca à Jakarta en passant par Alger, Istanbul, Phnom Penh, Colombo ou Nairobi, l’expatriation est ma 2e nature. Passionnée de voyages et de rencontres. J'aime partager mes découvertes sur notre gigantesque et trépidante ville de Jakarta
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