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Sedat Peker, l’homme qui fait trembler le pouvoir turc

Par Sandro Basili | Publié le 24/05/2021 à 20:52 | Mis à jour le 25/05/2021 à 00:34
Photo : Capture d'écran d'une vidéo YouTube de Sedat Peker
Sedat Peker le mafieux turc

Depuis le début du mois de mai, le mafieux notoire, Sedat Peker*, accuse dans des vidéos publiées sur son compte YouTube, et partagées sur ses réseaux, des représentants de l’État turc, mettant à mal un gouvernement déjà empêtré dans une crise économique et une gestion compliquée de la COVID-19. 

Depuis le 2 mai, date de la diffusion du premier “épisode”, le pays est en haleine. Épisode après épisode, les Turcs assistent à la mise en exergue, en plan séquence, d’un État qui serait corrompu, où la frontière entre le pouvoir politique et le monde du crime organisé est plus que fine.

 

"(Épisode 7) Ceux qui regardent la vie sans peur, n’ont pas non plus peur de la mort"

Lourdes accusations contre des hommes politiques turcs

Dans les 7 vidéos pour l'instant publiées, Sedat Peker accuse, entre autres, le ministre de l'Intérieur, Süleyman Soylu, de l’avoir protégé et tenu au courant de l’avancement du dossier d’investigation le concernant. L’ancien “parrain” déclare aussi l’avoir aidé lors de sa "fausse démission" en avril 2020 en créant des bots Twitter pour s’opposer à sa démission.

Il accuse également Erkan Yildirim, fils de l’ancien Premier ministre Binali Yildirim, d’être impliqué dans un trafic international de cocaïne.

Par ailleurs, il affirme que Mehmet Ağar, une grande figure politique turque (ancien chef de la Police, puis, brièvement ministre de l’Intérieur et ministre de la Justice), est impliqué dans le meurtre du journaliste chypriote Kutlu Adalı, en 1996. Mehmet Ağar et son fils, Tolga Ağar, député de l’AKP, seraient coupables de "plusieurs crimes".

Süleyman Soylu est pour l’instant le seul à avoir porté plainte pour “insulte et diffamation”. Ağar, quant à lui, a répondu en réfutant les accusations et en déclarant : “Je n’ai pas d’immunité, le gouvernement peut lancer une enquête [sur moi] quand il le veut”.

Le 23 mai, Atilla Peker, le frère de Sedat Peker a été arrêté par les autorités turques, quelques heures après que son frère a révélé l’avoir missionné de tuer le journaliste Kutlu Adalı il y a 25 ans, et cela sur ordre de l'ancien ministre Mehmet Ağar et un ancien responsable du renseignement Korkut Eken.

La véracité de ces informations est bien sûr questionnable. Mais le fait qu’Ankara reste en partie silencieuse par rapport aux accusations et qu’aucune autre plainte que celle du ministre de l’Intérieur, Süleyman Soylu, n’ait été déposée, met le gouvernement dans une situation ambiguë. Sedat Peker a d’ailleurs appelé le président Recep Tayyip Erdoğan, dont il est fervent partisan, à sortir de son silence.

La seule réponse du président Erdoğan a été que son gouvernement a apporté la paix en Turquie en s’attaquant aux organisations criminelles. Une réponse qui peut sembler mince, comparée aux accusations plus qu'accablantes visant les membres de son entourage.

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(*) Figure du crime organisé, Sedat Peker fait actuellement l’objet d’une "notice rouge" Interpol, il aurait fui la Turquie début 2020, après avoir passé quelques temps dans les Balkans, et il serait actuellement à Dubai.

 

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Photographe et passionné de reportage, Sandro est venu vivre à Istanbul pour en découvrir les visages...
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