Le 30 avril 2026, le gouverneur de Jakarta Pramono Anung a signé un texte rendant obligatoire le tri et le traitement des déchets à domicile. Désormais chaque foyer et chaque entreprise sont censés trier leurs déchets en quatre catégories : organiques, recyclables, dangereux et résidus. Objectif : désengorger la principale décharge de Jakarta (Bantar Gebang à Bekasi) et initier une gestion rationnelle et durable des déchets d’une ville qui se noie sous les poubelles avec près de 8000 tonnes produites chaque jour. Une intention louable mais difficile à mettre en place car les infrastructures de gestion des ordures sont quasi inexistantes.


Un drame qui a secoué Jakarta, une capitale noyée sous les ordures
Le 8 mars 2026, un glissement de terrain sur le site de Bantar Gebang, la principale décharge à ciel ouvert de Jakarta située à Bekasi, entraîne la mort de sept pemulung (éboueurs) et rappelle l’urgence de s’attaquer à la crise des ordures de la ville. Jakarta produit chaque jour près de 8000 tonnes de déchets qui finissent en grande majorité à Bantar Gebang l’une des plus grandes décharges du monde avec ses 55 millions de tonnes d’ordures accumulées. Un problème environnemental et de santé publique majeur connu de longue date qui ne fait pourtant pas l’objet d’action publique réelle.
Jakarta ne dispose pas de service public de ramassage des ordures. Chaque quartier, chaque compound doit organiser sa propre collecte en payant chaque mois des éboueurs privés qui viennent avec des charrettes ou des camions ramasser nos ordures. Ces dernières ne sont pas triées et sont déposées dans des points de stockage avant d’être transportées cette fois-ci par des camions de la Direction de l’Environnement à Bantar Gebang. Seule une partie des bouteilles en plastique est récupérée de façon informelle par les éboueurs qui les revendent pour environ 5000 rupiahs le kilo à des filière de recyclage.
Un texte qui oblige à trier ses déchets en quatre catégories
Le texte signé le 30 avril 2026 oblige les particuliers, les entreprises et les marchés de Jakarta à trier leurs déchets en quatre catégories sous peine de sanction. Les déchets organiques (vert) comme les restes de cuisine, peaux de fruits, feuilles, doivent être traités par compostage. Les déchets inorganiques (jaune) comme le papier, plastique, métal, verre doivent être orientés vers les banques de déchets pour recyclage. Les déchets dangereux et toxiques, dits B3 (rouge), comme les piles et les ampoules, doivent rejoindre des points de collecte spécialisés. Les résidus (gris) constituent le seul flux encore autorisé à partir vers Bantar Gebang.
Une obligation de bon sens sauf que les infrastructures pour la gestion de ces déchets triés sont quasi inexistantes. Tout d’abord, il n’existe pas de poubelles différenciées au niveau des foyers et des entreprises pour faire le tri. Si vous triez vos déchets, les éboueurs les remélangeront immédiatement dans la benne de leur camion. Il n’existe pas à grande échelle de lieux pour faire du compostage de matière organique et les lieux de collecte des déchets recyclables sont rares. Il existe bien des « banques de déchets » (bank sampah) qui rachètent nos déchets recyclables mais leur nombre est bien insuffisant. Le secteur privé commence à investir le marché du recyclage comme nous l’avons récemment vu avec l’entreprise Noovoleum mais il reste confidentiel et sa rentabilité reste à démontrer.
Pourtant le potentiel est immense. Selon une étude les déchets de Jakarta sont composés à près de 50 % par des déchets organiques, 23 % du plastique, 17 % du papier. À l'échelle nationale, le taux effectif de traitement des déchets ne dépasse pas 9 à 10 %.
Un texte qui suscite de nombreuses critiques, une échéance à très court terme
Le texte publié a suscité de nombreuses critiques de la part d’acteurs associatifs, citoyens ou politiques. On lui reproche de faire porter la responsabilité de ces enjeux aux citoyens sans s’attaquer aux producteurs de déchets notamment les industriels. D’autres soulignent les inégalités sociales soulevées par cette décision. En effet, dans les kampungs, où plusieurs familles vivent dans de petits logements, conserver différentes catégories de déchets peut s’avérer difficile, surtout sous un climat chaud et humide.
WALHI, l’une des principales ONG environnementale indonésienne, a rappelé de son côté que plusieurs textes sur le tri existaient déjà. Le vrai problème est leur application. Enfin, pour ce qui est des solutions à large échelle envisagées, comme les incinérateurs de déchets pour leur transformation en électricité, de nombreux spécialistes soulèvent les dangers qu’ils peuvent représenter pour les populations vivant à proximité des incinérateurs. Notamment avec les risques liés aux émanations toxiques des combustions.
On le voit le problème reste immense tant au niveau des infrastructures que de la mise en place de cette réglementation. Par ailleurs, les sanctions seront-elles véritablement appliquées et sur quel constat ? Beaucoup de questions en suspend. Pourtant l’échéance est imminente. À partir du 1er août 2026, Bantar Gebang ne devra plus recevoir que des résidus !
Pour trouver une banque de déchets près de chez vous, consultez cette carte.
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