La guerre en Iran et la crise du détroit d’Ormuz ont provoqué l’un des plus graves chocs énergétiques récents faisant bondir les prix du pétrole au-delà de 100 dollars le baril. Un choc qui se fait ressentir en Indonésie, pays producteur de pétrole mais qui doit importer plus de 50 % de ses besoins. L’archipel n’est pas encore en pénurie mais les impacts sont nombreux : hausse des coûts, tensions budgétaires et risques sur les approvisionnements. Face à cette situation, le gouvernement a décidé de préserver le consommateur en n’augmentant pas le prix à la pompe de l’essence massivement subventionnée mais en limitant les achats à 50 litres par jour pour les véhicules légers. Le prix des billets d’avion pourrait être prochainement impacté, le kérosène ayant augmenté de 70 % depuis le début de la guerre.


L’Indonésie produit du pétrole… mais reste dépendante
L’Indonésie est un pays producteur de pétrole et a longtemps été membre de l'OPEP, avant de quitter l'organisation en 2009 faute de pouvoir honorer ses quotas d'exportation. Le pays produit aujourd'hui moins de 700 000 barils par jour, alors qu'il en consomme environ 1,5 million. Plus de 50 % de sa consommation doit donc être importée faisant de l’Indonésie un pays très exposé aux chocs énergétiques. Jusqu’à aujourd’hui, 25 % du pétrole brut provenait du Moyen-Orient. Avec la guerre en Iran, l’approvisionnement est sérieusement perturbé et plusieurs tankers à destination de l’Indonésie ont été bloqués dans le détroit. Le gouvernement a dû négocier leur libération par voie diplomatique et décidé de réorienter ses achats vers les États-Unis et l’Asie.
Pas de pénurie pour le moment mais des réserves très limitées
Le pays n’est pas en situation de pénurie pour le moment mais la situation des réserves nationales est alarmante. Le ministère de l'Énergie et des Ressources minérales a révélé que les stocks actuels de carburant ne couvrent qu'une fenêtre de consommation de 20 à 25 jours, bien en deçà de la réserve de 90 jours recommandée pour les membres de l'Agence internationale de l’énergie. La situation est donc tendue et a déjà déclenché des achats de panique dans les provinces d'Aceh, de Sumatra du Nord et de Riau selon le Jakarta Post mais la traditionnelle transhumance de Mudik n’a pas été affectée.
Une explosion des coûts pour l’État mais un coût à la pompe inchangé pour l’instant.
Pour le moment, le principal effet de la crise est budgétaire. L’Indonésie subventionnant fortement les carburants (environ 30 % par litre) chaque hausse du prix du pétrole alourdit la facture publique. Le budget 2026 avait été élaboré sur l'hypothèse d'un baril à 70 dollars alors qu’il dépasse aujourd’hui 100 dollars et flirte régulièrement avec les 120. Or la banque publique Mandiri estime que chaque dollar supplémentaire par baril engendre environ 10 300 milliards de roupies (608 millions de dollars) de coûts supplémentaires en subventions et compensations. Le prix à la pompe du Pertalite (essence courante utilisée par les deux roues et les voitures des particuliers) reste donc inchangé à 10 000 rupiahs le litre et le Solar à 6800 rupiahs. La question est de savoir jusqu’à quand ce blocage des prix sera possible sans mettre en péril le budget de l’État.
Des mesures pour limiter les répercussions budgétaires dont le rationnement
Pour limiter les répercussions budgétaires le gouvernement a décidé de mettre en place un jour de télétravail pour les fonctionnaires afin de limiter leurs déplacements et réfléchit à des coupes dans certains budgets.
Par ailleurs, un rationnement des carburants subventionnés a été établi. Depuis le 1er avril 2026, un décret limite les achats de Pertalite et de Solar à 50 litres par jour et par véhicule à quatre roues. Pour le Solar, les transports publics à quatre roues peuvent se voir allouer jusqu'à 80 litres, et les véhicules de six roues ou plus, jusqu'à 200 litres. Selon le journal Tempo, les stations-service Pertamina sont désormais tenues d'enregistrer les plaques d'immatriculation de chaque véhicule, via le système de code-barres MyPertamina.
Le kérosène a augmenté de 70 % en Indonésie
Du côté de l’aviation, les passagers pourraient prochainement subir une augmentation du prix des billets si l’augmentation du kérosène était répercutée par les compagnies aériennes locales. L’Indonesia National Air Carriers Association (INACA) a renouvelé son appel à augmenter la surcharge carburant et le plafond des tarifs aériens (TBA), à la suite de la décision du géant public de l’énergie Pertamina d’augmenter les prix du carburant aviation domestique à partir du 1er avril, en moyenne de 70 % par rapport au mois précédent.
En conclusion, si l’Indonésie n’est pas en pénurie d’essence immédiate, elle est fortement fragilisée par la guerre en Iran. Entre dépendance énergétique et explosion des coûts, le gouvernement indonésien va devoir faire des arbitrages politiques délicats et repenser sa politique énergétique dans le long terme pour être moins dépendante des énergies fossiles.
Sur le même sujet







