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Quartiers d’Istanbul : Zeyrek, entre marchés populaires et monuments impériaux

Le quartier de Zeyrek, à Fatih, abrite des monuments historiques insignes mais compte aussi parmi les lieux les plus conservateurs de la ville d’Istanbul. Une promenade à pied dans ses ruelles vous procurera un dépaysement certain…

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Écrit par Gisèle Durero-Köseoglu
Publié le 27 novembre 2023, mis à jour le 20 janvier 2024

Admirer l’architecture de la mosquée de Zeyrek

La mosquée de Zeyrek ou "Zeyrek Cami", ancien monastère du Christ Pantocrator édifié au XIIe siècle par Jean Comnènes et son épouse Irène, comportait, chez les Byzantins, trois églises qui ont abrité la sépulture de plusieurs empereurs et dignitaires des Comnènes et des Paléologues.  

 

Vue de intérieur de Zeyrek

 

Pillé en 1204 par les soldats de la quatrième croisade, l’ensemble fut privé de ses célèbres reliques qui furent emportées à Saint-Marc de Venise. Après la conquête de Constantinople, l’édifice fut transformé en medersa où enseignaient des savants dirigés par Molla Zeyrek, ce qui lui valut son nom actuel. Cette magnifique construction, plusieurs fois reconstruite, en particulier après le grand séisme de 1766, a été entièrement restaurée entre 2009 et 2017 et même si elle a subi des changements, elle constitue encore l’un des plus beaux témoignages de l’architecture byzantine. En contrebas se situe une immense citerne presque dans son état d’origine, que l’on peut parfois découvrir lors d’une visite organisée avec un(e) guide. 

 

citerne zeyrek

 

Juste en face de la mosquée se déploie la terrasse du café-restaurant, "Zeyrekhane", qui offre une vue imprenable sur la Corne d’Or et la mosquée de Soliman.

 

Zeyrekhane

 

Le quartier comporte aussi des maisons ottomanes répertoriées parmi les plus anciennes de la ville ; certaines ont été restaurées mais semblent peu habitées ; d’autres, malheureusement victimes de l’incurie, ne sont plus que des ruines brinquebalantes. Mais la plupart dégagent un grand charme…

 

Maison ancienne à Zeyrek

 

Faire des emplettes originales au Marché des Femmes

Tout près de l’Aqueduc de Valens se trouve la place appelée le  "Marché des Femmes" ou "Kadınlar Pazarı", qui tire probablement son nom d’un ancien marché aux esclaves (après plusieurs décrets successifs le restreignant à partir de 1830, l’esclavage fut aboli dans l’Empire ottoman en 1890). Suite à un immense incendie en 1908, fut créée la place actuelle où tous les vendredis, des femmes venaient vendre leurs productions, puis, à partir de 1950, l’endroit se peupla d’émigrés de l’Est du pays. Aujourd’hui, il s’agit d’une esplanade très vivante, bordée de magasins de nourriture, de cafés et restaurants où vous pourrez déguster les spécialités de Van et de Siirt, la plupart des boutiques étant tenues par des gens originaires de ces villes. En 2015, le supplément « Voyages » du New York Times l’avait classée parmi les dix lieux d’Europe à ne pas manquer !

 

Place du Marché des femmes

 

L’endroit est assez surprenant : la viande y est vendue "en gros", si bien que des étalages de carcasses pendues à des crochets ou des pyramides de têtes de moutons s’offrent à vos yeux ; ou des fromages de toutes sortes, généralement très salés, baignant dans la saumure.

 

Fromages traditionnels

 

Cependant, on peut y acheter du thé, du miel "Pervari" de Siirt, réputé pour sa finesse, et toutes sortes de confiseries dont l’une appelée "Muska", constituée d’une enveloppe de pâte de raisin fourrée à la pistache ; ainsi qu’un savon biologique nommé  "Bittim sabunu", fabriqué avec de l’huile de pistachier térébinthe ; et, au printemps, des plantes sauvages venues des montagnes de Siirt, en particulier des feuilles d’asphodèle ramifié, qui sont délicieuses cuisinées comme des épinards (mais dont on peut se demander si ce n’est pas une aberration écologique de les ramasser pour les manger)… Quant au plat phare des restaurants du lieu, c’est le "Büryan Kebab", un plat de viande de mouton cuite dans un four enfoui dans le sol…

 

Produits du Marché des Femmes

 

Boire un pot sur la place de l’ancien Marché aux Chevaux

Marché aux chevaux chez les Ottomans, la place nommée "At Pazari", restaurée il y a quelques années, comporte une multitude de cafés, cafés-librairies et petits troquets, dont la particularité est de constituer un lieu de promenade pour la jeunesse de Fatih. Les jeunes filles à foulard viennent y fumer le narguilé avec leurs copines. La place est reconnaissable à sa statue de cheval rappelant son ancienne fonction.

 

Le cheval symbole du Marché aux Chevaux

 

Voir la "Niké " ailée de la colonne de Marcien

La Colonne de Marcien est appelée en turc "Kıztaşı" ou "Colonne de la fille", par référence au bas-relief de Niké, la déesse de la victoire ailée, qui orne son piédestal. Façonnée en granit et en marbre, elle est coiffée d’un chapiteau corinthien. L’inscription est encore lisible aujourd’hui : "Ceci est le monument de l’empereur Marcien réalisé par Tatianus." La statue en bronze du souverain qui la surmontait, emportée lors de la quatrième croisade, se trouve aujourd’hui à Bari, en Italie, sous la dénomination de "Colosse de Barletta". 

 

Niké

 

Marcher dans les jardins de la mosquée de Fatih

Avant la conquête de la ville par Mehmet II, la quatrième colline était connue pour la basilique des Saints-Apôtres, construite en 550, la plus importante église byzantine après Sainte-Sophie, qui avait servi de modèle à Saint-Marc de Venise. Elle abritait des reliques célèbres et fut utilisée comme nécropole impériale pendant plusieurs siècles. On peut encore admirer certains de ses sarcophages de porphyre rouge à l’entrée du Musée archéologique d’Istanbul. Comme elle était très endommagée au XVe siècle, c’est sur ses restes que l’architecte Christodoulos, connu sous le nom de "Atik Sinan", édifia la mosquée impériale de Fatih ou Mosquée du Conquérant, entourée de jardins où se trouve le mausolée du sultan, qui avait pris Constantinople à l’âge de 21 ans et s’éteignit vers Gebze, peut-être empoisonné, l’année de ses 49 ans.

 

Fathi

 

Dans le quartier se tient, tous les mercredis, le marché de "Çarşamba",  l’un des plus importants d’Istanbul, bien que peu connu des touristes, avec au moins quatre-mille stands et de nombreux vendeurs ambulants. Il est fameux pour la multitude et la variété de marchandises qu’il expose, en particulier pour ses choix de tissus, de vaisselle et d’ustensiles de cuisine. Bien que les habitants des environs soient parmi les plus traditionnels d’Istanbul, avec la présence de confréries religieuses où les femmes portent le « tcharchaf » noir, aller au marché de "Çarşamba" est devenu un "must" pour les classes huppées de la ville…

 

Articles du marché

 

Découvrir les mosaïques de la mosquée de Fethiye

C’est aussi à "Çarşamba" que se trouve la mosquée de Fethiye, ou "mosquée de la victoire", qui se dresse sur la cinquième colline. Ancienne église byzantine du monastère de Pammakaristos, soit de "la Très Sainte Mère de Dieu", datant du XIIe siècle, elle abrita, de la conquête à 1556, le patriarcat orthodoxe de Fener puis fut convertie en mosquée par le sultan Murad III, qui lui donna son nom actuel.

 

Mosquée de Fethiye

 

Le dôme du "paracclésion" (chapelle latérale dans l’architecture byzantine) comporte des mosaïques datant du XIVe siècle, représentant le Christ et des prophètes de l’Ancien testament ; une "Déisis" (le Christ, la Vierge et Saint-Jean Baptiste) et des archanges ornent l’abside ; cette partie est un musée qui était encore récemment fermé pour restauration.

 

Dôme de Fethiye

 

Ce petit périple vous donnera sans doute l’impression d’être parti en voyage… Alors, bonne promenade…

Rendez-vous le 12 décembre pour un nouveau volet…

 

 

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