Né à Surabaya, en Indonésie, et aujourd’hui installé à Marseille, Dandy Diwangkara est un artiste dont le parcours traverse les disciplines et les continents. Formé à la prestigieuse Rambert School of Ballet and Contemporary Dance à Londres, il s’est d’abord fait connaître comme danseur et chorégraphe sur des scènes telles que le Linbury theater, Royal Ballet & Opera ou l’English National Opera. Mais pour cet artiste pluridisciplinaire, le mouvement ne s’arrête pas à la scène. Photographie, dessin et œuvres délicates en papier prolongent aujourd’hui sa recherche artistique.


Vous êtes né à Surabaya et avez grandi à Jakarta avant de vivre à Singapour, puis longtemps à Londres, et aujourd’hui à Marseille. Comment ce parcours international a-t-il façonné votre identité artistique ?
Je suis né à Surabaya et, à l’âge de trois ans, mes parents ont déménagé à Jakarta. J’ai grandi dans cette mégalopole où j’ai également poursuivi des études de management hôtelier à l’université Trisakti. Après un passage à Singapour, je me suis installé à Londres, où j’ai vécu pendant près de vingt ans et développé une carrière de danseur et de chorégraphe. Au fil du temps, j’ai élargi ma pratique artistique en explorant d’autres formes d'expression, notamment la photographie et le dessin.
Ma pratique artistique est profondément nourrie par la danse. Elle s’appuie sur la répétition et la rigueur que j’ai apprises au fil des années comme danseur et chorégraphe. Les lignes, les jeux d’ombre et le rythme visuel que l’on retrouve dans mes œuvres trouvent leur origine dans cette expérience. Cette discipline continue aujourd’hui d’influencer ma manière de créer et de penser l’espace.
Gardez-vous des souvenirs ou des influences particulières de votre enfance en Indonésie qui se retrouvent aujourd’hui dans votre travail ?
Oui, bien sûr. Les couleurs, les épices, la richesse visuelle de l’Indonésie ont marqué mon imaginaire. Aujourd’hui, par contraste, je travaille beaucoup avec le noir, mais ces souvenirs restent présents dans ma sensibilité artistique.
Votre vie a été marquée par de nombreux déplacements. Diriez-vous que la migration est devenue un thème central dans votre œuvre ?
Oui, absolument. Cette nouvelle exposition réalisée avec du papier est d’ailleurs liée à tout ce qui est administratif dans nos vies : certificat de naissance, diplômes, documents officiels… Tous ces papiers qui, finalement, déterminent souvent où l’on peut vivre ou se déplacer.
Aujourd’hui, comment vous définissez-vous : artiste indonésien, artiste international, ou quelque chose entre les deux ?
Je dirais entre les deux. Mon travail est influencé par les différents pays où j’ai vécu. Chacun d’eux a laissé une trace dans ma manière de voir le monde et de créer.
Votre formation initiale est la danse à la Rambert School of Ballet and Contemporary Dance à Londres. Comment la danse influence-t-elle votre manière de créer des œuvres visuelles ?
La danse reste au cœur de ma manière de créer. Elle m’a appris la discipline et la répétition. Même lorsque je travaille sur des œuvres visuelles, il y a toujours cette notion de mouvement. Et je travaille presque toujours en musique : cela m’aide à garder un rythme dans le processus de création.
Dans votre travail, on retrouve souvent les notions de texture, d’ombre et de répétition. Que représentent-elles pour vous ?
J’aime particulièrement travailler le papier et explorer à travers lui les différentes facettes de l’identité. Les textures et les ombres permettent de créer une profondeur, presque comme une trace de mouvement.
Vous évoquez la bureaucratie et les documents d’identité dans vos œuvres. Qu’est-ce qui vous a poussé à explorer ce sujet ?
En tant qu’immigré, les documents administratifs prennent une importance énorme dans la vie. Ils peuvent déterminer notre mobilité, notre statut, notre appartenance. C’est un sujet qui me touche personnellement.

Le papier est à la fois fragile et porteur d’autorité. Qu’est-ce que cette dualité vous inspire ?
C’est justement ce paradoxe qui m’intéresse. Un simple morceau de papier peut sembler fragile, mais il peut aussi décider de choses très importantes dans une vie.
Que signifie pour vous exposer votre travail à Paris, dans un lieu comme le café Le Maung ?
Après mon long séjour à Londres, où je connaissais finalement très peu de personnes de la communauté indonésienne, j’ai découvert le café Le Maung à Paris. Situé près de la rue Montorgueil, ce café indonésien met à l’honneur les cafés de spécialité de l’archipel dans une atmosphère chaleureuse et conviviale.
Très vite, j’ai compris que ce lieu était bien plus qu’un simple café : c’est un véritable point de rencontre pour la communauté indonésienne à Paris, mais aussi pour les curieux qui souhaitent découvrir la culture indonésienne et les amateurs de café. Des événements culturels et des expositions artistiques y sont régulièrement organisés.
Au Maung, j’ai rencontré une communauté ouverte et dynamique. Cela m’a permis de redécouvrir mes racines et de les partager avec eux.
Y a-t-il un message particulier que vous aimeriez transmettre au public qui découvrira votre travail ?
J’aimerais inviter chacun à réfléchir à la question de l’identité : qui nous sommes, d’où nous venons, et comment nous nous adaptons aux différentes situations de la vie. Il est important de ne pas oublier ses racines tout en continuant à évoluer.
Que souhaitez-vous que les visiteurs ressentent en regardant vos œuvres ?
J’espère qu’ils se poseront des questions. Sur leur identité, leur parcours, et sur la manière dont nos vies sont parfois façonnées par des choses aussi simples qu’un document ou un déplacement.
Venez découvrir les œuvres de Dandy Diwangkara du 2 avril au 14 mai 2026 au café Le Maung, 51 rue de Greneta, 75002 Paris.

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