En 2026, l’Indonésie rejoint le réseau international du Choix Goncourt, dispositif qui réunit 51 pays autour de la littérature francophone contemporaine. Treize étudiants indonésiens issus de sept universités ont été désignés pour former le tout premier jury national. Leur mission : lire, débattre et sélectionner une œuvre parmi les finalistes du prestigieux Prix Goncourt 2025. Afin de marquer le lancement de cette nouvelle étape dans les relations culturelles entre la France et l’Indonésie, Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, est en visite dans l’archipel pour une semaine. Première étape à l’IFI de Jakarta pour une discussion passionnante avec les membres du jury.


Un café littéraire avec des étudiants indonésiens en littérature française et Philippe Claudel
Ils s’étaient donnés rendez-vous au Café d’Aurélie à l’IFI ce mardi 12 mai pour un café littéraire passionnant. Philippe Claudel, président de l’Académie Goncourt, écrivain, réalisateur accompagné de Karina Hocine, éditrice et secrétaire générale des éditions Gallimard, tout juste arrivés de France ont rencontré une partie des treize étudiants indonésiens membres du jury du premier Choix Goncourt d’Indonésie. Créé en 1998 en Pologne, Choix Goncourt est une déclinaison internationale et participative du Prix Goncourt, distincte du prix principal décerné chaque novembre par les dix académiciens. Désormais, 51 pays font partie de ce réseau international visant plus largement à promouvoir la littérature française et susciter un dialogue littéraire interculturel.
Le principe : des jurys d'étudiants ou de lycéens à l'étranger lisent la sélection finale du Goncourt et désignent leur propre lauréat, indépendamment du choix de l’Académie. Cette année, quatre ouvrages sont sélectionnés : « La nuit au coeur » de Nathacha Appanah qui aborde brillamment le phénomène des féminicides. « Kolkhoze » d’Emmanuel Carrère qui revient sur l’histoire de sa famille sur quatre générations avec sa mère au centre du récit. « Le Bel Obscur » de Caroline Lamarche qui met en scène une femme tentant d'élucider le destin d'un ancêtre banni par sa famille. Une femme qui reprend l'histoire de sa propre vie dans cette quête poignante. Enfin, « La maison vide » de Laurent Mauvignier (prix Goncourt 2025) qui raconte l’histoire de sa maison familiale sur quatre générations.
Il n’y a pas de critères, c’est juste le plaisir, l’intérêt, la passion que vous aurez eu à lire ».
Après avoir rappelé l’histoire du prestigieux prix Goncourt, Philippe Claudel a échangé avec les sept étudiantes présentes ce mardi. Issues des universités de Bandung, Jakarta ou Medan, elles se destinent à la recherche ou l’enseignement de langue et de la littérature française. A la question de savoir comment faire son choix, avec quels critères, Philippe Claudel a souligné, déclenchant l’hilarité générale, « que c’était très simple ! Il n’y a pas de critères » avant d’ajouter que « c’est juste le plaisir, l’intérêt, la passion que vous aurez eu à lire ».
La langue française est d'une grande diversité
L’écrivain auteur de succès littéraires comme « Le rapport de Brodeck » (prix Goncourt des Lycéens, 2007) ou réalisateur de films salués par la critique comme "Il y a longtemps que je t'aime" avec Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein, a rappelé aux étudiantes qu’il était intéressant de confronter leurs points de vue comme les jurys de l’Académie Goncourt le font chaque année. « Je peux vous dire que les discussions sont parfois musclées ! ». Philippe Claudel a tenu également à préciser qu’il était particulièrement sensible à l’utilisation de la langue française dans les livres qu’il lisait et que de ce point de vue le français était d’une grande richesse notamment du fait de sa présence partout dans le monde. Il a par ailleurs insisté sur la richesse de la littérature française grâce à la grande diversité des maisons d’édition, du grand nombre de librairies et de médias qui permettent toutes les expressions.
Émouvant et important d'échanger avec des étudiants indonésiens
Le président de l’Académie Goncourt a enfin tenu à dire à quel point il était important et émouvant de pouvoir échanger avec de jeunes étudiantes d’un pays si vaste et à la population si nombreuse que l’Indonésie. En précisant avoir lu récemment « Sato l’impie » de la grande autrice indonésienne Eka Kurniawan et avoir été marqué par la série Gadis Kretek.
Inévitablement, la discussion s’est portée au bout d’un moment sur les réseaux sociaux et l’Intelligence artificielle et leur rôle positif ou négatif sur la littérature. Philippe Claudel et Karina Hocine ont reconnu qu’il ne pouvait pas les esquiver, qu’il devait faire avec pour le meilleur et pour le pire. Philippe Claudel restant optimiste sur le fait que selon lui l’IA pourrait difficilement créer une oeuvre littéraire.
Au-delà de la dimension littéraire, l’initiative traduit une volonté commune de renforcer les échanges intellectuels et artistiques entre les deux pays, en donnant un rôle central à la jeunesse. Le lancement du Choix Goncourt de l’Indonésie s’inscrit dans la continuité du programme « Ayo Baca ! » (« Allez lire ! »), mis en place l’an dernier par l’Ambassade de France et l’Institut français d’Indonésie (IFI) pour promouvoir la lecture et la traduction.
La visite en Indonésie de Philippe Claudel se poursuivra par des rencontres avec la scène littéraire indonésienne et à Makassar à l’occasion du Makassar International Writers Festival.
À travers ces rencontres, les organisateurs souhaitent ouvrir une réflexion sur la circulation des œuvres entre littérature et image animée, alors que l’Indonésie cherche à renforcer son écosystème culturel et audiovisuel. contemporains.
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