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Quartiers d’Istanbul: de Süleymaniye à Vefa, vestiges byzantins & mosquées impériales

Le quartier de Süleymaniye, qui fait partie de l’arrondissement de Fatih, à l’exceptionnelle richesse historique, tire son nom de la fabuleuse mosquée construite au XVIe siècle par l’architecte Sinan pour Soliman le Magnifique. Situé sur la troisième colline, il constituait aussi chez les Ottomans un important centre commercial.

Mosquée de SolimanMosquée de Soliman
Écrit par Gisèle Durero-Köseoglu
Publié le 13 novembre 2023, mis à jour le 20 novembre 2023

Quant à celui de Vefa, il doit son appellation à un cheik du XVe siècle, Vefa Efendi, qui y avait fait édifier sa mosquée. Le plus facile pour se rendre dans le quartier de Süleymaniye est de prendre le métro, de descendre à la station de "Vezneciler" et d’emprunter la sortie "Université d’Istanbul", car il est quasiment impossible de garer une voiture dans les étroites ruelles de cette zone.

Voir les marbres colorés de la mosquée Kalenderhane

Votre première étape pourra être la mosquée de Kalenderhane ou "Kalenderhane Cami" ancienne église de la Theotokos Kyriotissa, qui date du XIIe siècle et fut transformée en mosquée pour les derviches "Kalender" après la conquête de Constantinople, ce qui explique son nom actuel.  Le lieu a conservé ses marbres colorés mais la fresque du Christ antérieure à l’Iconoclasme a été placée au Musée archéologique d’Istanbul.

 

Mosquée Kalenderhane

 

Admirer le lustre de la mosquée de Soliman le Magnifique ou "Süleymaniye Camii" 

Soliman le Magnifique voulait une mosquée qui "éclipse Sainte-Sophie". Ce merveilleux complexe religieux, édifié entre 1551 et 1557 par l’architecte Sinan, domine la Corne d’Or du  haut de la colline. Il comporte non seulement  la mosquée mais aussi une multitude de bâtiments avec une école coranique, un hôpital, des thermes, des magasins, ainsi que les mausolées de Soliman et de son épouse Hürrem, dite "Roxelane".

 

Tombeau de Soliman
Tombeau de Soliman

 

Comme la construction avait été interrompue au bout de trois ans pour laisser le temps aux fondations de se stabiliser, le bruit courut que Soliman n’avait plus d’argent. Alors, le shah de perse Tahmasp lui envoya une cassette de joyaux, mais comme Soliman était brouillé avec lui, la légende prétend qu’il broya les diamants et les fit inclure dans le ciment de l’un des minarets, que l’on surnomma "le minaret aux bijoux" à cause de ses reflets.

 

Mosquée Süleymaniye

 

L’intérieur de la mosquée est d’une exceptionnelle beauté. Son gigantesque lustre de type "polycandelon", constitué de trois cercles de fer décroissants, agrémentés d’œufs d’autruche auxquels les croyances populaires attribuaient la vertu d’éloigner les araignées, recèle un secret de l’architecte Sinan. Pour empêcher la fumée des lampes de salir la coupole, ce dernier avait conçu un ingénieux système de ventilation fait de quatre ouvertures rectangulaires percées dans le plafond, au-dessus d’une alcôve surmontant la porte d’entrée ; au passage, la poudre de la fumée se déposait sur les murs de cette "pièce de la suie" ; on la grattait ensuite pour fabriquer une précieuse encre que l’on envoyait à la Mecque avec les caravanes de pèlerinage. Au retour, cette "encre de la suie" servait à écrire des versets du Coran, des firmans impériaux ou à réaliser des enluminures…

 

Lustre de la mosquée de Soliman

 

Flâner dans le quartier autour de la mosquée permet de découvrir de typiques venelles possédant encore une multitude d’habitations vernaculaires en bois et à encorbellement… Toute la zone est d’ailleurs classée sur la Liste du Patrimoine mondial de l’Unesco.

Déguster des haricots blancs sur du pilaf dans les troquets devant la mosquée

Les petits restaurants placés devant l’entrée de la mosquée se sont fait une spécialité : le fameux classique turc "pilav üstü kuru" ou "kuru-pilav" soit des haricots blancs servis sur du riz pilaf, qui ont la réputation d’être parmi les meilleurs de la ville et servis à prix modique…

 

Pilav üstü kuru

 

Découvrir le tombeau de l’architecte Sinan et prendre un pot au Café Sinan

Non loin de la mosquée se situe le tombeau de l’architecte Sinan ou "Mimar Sinan" (vers 1490 /1588), le plus illustre des architectes ottomans, qui est le symbole de l’architecture classique ottomane. Issu des minoritaires de Kayseri, il fut intégré au palais par la coutume du "Devchirme" (enrôlement d’enfants chrétiens destinés à servir le sultan) et devint d’abord, grâce à ses dons, ingénieur dans le génie militaire en édifiant des ponts, des routes et des fortifications. Après avoir participé à de nombreuses campagnes, à la cinquantaine, il se mit à bâtir des mosquées et d’autres édifices publics.

Ses chefs-d’œuvre les plus connus sont la mosquée de Soliman, celles de Rüstem Pacha et d’Atik Valide, la grande mosquée du sultan Selim à Edirne et celle de Sokullu Mehmet Pacha mais on lui attribue une multitude d’autres constructions. Le plus extraordinaire est que son génie grandit au fil des ans puisqu’il mourut presque centenaire, sans jamais cesser d’avoir créé !

 

Tombeau de l'architecte Sinan

 

Si vous voulez admirer un exceptionnel panorama sur l’entrée de la Corne d’Or et le Pont de Galata, n’hésitez pas ensuite à vous rendre au "Café-Terrasse Mimar Sinan"…

 

Vue du Café-Terrasse Mimar Sinan

 

Découvrir la "pièce de pénitence" et l’"église-mosquée"

En revenant sur vos pas vers la mosquée de Soliman et en descendant de l’autre côté, vous pouvez gagner le quartier de Vefa, en traversant des ruelles dont certaines sont encore peu restaurées voire assez délabrées.

L’"église-mosquée" de Vefa, dite "Vefa Kilise cami" ou "Molla Gurani cami", porte le nom du précepteur du sultan Mehmet II, qui fut aussi le premier mufti d’Istanbul après la conquête de Constantinople par les Turcs. On considère généralement qu’il s’agissait de l’ancienne église byzantine Saint-Théodore, datant probablement du XIe siècle. On peut encore y deviner des traces de fresques dans les dômes, on distingue la silhouette des personnages qui ont été effacés. Actuellement en restauration, elle est fermée au public mais on peut au moins admirer sa façade alternant briques rouges et marbres blancs et les piliers ornés décorant son entrée.

 

Vefa

 

Un peu plus bas se situe la mosquée du Cheik Abül Vefa ou "Seyh Ebul Vefa Camii", assez remarquable par ses tombes ottomanes aux cippes ouvragées ; la mosquée possède une « pièce de pénitence » ou "çile odası", assez impressionnante, car en y pénétrant, on se demande qui choisissait de s’y retirer volontairement quarante jours dans l’isolement et la diète, afin de se purifier…

 

Mosquée Vefa

 

Prendre un verre de "Boza" chez "Vefa Bozacısı" 

Le "Boza", une boisson turque à la saveur acidulée, confectionnée à base de semoule de millet fermentée dans de l’eau et du sucre, attire chaque jour des centaines de consommateurs dans le fameux "Vefa Bozacısı". Ce café datant de 1876, dont l’affluence, en hiver, se poursuit même la nuit, a gardé son cadre authentique et conserve encore sur une étagère le verre d’Atatürk. Il vend aussi d’autres produits "biologiques", du vinaigre, de la limonade de citron naturelle, du jus de raisin fermenté ou "Şıra" et du "sirop ottoman" à base de raisin, tamarin, gingembre, girofle et cannelle.

Non loin  du café se trouve aussi la fameuse église Sainte-Marie de Vefa dite "du Premier Jour du Mois", qui a la réputation de réaliser les vœux émis ce jour-là.

Sources sacrées d’Istanbul (1) : Sainte-Marie de Vefa

 

Boza

 

Voir un site ressuscité : Saint-Polyeucte ou "Ayios Polyeuktos kilisesi"

En face de la Grande Municipalité d’Istanbul se trouve le site archéologique de Saraçhane, avec les vestiges de l’église byzantine Saint-Polyeucte, édifiée au VIe siècle, qui était la deuxième plus grande basilique de la ville après Sainte-Sophie. Endommagée au XIe siècle par un séisme, elle a été pillée pendant la quatrième croisade et ses piliers, connus sous le nom de "Pilastri Acritani", ont été emportés à Venise, où ils ornent encore la façade de la basilique Saint-Marc.

 

Un pilier de Saint-Polyeucte à Saint-Marc de Venise

 

Les fouilles sur le site ont repris en 2023 et les archéologues y ont découvert des restes extraordinaires, un souterrain vieux de 1500 ans, orné de mosaïques et de pierres disposées en dessins géométriques ainsi qu’une statue du dieu Pan.

 

Le souterrain de Saint-Polyeucte

 

À Şehzadebaşı, entrer dans la mosquée du Prince ou "Şehzade Camii"

Edifiée en 1548 par Sinan en l’honneur du prince Mehmet, fils aîné de Soliman et de Roxelane, décédé à l’âge de vingt-et-un ans, la mosquée du Prince fut le premier grand complexe impérial de l’architecte, comportant des cuisines publiques, trois mausolées, deux écoles et un caravansérail. La grâce de l’intérieur de la mosquée, dont le dôme central repose sur quatre demi-coupoles, semble préfigurer l’élégance de la mosquée de Soliman…

 

Şehzade Cami

 

J’ai essayé de vous faire partager mes promenades dans  ces quartiers que j’aime. Mais il est certain que si vous souhaitez retrouver facilement les lieux et acquérir plus de connaissances, rien ne vaut une visite avec un(e) guide touristique. En vous souhaitant d’agréables découvertes…

Rendez-vous le 28 novembre pour un nouveau volet…

 

 

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